Le point de vue du NPA sur la situation grecque

Certains avaient enterré un peu vite le NPA. Le contenu de cette note prouve que le marxisme-révolutionnaire est encore vivant et bien utile dans la déglingue politique générale.

Note GRECE 20 juillet 2015

Avertissement:
La situation évolue d'heure en heure, il faut donc être prudent dans une analyse de la dynamique
engagée en Grèce. Cette note vise à donner les éléments aux camarades qui n'ont pas le temps ni les
moyens de suivre pas à pas la crise en cours, ce "crime contre l"humanité" comme le disait si bien
un négociateur grec quelques jours avant le référendum.


-1-
L'acceptation du mémorandum par Tsipras est le produit de la situation créée par les compromis faits depuis son élection.
Tsipras a été confronté dès le début à l’énorme obstacle que constitue non seulement l’euro mais
aussi l’Union Européenne, l'ensemble despotique d’institutions et de règles entièrement au service
du projet néolibéral des grands groupes industriels et financiers, qui interdit toute politique
indépendante. D'autant que les dirigeants de cette Europe avaient comme objectif politique de se
débarrasser d'un gouvernement qui parlait de refuser l'austérité, et prenait quelques mesures en ce
sens dans le plan anti pauvreté.
La stratégie de la Commission, du Conseil Européen et de la BCE a consisté à tenter de briser
Syriza et la Grèce, en réduisant les possibilités de financement des banques grecques, en jetant le
doute sur le maintien de la Grèce dans la zone euro, en conditionnant la maintien des aides à la
renonciation de Syriza à mettre en oeuvre le programme sur lequel il avait été élu. Le noeud coulant
a été mis en place par la BCE dès l'élection : les liquidités ont été délivrées au compte goutte en
échange de "cautions". Pour un pays qui importe la quasi-totalité des biens de consommation
durable, a une balance commerciale négative dans l'énergie, les médicaments, le textile,
l'électronique, y compris le secteur agricole, qui a une industrie déclinante (sa part dans le PIB est
passée de 17% en 1980 à 10% en 2009, et a encore diminué de 30% depuis cette date), la pression
est énorme.
Or, après avoir diminué les dépenses publiques de 20 points de PIB et augmenté les impôts de 8
points de PIB, connu une baisse du PIB de 25 %, la Grèce avait atteint en 2014 l’équilibre
budgétaire primaire (avant paiement de la dette), de sorte qu’elle n’avait plus besoin d’augmenter
son endettement. Mais elle doit trouver, mois après mois, les fonds nécessaires pour payer les
intérêts et emprunter pour rembourser les emprunts venant à échéance.
L'accord du 20 février, avec l'acceptation du remboursement de la dette a aggravé encore la
situation, rendant même difficile le paiement des fonctionnaires.
Durant toute la négociation, Tsipras n'a jamais préparé de plan B, de mesures à prendre si l'accord
final était inacceptable, persuadé que l'échec des politiques d'austérité était si évident qu'il allait
trouver des alliés en Europe. Grave erreur : pour les classes dominantes, pour les technocraties
européennes et nationales, pour l’Allemagne, ces politiques sont une composante obligée de la
monnaie unique, de sorte qu’elles ont tout fait, et feront toujours tout, pour empêcher leur remise en
cause.
En acceptant d'appliquer l'accord de février, le gouvernement avait perdu tout appui économique
pour trouver les termes d’un nouvel accord; et l'absence de perspective autre qu'un accord aux
conditions de l'union européenne ne pouvait les forcer à négocier.
http://www.mediapart.fr/journal/international/070715/un-insider-raconte-comment-leuropeetrangle-
la-grece?page_article=4
Varoufakis, Ministre des finances démissionnaire, confirme qu'ils ont pensé dès le début à la sortie
de la Grèce de l'euro, mais "On avait un petit groupe, un « cabinet de guerre » au sein du
gouvernement, d’environ 5 personnes, et nous faisions ceci : nous y avons travaillé en théorie, sur
le papier, tout ce qui devait être fait. Mais c’est une chose de le faire avec 4 ou 5 personnes, c’en
est une autre d’y préparer le pays. Pour préparer le pays, une décision exécutive devait être prise,
et elle n’a jamais été prise." Et il a même proposé au gouvernement "s’ils osaient fermer nos
banques, ce que je considérais comme un acte d’un très grand degré de violence, nous devions
répondre agressivement, mais sans franchir le point de non-retour. Nous diffuserions nos IOU
(*IOU : I owe You, je te dois. Reconnaissance de dette officielle, quasi-monnaie parallèle), ou au
moins nous annoncerions que nous allions diffuser notre propre liquidité libellée en euro, nous
appliquerions une décote aux obligations de 2012 détenus par la BCE, ou annoncerions que nous
allons le faire ; et nous prendrions le contrôle de la Banque de Grèce. C’était le triptyque, les 3
choses que je pensais que nous devions faire en réponse à la BCE qui ferme nos banques."
C'est le refus de ces propositions qui a provoqué son départ.
Interview de varoufakis
https://stephanecorbion.wordpress.com/2015/07/14/471/
Durant cette période la gauche de Syriza a fait des propositions qui visaient à préparer
l'affrontement inévitable avec l'union européenne, le non-paiement des intérêts de la dette pour une
orientation de défaut sur l’essentiel de la dette, la nationalisation immédiate des banques, la
suppression de toutes les protections contre la corruption, l’imposition des grandes propriétés, des
fortunes et des très hauts revenus ainsi que des firmes très rentables, le rétablissement des droits des
salarié·e·s (conventions collectives, etc.).
http://alencontre.org/europe/syriza-face-a-laccord-avec-les-creanciers-la-necessite-dune-reponseclaire.html
Par ailleurs la présidente du Parlement Zoe Konstantopoulou a fait faire un audit de la dette
grecque, rendu public en juin, qui sans surprise, démontre que la dette est illégale, illégitime,
odieuse et insoutenable.
http://alencontre.org/europe/grece-une-dette-grecque-illegale-illegitime-et-odieuse.html


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L'annonce du référendum accélère la mobilisation et la polarisation de classe.
Ce référendum a accéléré la mobilisation et la polarisation de classe dans la guerre en cours entre la
société grecque et l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI), qui veulent
faire de la Grèce l’expérience récente la plus brutale de transformation sociale néolibérale.
Cf déclaration quatrième internationale 29 juin
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35294
Alors que, jusqu'à cette annonce, les négociations se déroulaient sans mobilisation des classes
populaires grecques, le référendum a libéré des forces sociales et un potentiel qui n'était pas à
l’oeuvre les mois précédents.
Du côté de l'UE, le référendum n’est pas une négociation ; c’est le début de la rupture, car il n'est
pas acceptable que des négociations soient soumises au verdict populaire.
Les responsables européens ont mis en place une stratégie de terreur. Les autorités monétaires, la
BCE ont décidé d'accélérer la crise financière de la Grèce, en diminuant encore l'approvisionnement
en liquidités et en augmentant les cautions ( 145 euros pour 100 euros selon un journal
économique), imposant de fait la fermeture des banques.
On a assisté à un déchaînement de toutes les forces pro-mémorandums, la droite, le Pasok, To
Potami, les médias privés et d'une manière générale tous les possédants, la classe dirigeante, les
classes supérieures. Autrement dit, tous ceux qui ont un intérêt dans un accord «à tout prix».
Les pressions des employeurs sur leurs salariés pour voter oui se sont multipliées, menaces de
licenciement en cas de refus de participer aux rassemblements pour le oui, surveillance des courriels
pour détecter les activistes du non, et certains ont été licenciés, des manifestations ont été
organisées contre ces entreprises.
Des officiers en retraite de l’armée grecque ont publiquement appelé à voter « oui », dont le général
à la retraite Fragkoulis Fragkos, (ancien ministre de la Défense démis de ses fonctions en 2011 par
le premier ministre de l’époque, George Papandréou, suite à des rumeurs de coup d’État), et un
groupe de 65 officiers de haut rang à la retraite qui ont publié un communiqué. C'est important dans
la mesure où le coup d'état de 1967 est dans beaucoup de têtes, et surtout que les USA ne peuvent
accepter un rapprochement de la Grèce avec la Russie, hypothèse envisageable en cas de sortie de la
Grèce de l'Europe.
Du coté de la police, ce ne sont pas les liens avec les USA qui sont déterminants, mais son
imprégnation par les fascistes d'Aube dorée.
Aube dorée n’a rien fait contre le mémorandum, même si ses parlementaires ont voté contre le
dernier. La presse n’a relayé aucune position de sa part lors du référendum du 5 juillet. D’après les
sondages, seuls 40% des électeurs d’Aube dorée ont voté non au référendum. Le noyau plus fasciste
de l’organisation est préoccupé davantage par la nature du gouvernement – croyant que celui-ci est
«bolchevique» – que par les nouvelles mesures d’austérité.
Pour la première fois, on a vu la Gauche – à l’exception du Parti communiste, qui demeure englué
dans son gauchisme (il a distribué des bulletins de vote "non au référendum, non à Syriza", un vote
nul inacceptable, orientation qui n’a pas été suivie par une grande partie de ses partisans et de sa
base)– mener réellement une bataille.
C'est la gauche de Syriza, les militants d'Antarsya, les militants syndicaux, voire des courants
anarchistes qui ont été le fer de lance de la campagne, très dynamique et active.
Le résultat du référendum est clair : un refus massif de l'austérité, une réaction de dignité face aux
eurocrates.
Dans le camp du NON se sont regroupés, les travailleurs urbains et ruraux, les chômeurs, les
pauvres, le peuple laborieux, malgré la fermeture des banques, les menaces de licenciements, le
risque de rupture avec l’euro, les menaces de famine, de manque de médicaments, de carburant, etc.
Dans certains circonscription populaires du Pirée, le «non» a atteint 72,51% des votes, malgré le
mot d’ordre ultra-sectaire du KKE. Plus de 80% des jeunes de moins de 25 ans ont voté Non.
A l’opposé, dans la «circonscription» de Psychiko, quartier résidentiel, le «oui» a capté 77,98% des
votes et dans celle d’Ekali, 84,62%, un quartier connu, entre autres, comme celui des familles
d’armateurs.
Les effets de cette victoire sont très importants. Deux légitimités se sont affrontées : celle de la
démocratie du peuple et celle des règles bureaucratiques patiemment sédimentées par les forces du
capital transnational et de la finance.
Déclaration quatrième internationale 7 juillet
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35366
Communiqué DEA
http://alencontre.org/europe/la-grande-victoire-ouvriere-et-populaire-du-non-est-le-prologue-de-la-bataille-decisive-quisannonce.
html


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L'ouverture d'une nouvelle situation politique par l'acceptation du Troisième mémorandum par Tsipras
Après le succès du référendum, le signal envoyé par les dirigeants européens était sans ambiguïté : pas
question d’accepter la volonté du peuple grec.
Au lendemain de la victoire, Tsipras refusant d'utiliser le non populaire pour combattre l'austérité, cherche
à en faire un argument pour un meilleur accord avec les institutions.
Dès le 6 juillet, il réunit tous les partis grecs avec Syriza et l'Anel, la Nouvelle Démocratie,To Potami(La Rivière, dont le dirigeant faisait des navettes à Bruxelles), le Pasok, et le KKE. Est adoptée une déclaration commune qui affirme: «La décision récente du peuple grec n’est pas une instruction pour une rupture, mais un mandat pour poursuivre et consolider l’effort d’aboutir à un
accord socialement juste et économiquement viable.» Une tonalité d’unité nationale s’affirme. Signer
en commun – Syriza, Nouvelle Démocratie, Pasok et To Potami est contre nature, après la
polarisation de classe lors du référendum.
Dès ce moment, la dynamique politique du gouvernement Tsipras n’est plus celle d’un combat contre
l’austérité.Cette alliance avec les partis du oui va se concrétiser par l'acceptation du troisième
mémorandum une semaine plus tard, un texte plus grave encore que celui que les grecs venaient de refuser.
Cette "négociation" n'en était pas une. Entre l'étranglement financier en cours au travers de la BCE,
l'Allemagne qui disait hors de l'euro pour 5 ans, et la France qui disait pour rester dans l'euro voici
les conditions, Tsipras a cédé aux pressions de la Troïka, a écouté les conseillers français qui sont
venu à Athènes préparer avec le gouvernement grec le texte assassin. Dans ce jeu de rôles, François
Hollande n’a été que le médiateur de la sainte alliance qui a dégainé depuis des mois contre le
gouvernement Tsipras.


-4-
Un texte inacceptable, écrit pour humilier le gouvernement grec, pour briser Syriza.
Il met sous tutelle de la Grèce, avec l’arrogance qu’avaient jadis les colonisateurs.
Les institutions (CE, FMI et BCE) reviendront à Athènes surveiller le gouvernement et
l’administration. Tout projet de loi dans les domaines concernés devra être soumis aux institutions
avant même les débats publics et parlementaires. Toutes les dispositions votées depuis février que
les institutions jugeraient contraires au memorandum accepté par le gouvernement précédent
devront être revues.
Le texte impose une augmentation de la TVA, la suppression des réductions de TVA dans les îles, la
réduction du niveau des retraites, la suppression de la prestation complémentaire aux retraites les
plus faibles, l'équilibrage du système de retraite d’ici octobre 2015, la retraite à 67 ans, la mise en
place d’un conseil budgétaire indépendant, une réforme pour faciliter les expulsions des ménages
qui ne pourront payer les échéances de leurs emprunts immobiliers. La Grèce devra obéir aux
injonctions des créanciers en matière de concurrence (ouverture des magasins le dimanche, périodes
de soldes, réglementation des pharmacies, boulangeries, laiteries, etc.) et de droit du travail. La
réforme de l’administration grecque, que souhaitait Syriza, se fera sous l’égide de la Commission.
Les privatisations reprendront, pour garantir le remboursement du nouveau prêt.
Le texte refuse nettement toute réduction de la dette ; il envisage seulement un éventuel
allongement des délais de remboursement si le programme imposé est mis en oeuvre intégralement.
En outre il impose à la Grèce de demander une nouvelle aide du FMI, FMI qui a indiqué que la
dette grecque était insoutenable, de sorte qu’il n’accorderait de nouveaux prêts que si l’Europe
acceptait une réduction de sa créance.
Le risque de sortie de la Grèce n’est donc pas écarté. La Grèce reste sous la menace de ne pas être
aidée si elle ne respecte pas scrupuleusement le programme imposé.
Ce programme réalise le rêve de toujours de la Commission : mettre complètement un État sous
tutelle, lui imposer austérité et réformes structurelles, dicter au parlement et au gouvernement, ligne
par ligne, ce qu’ils doivent voter et faire.
Texte de l'accord annoté par Varoufakis
http://www.huffingtonpost.fr/2015/07/15/grece-yanis-varoufakis-dette-fmi-bce-austerite-economiegrece_
n_7803324.html?1436990203
Propositions du cadtm pour une alternative à l'accord
http://cadtm.org/Une-alternative-est-possible-au
Article Udry
http://alencontre.org/laune/grece-juillet-la-canicule-politique.html
Plate forme de gauche de Syriza
http://alencontre.org/europe/grece-rejeter-les-chantages-des-institutions.html
Au parlement , Tsipras a défendu le train de réformes exigé par les dirigeants de la zone euro en
disant "nous n'y croyons pas, mais nous sommes contraints de l'adopter".


-5-
La résistance à cette reculade majeure de Tsipras s'est exprimée au sein de Syriza dès le premier jour.
Les premières oppositions ont été affichées par les parlementaires de la plate-forme de gauche qui
ont voté soit «non» (Ioanna Gaïtani et Elena Psarrou du Red Network (DEA et APO) , ou les 8 qui
se sont abstenus (parmi lesquels le ministre Panagiotis Lafazanis, le vice-ministre Dimitris
Stratoulis, et Zoé Kostantopoulou, présidente du parlement, et troisième personnage de l’Etat) lors
du vote le 11 juillet 2015, avant la signature de l'accord.
Lors du vote sur l'accord le 16 juillet, sur 149 députés 110 ont voté oui, et 32 ont voté non, y
compris trois ministres dont Panagiotis Lafazanis et Dimitris Stratoulis , et Stathis Leoutsakos,
Thanasis Petrakos, Yanis Varoufakis (ex-ministre des Finances), Zoe Konstantopoulou (présidente
du Parlement), Aglaia Kyritsi, Costas Quiet, Nadia Valavani (vice-ministre des Finances,
démissionnaire de son poste le 15 juillet), Costas Lapavitsas, Ioanna Gaïtani, Elena Psarrou,
Eugenia Ouzounidou, Kodela Dimitris, Zisis Zannas, Eleni Sotiriou, etc,... Zoe Konstantopoulou a
notamment dénoncé un"génocide social", au cours du débat qui a précédé le vote. Cela fait perdre
au Premier ministre sa majorité parlementaire (Syriza et ANEL ont 162 sièges sur 300).
Un peu plus tôt, 109 membres du Comité central de Syriza (majoritaires, le CC est composé de 201
membres) avaient appelé à rejeter l'accord
http://alencontre.org/europe/grece-declaration-de-panagiotis-lafazanis-et-prise-de-position-de-
109-membres-du-comite-central-de-syriza.html
Les discussions dans la jeunesse de Syriza et les comités de Syriza vont dans le même sens, .
Ils envoient des déclarations contre l’accord accepté à Bruxelles, et appellent à la réunion d’un
Comité central : Athènes A, Athènes sud, Pirée, Thessalonique, Achaïe, Kefalonia, Ithaque (île),
Préveza, Arta, Zakynthos (île), Dodécanèse (ensemble d’îles), Lesbos (île), Samos (île)... Cela
révèle le mécontentement dans Syriza et atteste que Syriza connaît une crise très profonde.
Interview militant DEA 18 juillet
http://alencontre.org/europe/grece-de-ladoption-de-laccord-au-remaniement-gouvernemental-et-lerole-
de-meta.html
Plate forme de Gauche de Syriza
http://www.contretemps.eu/interventions/lalternative-laust%C3%A9rit%C3%A9
Texte Red Netwok
http://alencontre.org/europe/grece-non-au-nouveau-memorandum-non-a-lausterite-non-auxprivatisations.
html


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Une nouvelle situation politique
Gardons-nous de pronostics hasardeux.
D'une part la situation de l'application de l'accord n'est pas réglée.
Le refus du FMI de s'impliquer sans renégociation de la dette s'oppose à la position européenne.
Dans ce contexte, la participation du FMI au plan d'aide à la Grèce -réclamée par les Européens- est
loin d'être acquise et ne sera possible que si l'Union Européenne s'engage à alléger massivement la
dette du pays, a prévenu l'institution. Une déclaration qui ressemble à un ultimatum."Nous avons
été très clairs sur le fait que (...) nous avons besoin d'une solution concrète et ambitieuse au
problème de la dette" pour accorder de nouveaux prêts à Athènes, a déclaré sous couvert
d'anonymat un haut cadre du FMI en présentant un rapport sur la dette grecque. Comment les
divergences vont se conclure, et sous quelle forme la Grèce va payer, difficile de le prévoir.
Actuellement de fait la Grèce n'est plus vraiment dans l'euro. Le blocage des banques depuis
plusieurs semaines limite drastiquement tous les échanges commerciaux. Des produits de première
nécessité commencent à manquer, comme des médicaments, et l'Allemagne a toujours dans ses
projets un Grexit provisoire.
Il n'est pas impossible qu'il y ait à la fois les effets d’une dévaluation interne (baisse des salaires,
chômage, retraites écrasées, santé et éducation broyées) avant d’arriver quand même au Grexit;
D'autre part la situation politique en Grèce n'est pas stable, même si les sondages donnent toujours à
Tsipras une cote de popularité de 68%.
Le changement de situation politique est marqué par :
– les changements dans le gouvernement, avec l'éviction des ministres ayant refusé le
Mémorandum,
– L'appel à la Grève du 15 juillet appelée par META, courant syndical combatif présent dans
la Confédération syndicale du secteur public (ADEDY), qui soutenait jusqu’à présent le
gouvernement de Syriza, ainsi que sa participation à la manifestation qui s’est déroulée le
soir du 15 juillet devant le parlement où avait lieu le vote sur le mémorandum, sont
importants. Cela montre que certains secteurs de la classe ouvrière sont prêts à lutter contre
les nouvelles mesures d’austérité.
– La répression violente des manifestations du 15 juillet, comme par le passé, par la police de
choc (MAT) , avec les arrestations qui ont suivi (Pour rappel, le ministre responsable de
«l’ordre», hier et aujourd’hui, est Yannis Panoússis, ancien du PASOK et du DIMAR ) .
L’entrée en vigueur de ce mémorandum implique un affrontement avec les travailleurs et
travailleuses, avec le prolétariat.
Comment Syriza peut sortir indemne des désaccords actuels ?
Comment les mobilisations de celles et ceux qui ont voté non vont peser sur ces débats ?
La crise dans la majorité actuelle aboutira-t-elle à des élections en septembre, octobre ou novembre,
dans la même période que les élections en Espagne ?


-7-
L'unité contre l'austérité, contre le mémorandum, en Grèce comme en France.
La résistance contre le nouveau mémorandum impose un rapprochement des forces motrices pour la
victoire du non, la gauche de Syriza, les militants d’Antarsya ainsi qu’aux militants du parti
communiste (KKE) en désaccord avec leur direction. En prenant en compte que le refus du
mémorandum n'implique pas obligatoirement le rejet de Tsipras, nombre de grecs pensant qu'il a
fait tout ce qu'il a pu et qu'il peut être un rempart contre les effets les plus brutaux.
Cf Ntavanellos, DEA:
"Des derniers échanges que nous avons eus avec les autres composantes émerge la nécessité
d’approfondir la collaboration sur une base plus sérieuse dans les mois à venir. De nombreux
militants ont compris qu’une gauche radicale sérieuse existe dans Syriza. Il faut comprendre que
nous n’étions pas sans réflexions et préparation par rapport à ce qu’implique pour des formations
révolutionnaires une collaboration avec des grands partis de gauche ayant accédé à des positions
gouvernementales. Les expériences historiques dans d’autres pays, du Brésil à l’Italie, nous ont
aidés en cela, pour chercher à éviter les écueils auxquels ils se sont heurtés. Nous avons donc réagi
très rapidement en engageant une politique de résistance"
Entretien avec Antonis Ntavanellos, DEA
http://alencontre.org/europe/grece-le-plus-important-des-le-premier-jour-la-resistance-sestexprimee-
dans-syriza.html
cf Sotiris , membre d'Antarsya
"Mais surtout, il est temps à présent que toutes les forces de gauche défendant la voie de la rupture,
la voie de « Oxi », au sein de Syriza comme en dehors, prennent des initiatives. Avec courage et
audace, il nous faut construire un front de la gauche sur la base des lignes de clivage révélées par
le Non et par le débat autour de la rupture avec la zone euro. Et nous avons besoin de ce front
maintenant, en s’affranchissant du sectarisme pathologique et des petites intrigues de la gauche radicale.
Nous avons précisément besoin d’une convergence de forces politiques et des dynamiques du
mouvement qui pourrait, en quelque sorte et selon une logique dialectique, incorporer et dépasser
l’héritage de Syriza comme front large, l’expérience d’unité des anticapitalistes d’Antarsya et celle
de toutes les formes d’organisation au sein du mouvement. La crise grecque a ouvert une brèche
historique qui a traversé notre société et créé les conditions nécessaires à l’émergence d’un
nouveau bloc historique. Syriza n’est pas parvenu à transformer ce potentiel en praxis politique.
Nous avons la responsabilité historique d’accomplir cette transformation."
http://www.contretemps.eu/interventions/avenir-commence-maintenant
Notre responsabilité ici est particulière contre le rôle de puissance prédatrice joué par la France dans cette affaire.

La bataille doit être centrée contre l'impérialisme français qui met en place une mise en
coupe réglée de la Grèce (les entreprises françaises sont d'ores et déjà sur les rangs...) d’où la
bagarre sur la dette et surtout sur la part française de la dette.
Il y a évidemment bataille contre la politique de Tsipras, contre les hésitations du PG, et surtout du
PCF. Mais ici comme ailleurs, nous devons chercher à unifier le camp du non contre l'accord, nous
appuyer sur ce qui s'est passé lors du référendum pour une mobilisation la plus large possible contre
le diktat de la Troïka, lors du vote contre l'accord au parlement, bref unifier toutes les forces qui
combattent l'austérité de l'Union européenne.


-8-
Le débat stratégique ouvert par la crise grecque.
La crise de l'union européenne ouvre un débat au sein même des économistes bourgeois., cf le deux
interviews d'économistes non marxistes particulièrement virulents sur l'"accord" :
http://www.liberation.fr/monde/2015/07/14/jeffrey-sachs-les-etats-puissants-seront-rattrapes-par-les-souffrances-qu-ilsinfligent_
1347718
http://www.liberation.fr/monde/2015/07/15/joseph-stiglitz-l-allemagne-n-a-ni-bon-sens-economique-nicompassion_
1348536
La violence de l'attaque contre les travailleur-euse-s, le pillage et la mise sous tutelle de la Grèce constituent des événements majeurs.
Tsipras, en acceptant le mémorandum, surtout après la victoire du non, a brisé les espoirs de toutes
celles et tous ceux qui luttent pour une politique anti-austérité au sein de l’Europe. C'est ce que
cherchaient les dirigeants européens, bien faire entrer dans la tête de tout le monde qu'il n'y "a pas
d'autre alternative"
Il nous faut donc pour convaincre démonter pour quelles raisons Tsipras est arrivé à céder, accepter
le mémorandum. Sans dire que le rapport de force de la Grèce vis-à-vis de l'union européenne et du
FMI permettait une solution simple. Dans cette situation difficile, la politique de Tsipras a conduit
à la catastrophe. C'est un réformiste de gauche qui a démontré que ses choix ne fonctionnement pas.
Il faut donc débattre quels auraient été les bons choix, comment s'affronter aux obstacles auquel
n'importe quel gouvernement, mouvement anti austérité sera confronté
Toutes les forces qui luttent pour une alternative à l’austérité néolibérale se trouvent confrontées à
un débat stratégique de toute première importance : comment articuler lutte sociale et politique, au
plan national et au plan européen, quelle attitude face à l’Euro et à l’Union Européenne, quelle
perspective politique/institutionnelle face au rouleau compresseur de l'union européenne? Car l’euro
n'est pas seulement une «monnaie unique», c’est avant tout une politique économique.
Sous des formes diverses, ce débat concerne tous les militants aujourd'hui. Gageons qu'une
nationalisation des banques, ou de la production énergétique en France verrait se dresser les mêmes
obstacles que ceux que nous voyons aujourd'hui en Grèce. Nous nous devons d'y répondre...comment construire les états unis socialistes d’Europe sans rester bloqués par l'austérité de l'union actuelle lorsqu'une avancé est possible dans un pays européen ?
Dans l'affrontement inévitable avec ces institutions, il est important
– à la fois d'améliorer le rapport de force, par la mobilisation, les avancées en matière d'auto
suffisance notamment pour l'alimentation, l'énergie, les produits de première nécessité,
comme les médicaments, etc ..., les structures collectives d'organisation de la société,
dispensaires, écoles, etc...
– à la fois de préparer les conditions permettant d'échapper au blocage, anticiper le fait qu'on
ne peut sortir de l'austérité par une négociation, pas un sacrifice pour l'euro, mais pas la
sortie de l'euro comme un choix positif, mais une politique de défense dans la lutte
internationaliste contre l'union européenne néolibérale.
Dans ce débat essentiel plusieurs contributions utiles :
texte sur l'europe adopté par le 2ème congrès du NPA (page 6)
http://npa2009.org/node/37850


Conclusion de ce texte :
Il faut changer de logique et défendre un programme pour l’Europe des travailleuse/eurs et des
peuples.
La vieille idée des États-Unis d’Europe apparaît chaque jour davantage comme une nécessité, mais
il est tout aussi clair que la réaliser impliquera de mettre à bas l’échafaudage institutionnel et
réglementaire de l’UE et de l’euro. Ce que seuls pourront accomplir des gouvernements des
travailleurs, qui commenceront à appliquer des programmes de rupture avec l’économie de profit,
vers l’unification socialiste du continent.
La construction engagée depuis le traité de Rome et incarnée par l’Union européenne doit être
remise en cause. Il faut en changer toute l’architecture économique, sociale et institutionnelle. Tous
les traités doivent être annulés et l’ouvrage remis sur le métier. La rupture démocratique exige de
dissoudre les institutions actuelles de l’Union européenne et de mettre en oeuvre un processus
constituant permettant de définir une nouvelle Europe, sociale et démocratique.
Dans ce processus constituant, la gauche anticapitaliste proposera ce programme d’urgence
sociale et démocratique, une réorganisation économique et sociale qui mette au centre les besoins
et droits sociaux, une redistribution radicale des richesses, l’appropriation publique et sociale des
secteurs clés de l’économie : un programme pour des gouvernements des travailleurs qui
commenceront à rompre avec le capitalisme dans la perspective des États-Unis socialistes
d’Europe.
L’Europe est devenue l’arène des luttes ouvrières et populaires que nous devons penser au-delà du
cadre hexagonal pour défendre un programme contre l’austérité, pour les droits des travailleurs,
l’annulation de la dette, pour une Europe des travailleurs et des peuples. L’avenir appartient à la
coopération des peuples pas au repli national qui est le terrain des forces réactionnaires. Notre
internationalisme serait un vain mot si le mouvement anticapitaliste ne se donnait pas les moyens
d’exister et d’agir au niveau européen. C’était le sens de la conférence anticapitaliste dont le NPA
avait pris l’initiative avec le SWP britannique. Une de nos priorités sera de relancer le processus
engagé pour mettre en oeuvre au niveau européen une politique de regroupement des
anticapitalistes.
Lcr belge
http://www.lcr-lagauche.org/lepreuve-de-force-grecque-et-lurgence-du-debat-strategique-a-gauche/
Daniel Tanuro
http://www.lcr-lagauche.org/briser-le-tabou-du-grexit-dans-la-gauche/
Costas lapavitsas
http://www.contretemps.eu/interventions/costas-lapavitsas-voie-sagesse-c%E2%80%99est-cellesortie-
euro-changement-social
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