Covid19: Ah le consensus médical!

L'invocation du "consensus" scientifique ou médical est devenus le mantra tout puissant pour faire taire toute pensée indépendante. Ce n'est pas la première fois que nous nous heurtons à une pensée unique mortifère.

Ceux qui invoquent ce soit disant consensus, qui en réalité n'existe pas et c'est heureux, pour justifier la doxa officielle en matière de covid devraient lire de toute urgence le bouquin de Delphine Peiretti Courtis "Corps noirs et médecins blancs" sous titré La fabrique du préjugé racial. XIX ème XX ème siécles.

Dans ces temps pas si anciens, la médecine occidentale et "scientifique" a été mobilisée pour construire l'évidence de l'existence des races. La noire, la jaune et la blanche. La sémite? La mélanésienne? La méditerranéenne? la question se complique, les "scientifiques" se divisent. Mais pour caractériser la "race noire" le consensus médical est bien au rendez vous. Pour la plupart des médecins coloniaux bien entendu. Médecins militaires, médecins de brousse qui se lanceront dans la grande entreprise de vaccination de tout le continent. Ce que certains s'obstinent à présenter comme un apport positif de la colonisation.

Il y eut un consensus médical pour fabriquer une race noire et donc une race blanche supérieure aux autres. Et ce cancer ne s'est pas limité au continent africain. Il s'est répandu partout dans le monde, avec pour but de hiérarchiser les groupes humains et de justifier les inégalités sociales par des considérations médicales ou biologiques. La grande oeuvre de Zola "Les Rougon Macquart" se situe dans cette optique, on l'oublie trop souvent.

Si vous voulez retrouver des traces de ce "consensus" taper "race humaine" sur google et vous trouverez un lien vers la réédition numérique de "Principes de géographie humaine" de Paul Vidal de La Blache dont la première édition date de 1922 et qui a été réédité en 2015. On trouvera par la même méthode une liste de "scientifiques consensuels" depuis Bradley, puis Haeckel, Haddon... qui mettent au point des systèmes ingénieux pour construire des classifications raciales, dont le but final est toujours le même, justifier la pillage de la planète par les pays européens et présenter l'oppression, voire le génocide des autres peuples et l'éradication des autres cultures, comme un progrès de la civilisation.

Un pas de plus dans la "scientificité" et nous avons l'eugénisme, théorie construite et soutenue par une longue liste de "scientifiques consensuels". Je cite Wikipédia:

Eugénisme et génétique des populations, dont les origines sont liées à travers les figures de Galton et Pearson, avaient donc des préoccupations et des méthodes très proches : il s’agissait, grâce au recours à l’étude statistique de grands segments de population, de découvrir les lois régissant l’évolution. Une grande partie des représentants de la génétique des populations de la première moitié du xxe siècle a ainsi exprimé des positions eugénistes, militant même souvent ouvertement dans les principales organisations du mouvement. Le biologiste August Weismann (1834-1914), auteur de la théorie du plasma germinatif, était membre de la société d’hygiène raciale allemande29. L’Américain Charles Davenport, l’un des principaux promoteurs de la théorie mendélienne aux États-Unis, fut l’un des leaders de l’eugénisme américain. Les prestigieux biologistes Julian Huxley, John Haldane ou Ronald Fisher, tenu pour le fondateur de la génétique moderne, militèrent quant à eux pour un eugénisme moins dur, que l’on qualifiait de « réformiste »30.

Au-delà du champ de la biologie, l’inventeur Alexander Graham Bell ou Luther Burbank, un influent agronome américain, ont été d’actifs militants eugénistes. En France les plus célèbres des scientifiques eugénistes furent les prix Nobel de médecine Alexis Carrel et Charles Richet.

Un prix Nobel de médecine, c'est très consensuel!

Bien évidemment, toute cette infecte bouillie sera mise en pratique par les nazis, sans susciter beaucoup de réactions jusqu'à la guerre. Pour comprendre comment la "culture nazie" s'est construite à partir d'un certains nombres de théories (racisme, antisémitisme, malthusianisme, darwinisme social, eugénisme...) largement partagées à l'époque et encore à l'honneur chez certains, il faut lire un autre historien, Johann Chapoutot. Tous ces livres et particulièrement son dernier livre qui raisonne singulièrement avec l'actualité "Libres d'obéir, le management du nazisme à aujourd'hui".

On pourra dire, ces théories ne sont pas scientifiques. Autrement dit, elles ont été rejetées par l'état actuel de la pensée scientifique. Certes, mais avant la deuxième guerre mondiale, elles tenaient encore le haut du pavé et se présentaient comme des vérités scientifiques et un certain nombre de scientifiques professionnels s'en réclamaient. La frontière entre science et idéologie est ténue. La science est une production sociale qui dépend des conditions sociales et culturelles de sa production. C'est bien pourquoi, toute avancée scientifique commence par être minoritaire et doit bousculer le consensus précédent.

Bref, la science n'est pas neutre. La science médicale occidentale a produit des absurdités et il n'est pas nécessaire de remonter jusqu'aux médecins de Molière pour les retrouver. Elle s'est mise au service des pires crimes et pas seulement sous le nazisme. Le dire, ce n'est pas plonger dans l'irrationnel, c'est appeler à toujours plus de lucidité. L'honneur, le salut de la science, c'est d'être une démarche critique permanente, de délivrer des vérités provisoires et d'avancer sans cesse par la remise en cause de ses propres résultats. Sa principale arme, c'est le doute. Sa méthode, le libre débat. Mais pour cela, il ne faut pas transformer la science en religion. Il faut favoriser le débat public et ne surtout pas utiliser le consensus, quand il existe, comme un bâillon. 

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