Pendant que les media se concentrent sur cette grave question: à quand le prochain tour des municipales, le service public de Météo France poursuit son boulot d'analyse et d'information sur une question de la plus haute importance. Quel temps fera-t-il demain? Pas seulement pour savoir que faire ce week-end, mais pour se demander comment survivre au réchauffement climatique.
Des températures au mois de Mai, digne d'un mois de Juin, c'est bien agréable au sortie d'un confinement éprouvant et cerise sur le gâteau, ce beau soleil va probablement nous débarrasser de ce maudit virus, provisoirement. 27° seulement à Marseille, mais 29° à Lille et 30° à Paris. Alors si le temps en Mai peut être qualifié d'estival que dira-t-on en Juin et en Août?
Qu'en dit Météo France:
Le mois de mai affiche déjà une anomalie positive +1,1 °C alors que cette semaine s'annonce plus chaude que les normales. Il est donc quasi certain que mai sera le 12e mois consécutif en France à être plus doux que la normale. L'indicateur thermique* en France reste en effet plus élevé que la normale** depuis juin 2019.
De juin 2019 à mai 2020, cela fera donc une série inédite de 12 mois consécutifs tous plus chauds que la normale. C'est la première fois qu'une telle série aura été observée depuis que l'on calcule l'indicateur thermique sur notre pays en 1899. La précédente série la plus longue avait duré 10 mois, de septembre 2006 à juin 2007.
* moyenne des températures moyennes de 30 stations représentatives en métropole
** moyenne de référence 1981-2010
Plus à l'Est, c'est pire:
Une vague de chaleur historique touche depuis le week-end dernier le Sud-Est de l'Europe, de l'Italie à la Méditerranée orientale. L'Italie, la Grèce, Chypre, la Turquie n'avaient jamais eu aussi chaud au mois de mai.
Une masse d'air exceptionnellement chaude en provenance d'Afrique subsaharienne a été aspirée en direction de l'Europe tandis que l'Europe du nord connaissait des températures remarquablement fraîches.
Anomalie du géopotentiel en Europe en mai : une masse d'air exceptionnellement chaude remonte sur le bassin méditerranéen - © Météo-France
Records nationaux de chaleur en mai
La Turquie n'avait jamais eu aussi chaud en mai. Dimanche 17 mai dernier, le record mensuel national de chaleur a été battu avec 44,5 °C à Tire (province d'Izmir), une valeur nettement plus élevée que l'ancien record de 42,8 °C le 30 mai 2019 à Kirikhan. Les températures ont souvent atteint des niveaux record pour un mois de mai : on a ainsi relevé 43 °C à Antalya, battant de plus de 4 °C l'ancien record mensuel de 38,7 °C datant du 26 mai 1945.
En Grèce, le mercure a également atteint des niveaux jamais mesurés en mai. Avec 41,8 °C à Plora et 40,8 °C à Gortyna, en Crète, samedi 16 mai, au moins deux stations ont amélioré le record national de chaleur pour un mois de mai. Le lendemain, dimanche 17 mai, 41,1 °C ont été observés à Arfara (Péloponnèse) et à Moires (Crète).
On a enregistré 40,6 °C à Nea Filadelfeia, en périphérie d'Athènes, les 16 et 17 mai. C'est la première fois depuis qu'il existe des mesures que la barre des 40 °C est franchie au mois de mai sur l'Attique et dans la région d'Athènes.
En Italie, les 39,9 °C relevés le 16 mai à Palermo Punta Raisi (aéroport) en Sicile constituent aussi le nouveau record de chaleur italien pour un mois de mai dans le réseau synoptique homologué par l'OMM, dépassant les 39,4 °C Trapani du 23 mai 2006. La barre des 40 °C a été fréquemment dépassée dans le réseau secondaire sicilien depuis le 14 mai. Le record national mensuel italien dans le réseau secondaire reste 41,9 °C à Catenanuova (Sicile) le 6 mai 2015.
À Chypre, on a relevé pas moins de 43,5 °C à Morphou à 13 UTC aujourd'hui. Un record national mensuel pour Chypre à nouveau battu après les 42,5 °C enregistrés hier à Paphos.
N'en déplaise aux climato-sceptiques, l'eau commence à chauffer dans la marmite. Et ceux qui refuse d'incriminer les activités humaines dans le réchauffement climatique doivent bien constater que si l'activité solaire diminue, la température sur la planète continue d'augmenter.
Et nous arrivons à des températures problématiques pour notre survie, d'autant plus que la hausse des températures ne se limite plus à des mois exceptionnels, mais se poursuit mois après mois, avec de sérieux risques d'accélération. Dernière mauvaise nouvelle en date: si la température diurne dépasse les 32° les forêts tropicales pourraient relâcher du carbone ce qui aggraverait l'effet de serre.
Nous n'en sommes plus à faire des pronostics pour les années à venir. C'est l'été qui vient qui s'annonce caniculaire. Et il n'est que temps de s'y préparer. Mais de quoi se préoccupent la plupart des gouvernements de la planète? Tout faire pour relancer l'économie, donc la croissance. En Chine, la pollution est déjà supérieure à ce qu'elle était avant la crise du covid19. Incapable d'anticiper l'épidémie, notre gouvernement est tout aussi incapable d'anticiper la canicule et de lutter contre le réchauffement climatique.
Pour ceux qui imaginent un retour rapide aux "jours heureux" du passé, l'avenir immédiat risque fort de se présenter sous la forme d'une succession d'épisodes caniculaires, de tempêtes, d'inondations et d'épidémies.
Alors que faire? Au fond, après l'épisode du confinement, nous le savons tous. Nous avons vu très clairement ce qui était essentiel et ce qui était superflu voire nuisible. Nous avons constaté que c'était la solidarité qui pouvait nous sauver au jour le jour. Nous avons touché du doigt qu'elles étaient les tâches vraiment importantes pour une société. Nous avons surtout vécu à quel point il était dangereux de se laisser gouverné par des imbéciles. Trêve de naïveté, stop à l'angélisme, il y va de la survie de l'espèce.