De l'intérêt de la recherche fondamentale

Avec l'épidémie de covid19, la SCIENCE est plus que jamais invoquée pour justifier tout et n'importe quoi. Mais de quelle science parle-t-on?

Malheureusement, la SCIENCE est surtout invoquée pour faire taire le libre débat. Seuls les experts scientifiques reconnus auraient la légitimité suffisantes pour s'exprimer, les autres étant renvoyés dans l'enfer du populisme. Comme si la science pouvait se développer en dehors du libre débat et même de la plus large publicité. Nous en reparlerons. 

Mais je voudrais dans ce billet soulever la question, face au covid19 de quelle science parle-t-on? Pour certains, la démarche scientifique se résumerait aux protocoles de l'EBM qui permettraient de tester l'efficacité d'un médicament. Las, les études se multiplient, toutes contestées, toutes contestables et la fumée blanche de l'onction divine ne s'élève toujours pas. D'autres s'en remettent aux jolies courbes dessinées par les épidémiologistes, négligeant la mise en garde d'un spécialiste Samuel Alizon, directeur de recherche au laboratoire de recherche sur la propagation des épidémies situé à Montpellier, cité par Marc Tertre sur son blog de Mediapart  « L’important est de bien prendre en compte la sensibilité aux hypothèses des modèles. Les modèles sont toujours issus d’une simplification de la réalité, parfois sur plusieurs aspects à la fois. »  Effectivement, toutes ces belles courbes qui reposent sur des hypothèses différentes, se contredisent. Celles qui nous promettent un pic qui se révèlent plutôt un plateau, celles qui nous annoncent deux bosses de chameau ou mieux une sinusoïde... Quant à covid19, il n'obéit pas aux mathématiques, mais il est très sensible à l'environnement et à l'action de sociétés humaines, puisque il fait des dizaines de milliers de morts en Europe occidentale et 4 morts au Kerala, voire 0 au Vietnam. Aucune fatalité, même déguisée sous des habits mathématiques ne pourra effacer ce bilan!

Il est pourtant deux biais scientifiques très anciens, mais irremplaçables, pour aborder une épidémie.

L'observation clinique et le bilan statistique du choc produit sur une société d'une part, la recherche fondamentale d'autre part qui va porter sur l'agent de la maladie, sa nature, son fonctionnement, son action sur le corps humain et la réaction de celui-ci. En regard de la foule des "études randomisées", c'est cette science là qui est négligée. Celle que l'on appelle "science fondamentale". Depuis l'identification du premier coronavirus en 1965, cette recherche fondamentale aurait pu nous armer pour faire face médicalement à covid19. Las, la recherche fondamentale ne débouchant pas sur des brevets prometteurs de juteux profits, elle est de plus en plus négligée. La vague du néolibéralisme mondialisée, lui a coupé les ailes, laissant le champ libre aux grands labos privés qui se montrent plus créatifs en publicité qu'en nouveaux médicaments efficaces. Grace à quoi, tout le monde connait Mylan! Le drame, n'est pas seulement que ces labos s'approprient les bénéfices de la recherche publique, mais plus gravement qu'ils stérilisent toute recherche en la détournant vers leurs objectifs financiers. 

Pourtant, des chercheurs s'accrochent et ces derniers mois ont fait avancer la connaissance du virus et de la maladie induite. Parmi d'autres, l'Universitäts Spital Zürich a publié plusieurs études fondamentales dont la consultation est ouverte à tous. : 

http://www.en.usz.ch/media/press-releases/pages/covid-19-endotheliitis.aspx

http://www.en.usz.ch/media/press-releases/pages/covid-19-pulmonary-embolism.aspx

Marc Gozlan, journaliste médico-scientifique, dans le blog qu'il tient sur le Monde Réalités biomédicales rend compte régulièrement de cette activité de recherche au plan international. A suivre.

Une nouvelle étude qui vient tout juste d'être publiée dans  International Journal of Antimicrobial Agents Available online 13 May 2020, 106020

et que vous pouvez retrouver ici:          https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0924857920301837?via%3Dihub

fait franchir un pas décisif dans le débat sur le traitement de covid19.

Bernard Sudan, l'a signalée immédiatement sur son blog, avec traduction fidèle de la conclusion. Elle n'a pas suscité l'intérêt de la rédaction et a sans doute était insuffisamment lue. Bis repetita placent. 

L'étude publiée en anglais, émane de l’équipe de Jacques Fantini (INSERM, Marseille) elle est signée Jacques Fantini Henri Chahinian Nouara Yahi. Leurs travaux élucident la synergie antivirale de l‘hydroxychloroquine et de l’azythromycine contre le Covid-19.

Constater par des observations cliniques et statistiques qu'un traitement aide des malades à guérir, c'est bien. Comprendre pourquoi, c'est mieux. Et c'est là que la recherche fondamentale est irremplaçable. Non seulement cette étude permet de comprendre pourquoi et dans quelles conditions le traitement appliqué à l'IHU Méditerranée est efficace pour soigner les patients atteints du covid19, confirmant en tous points les prescriptions de l'équipe du Pr Raoult et les constations cliniques, en particulier sur l'intérêt à associer les deux molécules et à démarrer le traitement assez tôt, mais elle trace des pistes pour un éventuel vaccin et la recherche d'autres traitements peut-être plus efficaces. C'est à ce niveau que maintenant se situe le débat scientifique. 

Si vous avez de la peine avec le global english, je vous renvoie à la traduction de Bernard Sudan:   

https://blogs.mediapart.fr/bernard-sudan/blog/150520/l-effet-antiviral-synergique-de-l-hydroxychloroquine-et-de-l-azythromicine

Après la publication de l'évolution comparée des décès du covid19 entre Paris et Marseille par l'IHU Méditerranée, la publication de cette étude, si elle n'est pas démentie par d'autres travaux scientifiques ce qui en bonne science est toujours possible, devrait clore le débat scientifique. Vu les intérêts en jeu, le débat ne sera pas clos pour autant. Mais, on ne devrait plus pouvoir se cacher hypocritement derrière la statue de la SCIENCE, alors qu'il s'agit d'intérêts économiques et finalement de choix politique. A chacun de prendre ses responsabilités. 

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