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Billet de blog 9 avril 2020

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Traitement à l'hydroxychloroquine: les faits sont têtus

Mediapart a choisi de détourner le débat sur les traitements du covid19 en une dénonciation du Pr Raoult, en ignorant volontairement les chiffres.

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Pour résumer l'état du débat tel que Mediapart l'a mené, si tu es de gauche, pour la science, que tu ne crois pas au sauveur suprême, tu dois être contre Raoult et par conséquent contre son traitement du covid 19. Si tu trouves ce traitement porteur d'espoir, c'est que tu es complotiste, jojo le gilet jaune tenté par l'extrême-droite, tu crois au miracle, tu ne comprends rien à la science... Le fait que Raoult soit marseillais et ne cultive pas le look du scientifique sévère joue évidemment contre lui. Pas sérieux le mec! Si en plus de tout, ses détracteurs savaient qu'il se réclame méthodologiquement d'un bouquin Contre la méthode, Esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance écrit par un certain Paul Feyerband auteur également de Adieu la raison, il le vouerait au bûcher.

Gageons que la venue de Macron à Marseille pour rencontrer Raoult, ne va pas élever le niveau du débat! En lisant certains commentaires, j'ai pensé plus d'une fois à cette chanson de Brassens, intitulé corne d'auroch et qui se conclut ainsi: 

 Il refusa l'secours de la thérapeutique
Corne d'Aurochs

Parce que c'était un Allemand, au gué, au gué
Qu'on devait le médicament, au gué, au gué

 Le plus curieux c'est que cette débauche de parti pris se fait au nom de la science, la science pure et dure, la vraie qui nous garantit la vérité vraie. 

Les sectateurs de la science vraie, se réfugie derrière un protocole de recherche emprunté à l'Evidence-Based Medecine sur lequel il serait utile de revenir, mais ce protocole qui est censé permettre une modélisation de la réalité les empêche de voir la réalité sous leurs yeux. Car en période de pandémie, face à une maladie nouvelle pour laquelle on ne dispose d'aucun traitement connu, la réalité impitoyable c'est celle du nombre des morts. Dans la plupart des hôpitaux de France, on ne traite malheureusement pas les malades et donc on déplore un taux de mortalité supérieur à 10%. Voilà une base de comparaison solide lorsqu'on atteint les 10 000 morts. Bien sûr, chaque malade représente un cas particulier. Une grand-mère de 97 ans va guérir alors qu'une jeune fille de 16 ans va mourir. Pourquoi? On saura peut-être répondre un jour à cette question, puisque l'IHU Méditerranée a démontré que Le Caravage a succombé à une infection par un staphylocoque doré, en 1610. Mais dans l'immédiat il n'y a qu'un but qui tienne, diminuer le nombre de morts. Et la comparaison des traitements se lit très vite dans les chiffres. 

Aujourd'hui, l'IHU Méditerranée a soigné 2285 malades avec son traitement à l'hydroxychloroquine + azithromycine et déplore 10 morts. Il ne s'agit donc pas d'un médicament miracle. Mais le taux de mortalité dans cet hôpital est de 0,4 %, ce qui suffit à expliquer la longue file d'attente devant La Timone. Tout le monde n'est pas aussi têtu que "Corne d'auroch"! Si l'on prend l'ensemble des hôpitaux marseillais, on arrive à un taux de 1,4 % de mortalité. Il y a eu 57 décès en hôpital à Marseille. A comparer avec les chiffres de Lyon ou Paris. Pourtant, le virus est bien présent, puisque grâce au dépistage massif on peut estimer à 15% la partie de la population atteinte. Ce soir, les responsables de l'AP-HM estimaient que seulement 10% de la population pouvait être d'ores et déjà immunisé. Marseille est donc en pleine épidémie. Mais, comparés à ce qui se passe ailleurs en France, les chiffres interpellent ceux qui ne se laissent pas aveugler par leurs préjugés. Enfin, il y a un élément rarement souligné dans le travail des hôpitaux de Marseille, c'est le dépistage systématique aux premiers symptômes. Il est recommandé par l'OMS, mais non appliqué en France, sauf à Marseille. C'est essentiel pour isoler les porteurs du virus, c'est essentiel aussi pour l'efficacité du traitement à l'hydroxychloroquine. C'est évidement, un élément important dans l'exception marseillaise, mais jamais mis en avant par les contempteurs de Raoult.

Ce n'est certainement pas par sympathie pour le Pr Raoult que Macron se déplace à Marseille. Je ne sais pas ce qui en sortira, mais il est clair que la méthode de lutte contre le covid19 appliquée dans la cité phocéenne donne des résultats qui pose un problème politique majeur. Un problème politique qui ne sera pas résolu par une simple pirouette. Car la méthode appliquée à Marseille exige de gros moyens en terme de tests, de médicaments, de suivi médical - oui, il faut suivre les patients qui prennent le traitement - or ces moyens le pays n'en dispose pas à l'échelle nationale et il n'est pas certain que Marseille en dispose encore longtemps. La cause de ce désarmement, ici tout le monde devrait la connaître, c'est le résultat d'années de politique néo-libérale, de délocalisations industrielles et de démantèlement du service public. Une politique qui a trouvé son aboutissement avec Macron.

Aussi quoiqu'il décide, pour Macron non plus, la chloroquine ne sera pas un remède miracle.

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