Et si on parlait des élections en Corse?

Avec 57% de votants, le résultat du premier tour des élections territoriales corses a incontestablement plus de sens que la mauvaise farce continentale.

Les journalistes français passent leur temps à gloser sur un paysage politique englouti par le raz de marée des abstentions. 

A quelques encablures du continent, une île échappe à ce cataclysme du refus, la Corse. Avec 57% de participation, la Corse confirme que sa population s'éloigne politiquement de l'ensemble français. Même si la participation est en baisse de 3 points par rapport au dernier scrutin, les corses considèrent que cette élection a un sens pour eux. Il serait intéressant de comprendre pourquoi, alors que la population continentale, dans sa grande majorité, s'est désintéressé d'élections qui n'avaient aucun sens.

C'est évidemment la question nationale corse qui donne un sens à cette élection. D'abord parce qu'il y a une collectivité territoriale unique pour toute la corse, ce qui donne à l'assemblée élue la dimension symbolique d'un parlement corse. Certes, les pouvoirs qui lui sont concédés par l'état français sont fort réduits, mais les élus et les différents groupes politiques peuvent y parler de la Corse et de son avenir. C'est d'ailleurs pour présenter leur vision pour l'avenir de la société corse que les différents courants nationalistes et régionalistes ont décidé de se présenter séparément. Ce qui est à la fois un signe de confiance - la majorité à l'assemblée corse ne va pas leur échapper - et de démocratie. Il est préférable de faire appel aux électeurs pour trancher entre les différentes orientations, plutôt que de se livrer aux traditionnels dosages dans le secret des états-majors. 

Et les résultats sont parlants.

Sur les quatre listes qui peuvent prétendre au maintien, trois sont nationalistes!

Le RN à 4% n'existe toujours pas en Corse. Et il ne peut pas imputer ce faible score à l'abstention.

LREM existe encore moins. Aucune liste ne se réclame du président de la République Française. 

Voilà qui devrait faire réfléchir de ce côté de la Méditerranée sur la maturité politique du peuple corse. 

La liste divers droite "Un soffiu novu" n'atteint pas les 25% et ayant fait le plein de son courant politique, ne peut espérer de ralliement.

Gilles Siméoni, le président sortant, dont la liste "Fà populu insieme" rassemble 29% des suffrages exprimés, a toutes les chances de conserver la majorité à l'Assemblée Corse. 

Je ne me prononcerai pas sur les évolutions au sein du courant nationaliste, si ce n'est pour signaler que la liste "Core in Fronte", qui devance de justesse "Corsica Libera" de Jean-Guy Talamoni, a annoncé sont intention de siéger dans l'opposition, ce qui sans mettre en danger la majorité nationaliste à l'Assemblée peut permettre de clarifier le débat au sein du courant nationaliste. 

Au moins en Corse, ces élections n'auront pas été inutiles. Reste à voir, si le gouvernement français continuera à s'opposer à tout pas en avant de la société corse. 

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