Le drapeau israélien hissé sur la mairie de Nice

Mais qui donc importe le conflit israélo-palestinien en France?

La maire de Nice et ancien ministre dans les gouvernements Villepin et Fillon a choisi de hisser le drapeau israélien sur la mairie de la ville dont il est maire depuis 2008. Il justifie ce choix à Nice-Matin en expliquant qu'il pavoise sa mairie d'un drapeau étranger dès qu'un «acte de terrorisme est commis envers une grande démocratie».

Rappelons que le même Estrosi avait interdit par arrêté en 2014, «l'utilisation ostentatoire» de drapeaux étrangers dans certains quartiers de sa ville durant la Coupe du monde de football, au nom de la «tranquillité publique». 

On appréciera la force symbolique de cette prise de position.

Elle est loin d'être isolée. 

Par exemple cet article caricatural publié dans le Figaro du 17 avril sous la plume de Barbara Lefebvre  et dont le titre est tout un programme: 

«Quand le conflit israélo-palestinien révèle l'idéologie anti-française»

Mais la prise de position sans doute la plus significative est cet Appel à soutenir Israël sous le titre "Ceux qui menacent Israël nous menacent aussi". On y retrouve sans surprise les signatures de Manuel Valls, Philippe Val, Luc Ferry, Pierre-André Taguieff , Michèle Tribalat, Renée Fregosi et Barbara Lefèvre. Le point fort de cet appel est la sentence suivante:

"En affrontant la figure avancée de l'islamisme à Gaza, Israël contribue à la défaite d'un totalitarisme islamique qui sévit aussi sur notre territoire."

Crainte de l'islamisme? Pas seulement, puisqu'on retrouve parmi les signataires ceux qui arpentent les plateaux télé en mettant en garde contre le grand remplacement et l'avénement d'une société métisse. Le racisme ne se cache plus. 

Cet ensemble de prise de positions marque un renversement chez les défenseurs d'Israël.

Le soutien à Israël a été longtemps marqué par la "mauvaise conscience" suite au génocide nazi qui n'a pas été réalisé au Moyen-Orient mais dans la vieille Europe - celle dont on voudrait maintenant nous faire croire qu'elle fut judéo-chrétienne - sans que les puissances européennes autre que l'Allemagne et l'Autriche, premières coupables, aient fait grand chose pour s'y opposer quand elle n'y ont pas participé, comme la France de Pétain, la Croatie, la Hongrie, la Roumanie... A cette époque chaque crise, chaque affrontement était présenté comme une menace contre l'existence d'Israël et donc contre la population juive d'Israël. L'appel à la solidarité avec Israël était un appel à sauver Israël, alors que rien n'avait été fait pour sauver les juifs européens par ceux qui avaient le pouvoir de le faire, USA compris qui refusait les migrants juifs fuyant le nazisme. 

Lorsque des pluies de bombes s'abattent sur la population bloquée dans l'enclave de Gaza, lorsque les colonies juives ne cessent de réduire le territoire de la Palestine, lorsque le gouvernement de Nétanyahou se lance dans une politique de purification ethnique à Jérusalem, personne ne peut plus croire qu'Israël est menacé dans son existence. En fait, le signe du soutien à Israël s'est inversé. Israël est maintenant présenté comme l'avant-garde de la croisade de l'Occident, devenu judéo-chrétien pour l'occasion, contre la menace islamique. 

Plus profondément, la situation des juifs israéliens face aux palestiniens est devenu un modèle pour penser la situation des "français de souche" face aux populations d'origine post-coloniales. Et les méthodes de l'armée israélienne face aux palestiniens est prise comme modèle pour résoudre le problème des banlieues. Un ministre de l'intérieur avait promis de nettoyer la cité des 4000 aux Karcher, de "débarrasser les cités des racailles", maintenant ceux sont les méthodes de l'armée israélienne qui servent de modèle aux amis français d'Israël.

Mesurons lucidement le chemin parcouru. 

Il n'y a pas qu'à Nice que flotte le drapeau israélien. Il flotte aussi à Vienne en Autriche. Et la Hongrie pour sa part a refusé toute prise  positon de l'UE sur la crise actuelle. Pour le gouvernement crypto-fasciste de Budapest, la seule prise  de position possible, c'est le soutien total à Israël. Comme pour Manuel Valls, Christian Estrosi, Luc Ferry, Taguieff... Amère ironie de l'histoire.

Mais cette solidarité indéfectible avec Israël éclaire avant tout l'avenir que ces gens préparent pour notre pays.

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