La France n'est pas la bien venue dans l'alliance Aukus

La France n'a pas été invitée à participer au pacte militaire scellé par les USA, l'Australie et le Royaume Uni.

Bien sûr, tous les observateurs auront constaté que ce camouflet illustre la faiblesse stratégique de l'état français, qui persiste à vouloir jouer dans la cour des grandes puissances sans en avoir les moyens. Mais le Royaume uni est désormais une puissance comparable, même si sa base de Diego Garcia dans l'océan indien joue un rôle stratégique de premier plan. Le refus d'inviter la France dans  la nouvelle alliance, malgré sa présence dans la région, est un choix délibéré qui ne peut s'expliquer uniquement par une question de gros sous. 

Les partenaires de l'Aukus ont souhaité ne pas s'encombrer d'un allié problématique dans la région. Les raisons de ce choix méritent d'être soulignées.

Il y a en a deux principales.

La première s'appelle Mururoa. La France a été la dernière puissance à réaliser des expériences nucléaires à ciel ouvert dans le Pacifique, malgré l'opposition de tous les états riverains. On a pu voir alors le peu de cas que faisait l'état français des remontrances de ses alliés, les services secrets français étant allé jusqu'à couler un navire de Greenpeace, le Rainbow Warrior dans le port d'Auckland en Nouvelle Zélande. Les dégâts causés par ces expériences sont encore bien présents en Polynésie et le gouvernement français n'a pas fait grand chose pour indemniser les populations et encore moins pour réparer les dégâts. Il a surtout prouvé le peu de cas qu'il faisait de ces zones d'Outre Mer, ce que les habitants de la région ne sont pas près d'oublier. Colonialisme, vous avez dit colonialisme?

Et bien justement, la deuxième casserole qui rend la France indésirable dans une alliance régionale s'appelle Kanaky. Un territoire placé par l'ONU sur la liste des territoires à décoloniser. Un territoire lié de prés à l'Australie et à la Nouvelle Zélande et où les tensions peuvent brutalement s'envenimer vu le refus de l'état français de s'engager clairement dans la voie de la décolonisation. Des états alliés de la France dans la région se trouveraient automatiquement mêlés à une situation délicate, si des affrontements violents survenaient en Kanaky comme ce fût le cas en 1988 sur l'ile d'Ouvéa. Or l'Australie est particulièrement favorable à la décolonisation de la Kanaky. Et on comprend que face à la Chine les alliés de l'Aukus ne souhaitent pas s'afficher en appui à une puissance coloniale. Car c'est le visage de la France dans la région. De Kanaky, aux Comores en passant par Tahiti, la France est clairement une puissance coloniale dans la zone Indo Pacifique. Et de nos jours ça ne passe plus.

L'histoire se retourne. C'est le colonialisme qui a donné une place prééminente à l'état français sur la carte du globe. Pour ne pas avoir su rompre à temps avec ce passé, c'est aujourd'hui un lourd handicap dans les relations avec les pays étrangers. Un passé très sombre qui n'en finit pas de pourrir le climat entre les citoyens de ce pays.

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