Die Welt a encore frappé!

L'affrontement entre le gouvernement grec et la "Troïka" vient de franchir un nouveau palier. Chacun fourbit ses arguments et rallie ses supporters. La belle déclaration d'Alexis Tsipras au Journal des Rédacteurs (grec) mérite d'être diffusée. On pourra la lire traduite ici: http://syriza-fr.org En face peu de choses. Enfin, la qualité laisse à désirer, mais le fond est révélateur. On trouvera sans surprise dans Mediapart, P. Riès pour nous rappeler que la lex economica est dure, mais c'est la loi. On trouve la même chose dans le Figaro. Mais la presse allemande elle, utilise un autre registre. Il faut lire ici, l'article de Romaric Godin dans la Tribune qui présente le dernier article que Die Welt, journal conservateur, sérieux, proche de la CDU au pouvoir à Berlin, consacre à la Grèce: http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-quand-la-presse-allemande-derape-484327.html

Pour le lecteur français cet article est stupéfiant. Rappelons qu'il ne s'agit pas d'un torchon d'extrême-droite, mais d'un grand journal allemand, dont les amis sont au pouvoir à Berlin. Tous ceux qui ont villipendé JLM pour avoir révélé aux lecteurs français quelques informations, soigneusement cachées d'habitude, concernant notre voisin d'outre-Rhin devraient lire Die Welt. Il est vrai, qu'il n'y a pas plus obstinés germanophiles que ceux qui ne comprennent pas l'allemand. Mais même ceux-là peuvent s'informer en lisant l'article de Romaric Godin, qui est par ailleurs un des meilleurs journalistes pour le suivi de l'affaire grecque.

L'article de Die Welt est intéressant à plus d'un titre. D'abord il est révélateur de l'amitié qui règne entre les peuples d'Europe au temps de l'UE. Mais surtout, il démasque la nature du conservatisme allemand au pouvoir aujourd'hui et qui plonge ses racines dans l'idéologie pangermanique du dix-neuvième siècle. Idéologie raciste et xénophobe qui a nourri le troisième Reich et imprégné plusieurs générations d'allemands, comme l'analyse une étude menée par Hans-Joachim Voth, du Département d'économie de l'Université de Zurich (UZH), et Nico Voigtländer, de l'Université de Californie à Los Angeles publiée dans la revue américaine "PNAS". Un racisme qui s'affiche ici tranquillement, alors que même Marine Le Pen essaie de le bannir de sa propagande officielle. C'est peut-être difficile à admettre mais c'est cette vision du monde qui habite une partie des élites allemandes jusqu'à aujourd'hui. Faut-il l'ignorer, parce que ce n'est pas politiquement correct? Ou faut-il regarder la réalité en face car " le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde".

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