LE PROBLÈME DE LA POLICE, C'EST LA JUSTICE!

Marine Le Pen se rapproche à grand pas du pouvoir

Les syndicats de policiers qui ont organisé la manifestation du 19 mai devant l'Assemblée Nationale ont clairement annoncé la couleur. Il ne s'agissait pas d'une simple manifestation catégorielle, mais d'une manifestation visant à changer la loi et même la constitution. Des manifestations syndicales qui visent aussi haut, devant l'Assemblée nationale, je n'en ai pas souvenir. 

Rien dans la situation objective de la criminalité ne le justifie. Les policiers ne sont pas plus en danger que les années précédentes, même si à force de taper indistinctement sur leurs concitoyens leur popularité en a pris un coup. Mais au fil du temps, la police est devenue le pilier sur lequel repose le pouvoir de gouvernements impopulaires qui ne tiennent plus aucun compte des revendications sociales et de ce fait ont perdu, non seulement leur base sociale, mais aussi leur légitimité.  Le poids pris par les syndicats de police reflète simplement que nous sommes déjà dans un état policier. Une situation difficile à admettre en France, mais que les observateurs allemands considèrent avec inquiétude. 

Face à la gestion macronienne de la covid19, Der Spiegel avait déjà qualifié la France d'Absurdistan totalitaire. En effet, au cours de la dernière année, nous avons vécu les prémisses d'un état totalitaire. Et ce n'est qu'un début. Sous prétexte de lutter contre la covid19, la police a vu son champ d'intervention s'élargir considérablement. Bizarrement, ce ne sont pas les médecins qui se sont retrouvé au centre de la stratégie du gouvernement, mais la police et l'appareil de propagande médiatique. Les policiers et les journalistes, plutôt que les médecins et les scientifiques! Inévitable à partir du moment où le gouvernement, plutôt que de soigner a choisi le confinement et la contrainte sociale appuyée sur la panique suscitée par les "Informations" habilement distillées par des media transformés en machines de propagande. A ceux qui m'accuseraient de complotiste, je rappelle que c'est exactement la mise en garde de l'ONU qui a constaté que la lutte contre la covid19 a servi de prétexte pour un recul sans précédent des libertés démocratiques. 

Pourtant la police, pas plus que l'armée, ne représente un courant politique. Ceux qui se sont exprimés ouvertement au nom de la police, mezzo voce au nom de l'armée, ne constituent pas une alternative politique. Il n'y a pas non plus à craindre un coup de force des appareils de répression, ni même l'équivalent d'un 6 février 34. Les analogies historiques peuvent être trompeuses. La réalité de 2021, c'est que les syndicats policiers qui ont manifesté mercredi, comme les voix qui multiplient les appels au sein de l'armée, suivent une direction politique, un parti politique légal, le Rassemblement National. Sa venue au pouvoir ne se fera pas par un coup d'état, mais risque de se faire très légalement à l'issue d'une élection. Mais à près tout, ce fût le cas pour Hitler en 33, qui de surcroit fut appelé à la chancellerie à la suite d'une élection qu'il avait perdue!

Cette manifestation représente un pas de plus vers le pouvoir pour Marine Le Pen.

En effet, la présence du ministre de l'intérieur, pendant que son collègue de la justice se faisait houspiller, la présence des représentants officiels de LR, LREM, EELV, PS, PC, signifie aux yeux de tous, que ces partis se sont ralliés à la conception de Marine Le Pen dans le domaine de la sécurité et de l'ordre public, mais aussi dans le rôle central de la police dans l'état, dans l'exercice de la légalité et l'écriture du droit. Ce n'est que l'aboutissement d'un long chemin qui a vu les idées du RN de plus en plus présentes, de moins en moins contestées, mais aussi les partis politiques qui se qualifient de républicains se lancer à leur tour dans la surenchère, contre les immigrés, contre l'Islam, pour un renforcement des pouvoirs de police... Encore, tout récemment l'interdiction de manifester notre solidarité avec le peuple palestinien à Paris a soulevé fort peu de protestations. Or l'alignement sur la politique coloniale d'Israël est partout en Europe un critère de la nouvelle extrême-droite. Comme je l'ai expliqué dans un précédent billet, la violente répression menée contre le peuple palestinien est devenu un modèle de bonne gestion des conflits internes à nos sociétés. Quant à l'invocation à la République, elle ne sert plus maintenant qu'à stigmatiser l'islam et les musulmans. 

A partir de ce jour, la distinction entre les partis républicains et le RN n' a plus de sens et l'appel à "faire barrage" plus d'écho.

Les politiciens qui se sont précipités aux côtés de Marine Le Pen, qui ont couru derrière Marine Le Pen, lui ont offert sa plus belle victoire. Stupidité? Ou plutôt offre de service pour un gouvernement d'Union Nationale, Marine Le Pen étant présidente, ou bien première ministre appelée par Macron? Quelle importance?

Les voix qui appelaient obstinément à l'unité de la gauche se font bien silencieuses. Pourtant l'unité est plus importante que jamais. Mais les conditions ont radicalement changé. Les débats d'entomologistes sur la nature du PS ou du PC n'ont plus d'intérêts. Il ne s'agit pas de morale, mais tout simplement de clarté, de sens. On ne peut pas faire l'unité contre le RN, avec des gens qui manifestent avec le RN. Ce n'est pas crédible.

Un début de réponse unitaire dans la rue le 12 juin "Pour les libertés, contre les idées d'extrême-droite". Ce qui reste du mouvement ouvrier, comme tous ceux qui sont attachés aux libertés difficilement conquises y seront. 

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