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Billet de blog 14 juin 2020

Privilège blanc ou privilège policier?

La face cachée des manifestations de samedi 13 juin contre le racisme et les violences policières.

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Enfin! La parole se libère. Les victimes d'un racisme quotidien, dont la police est un agent structurel, sortent dans la rue et crient CÀ SUFFIT!

Dans tout le pays et c'est la jeunesse qui est l'élément moteur de ce sursaut. Une jeunesse où les groupes racisés, les victimes habituelles des violences policières sont au premier rang. Mais ils sont loin d'être seuls! 

La violence et l'arbitraire policier se sont répandues comme une gangrène sur le pays. Depuis que les gouvernements successifs ont décidé de ne plus s'embarrasser de négociations, ni de compromis, depuis qu'ils ont décidé de faire de leur intransigeance face au mécontentement populaire une vertu, à chaque mouvement social c'est la violence policière qui est le principal modus operandi du pouvoir. Même le porte parole de la politique gouvernementale dans le mouvement syndical a été mis hors jeu pour laisser la place aux rodomontades d'un préfet dont la casquette d'uniforme tient lieu de cerveau. Tout le monde, absolument tout le monde et pas seulement les jeunes racisés s'est retrouvé confronté à la violence policière, un jour ou l'autre. Et la police en tant qu'institution, étant bien consciente d'être le dernier rempart du pouvoir face à la montée des mécontentements, pèse toujours plus sur les décisions politiques de celui-ci. 

L'épisode du confinement, où les media ont présenté les policiers chargés de contrôler nos faits et gestes, comme des héros de la lutte contre l'épidémie, a permis de franchir un pas de plus dans l'arbitraire policier qui s'est immiscé jusque dans notre vie privée. On a eu droit à toute la palette, depuis la contravention à la tête du client, jusqu'à la mort par étranglement. La question des violences policières est sortie des cités ghettos pour devenir une menace pour tous et une menace politique qui pèse sur les droits démocratiques. 

Du point de vue policier, la question centrale c'est la question de l'impunité. Si un lanceur de grenade pète les plombs et ajuste une mémé, si un policier éméché au volant de son véhicule de service renverse un jeune à moto et le tue, si un Rambo de commissariat décide d'étrangler un noir ou un arabe pour lui apprendre qui c'est le chef, il est impératif que tout cela reste impuni pour que cette bande d'hommes armés - il y a aussi parmi eux quelques femmes - continue à faire le sale boulot. 

Car le boulot de maintien de l'ordre, c'est bien un sale boulot. Un sale boulot contre ses propres concitoyens. Je sais bien que chaque soir on nous présente sur 2 ou 3 chaînes de télé, des bons flics ou des gendarmes sympas, qui traquent les criminels. Et d'ailleurs, pour retourner le discours habituel des racistes, je connais des flics sympas qui ne souhaitent pas être envoyés pour réprimer des grèves ou des manifestations. Mais si la police se limitait à son rôle de protection de la population, nous n'aurions pas à déplorer cette longue liste de morts et de blessés, nous n'irions pas manifester la peur au ventre, les noirs et autres bronzés ne se feraient pas contrôler trois fois par jour.

Il y a un mythe qui court dans une certaine gauche respectueuse, celle de la police républicaine. Il y a certainement des policiers républicains et même de gauche. J'en connais. Mais l'obéissance à des ordres manifestement injustes, l'obligation d'exercer la violence contre des concitoyens pacifiques et sûrs de leur bon droit démocratique, le harcèlement quotidien des jeunes des cités, nécessite une idéologie bien particulière pour tenir le coup jour après jour. Et il y a effectivement, des policiers qui ne résistent pas à ce type de tensions. Etre l'instrument des riches et des puissants, pour un petit salaire, c'est certainement dur à vivre. Pour beaucoup la dérive à l'extrême-droite est une porte de sortie justificatrice bien commode. Comment s'en étonner?

En France, étant donné le passé colonial de ce pays, le racisme est une donnée centrale de cette idéologie totalitaire. Il y a aussi l'anticommunisme et plus généralement la haine du mouvement ouvrier, de ses luttes et de ses conquêtes. N'oublions pas que les Compagnies Républicaines de Sécurité ont été créées pour briser les grèves ouvrières de la Libération.  On ne peut s'étonner qu'il existe un noyau raciste important au sein de la police nationale. Et la nécessaire impunité pour assure la cohésion de la machine répressive joue à plein en sa faveur. 

Il est clair que le mouvement international qui a démarré aux USA et se répercute dans le monde entier remet en cause aussi l'institution policière française. C'est pourquoi le discours de Castaner, tout minimal qu'il fût, menaçant de suspension les policiers racistes a été ressenti comme une trahison par l'institution. Je pense que cet incident devrait faire réfléchir ceux qui qualifie globalement la police de républicaine. 

Revenons à la manifestation de samedi. Si son succès apporte un vrai soulagement, la façon dont les choses se sont déroulées à Paris est inquiétante. Voilà une manifestation officiellement autorisée. Le parcours est avalisé par le préfet Lallement lui-même, puisqu'il ordonne la fermeture des cafés et restaurants tout au long du trajet. Et pourtant, la manifestation ne pourra jamais démarrer. Autorisée, mais interdite dans les faits. Depuis Hollande, le président normal, nous avons pris l'habitude de voir des manifestants "nassés". Là, c'est toute une manifestation qui est interdite de bouger sans pour autant éviter la pluie de gaz lacrymogène lorsque les chefs de la police ont décidé de vider la place. 

Que s'est-il passé entre le vendredi et le samedi? Mais c'est bien simple. Les "syndicats" de police ont été reçu par le ministre qui leur a concédé cette petite satisfaction. Interdiction de manifester contre le racisme et les violences policières dans Paris! Les flics pourront eux se rassembler autour de l'Arc de Triomphe et se répandre sur les Champs Élysées sans problème. Leurs rassemblements ont-ils été autorisés? Nous ne le saurons pas, puisque ce sont eux qui en décident.

La police a usé ce samedi de son privilège de bloquer les manifestations qui la mettaient en cause, au moins à Paris. Le signal d'alarme sonne de plus en plus fort!

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