Pour essayer d'y voir clair sur la chloroquine

Le débat sur les traitements possibles de l'épidémie de Covid 19 ne doit pas se résumer à une personnalisation autour du Pr Raoult. En réalité, c'est bien de choix politiques dont il s'agit.

Il faut commencer par rappeler les difficultés inhérentes à l'épidémie elle-même. Même si le virus appartient à une catégorie de virus connue et étudiée depuis plus de 15 ans, même si une pandémie d'origine virale était attendue par les spécialistes, la forme qu'elle prend est nouvelle, spécifique. Elle présente sans doute des formes particulières selon le climat, la pollution et les modes de vie des sociétés où le virus se développe, sans parler de l'âge et de la santé des personnes atteintes. D'où la difficulté de tirer des conclusions générales d'expériences particulières.

Il faut d'abord dire ce que peu de gens savent, c'est que les tests de détection ne sont pas complètement fiables, loin de là. Des tests ne sont jamais 100% fiables, mais dans le cas présent on descend pour certaines catégories de tests à des taux particulièrement bas de l'ordre de 60 à 70 % de fiabilité. C'est dire que le virus peut-être présent, alors que un, puis deux tests s'avèrent négatifs. La fiabilité du test sur un patient particulier est donc faible. Par contre, les tests prennent un sens - voir la théorie des probabilités - quand ils sont pratiqués en grand nombre. Vu le très faible nombre de tests pratiqués en France, nous ne savons absolument pas combien de personnes ont été en contact avec le virus. Nous ne savons même pas si tous les malades atteints de pneumonie grave, le sont à cause du Covid 19 ou de la grippe saisonnière ou d'autres choses. Il est quand même curieux de noter "l'absence" d'épidémie de grippe saisonnière cette année. Est-ce parce qu'elle n'a pas eu lieu ou parce que nous ne l'avons pas remarquée étant occupé par autre chose?

Si l'on en vient maintenant aux traitements, il faut rappeler qu'environ 80 % des personnes atteintes guérissent sans traitement. Donc lorsque vous administrez un traitement et que le malade guérit, vous pouvez toujours supposer qu'il aurait aussi bien pu guérir sans traitement. Sans oublier l'effet placebo qui joue à fond, puisque dans la situation actuelle d'épidémie, les malades traités par la chloroquine sont volontaires et l'espoir donné par ce traitement ne peut que renforcer leur chance de lutter victorieusement contre la maladie, à l'inverse de ceux que l'on va abandonner à leur sort avec une boite de doliprane pour tout viatique.

Voilà je crois, bien posées les limites des certitudes scientifiques dans la situation actuelle. On en revient forcément à la médecine, la vraie, celle du serment d'Hippocrate ou intervient la relation du médecin et du patient, l'intuition de l'un, la confiance de l'autre, l'importance du diagnostic...

Il est donc évident, que ni les expériences des médecins chinois, ni celle menée sous la direction du Pr Raoult sur l'usage de chloroquine n'a valeur de preuve. Ce qui est avéré, c'est que la chloroquine in vitro a le pouvoir d'inhiber le développement de ce type de virus. La preuve de son efficacité sur les êtres humains reste à faire. De toute façon elle ne sera pas le médicament miracle, car il n'y a pas de médicament miracle. C'est le malade qui guérit ou pas. Le médicament, les infirmières, le médecin, les aides soignantes... peuvent l'aider à guérir ou pas. Donc dans l'état actuel de la connaissance, il n'y a aucune certitude scientifique pour traiter la pandémie. Par contre, il y a des pistes, des intuitions et un devoir d'agir, de soigner.

Ce qui reprochent au Pr Raoult de ne pas avoir attendu la preuve scientifique pour administrer son traitement ne disent pas que pour obtenir cette preuve en respectant les protocoles de recherche, les critiques, les confrontations... il faudra attendre non pas des semaines, mais des mois, voire des années alors que le virus aura peut-être muté d'ici là et se présentera sous une autre forme. En attendant, les malades sont laissés sans traitement et les milliers de morts s'accumulent. La seule action du gouvernement français et de bien d'autres, c'est le confinement qui ne fait que retarder le moment où 60% de la population aura été en contact avec le virus et où nous aurons atteint une immunité collective, sauf pour les morts bien sûr. D'ailleurs dans les EHPAD, on ne les compte plus. Pas plus que ceux qui meurent chez eux parce que le 15 ne répond plus.

On en revient donc au serment d'Hippocrate. Soigner en espérant guérir. Je pense qu'il faut saluer ces médecins qui prennent en conscience leur responsabilité de médecins pour tenter de guérir.

Oui, il y a de sérieuses raisons d'espérer que la chloroquine administrée sous surveillance médicale et couplée avec un antibiotique permette de guérir beaucoup plus de malades que le doliprane. La chloroquine est un médicament bien connu, utilisée massivement depuis longtemps avec très peu d'effets indésirables aux quantités recommandées par le Pr Raoult. Il est très peu cher et peut être produit en grande quantité. Il a donc toutes les qualités requises pour aider à faire face à une pandémie. Mais ce n'est pas une certitude scientifique.

Non, il n'y a actuellement aucun traitement alternatif. L'autre direction de recherche concerne des médicaments beaucoup plus sophistiqués, beaucoup plus chers et plus difficiles à produire en quantité, qui sont eux aussi actifs in vitro, mais qui n'ont fait l'objet jusqu'ici d'aucune expérience sur les humains. Donc pas de connaissance ni sur l'efficacité réelle, ni sur les effets indésirables. Un médicament qui tue le virus in vitro peut aussi tuer le malade.

Voilà où nous en sommes. Après l'IHU Méditerranée, la Timone, l'AP-HM, de plus en plus d'hôpitaux en PACA et ailleurs utilise la chloroquine. Ce matin, une patiente soignée à Digne, de cette façon, annonçait sa guérison. Les VIP ayant eu droit à un diagnostic de faveur se sont fait soignés ainsi pour la plupart. Aucun n'en est mort. Évidemment, il ne s'agit pas de preuves scientifiques, mais si vous êtes diagnostiqué positif au virus vous en tiendrez vous au Doliprane? Parallèlement à la campagne de mise en garde contre la chloroquine et de calomnie contre le Pr Raoult, il faut constater qu'il y a eu razzia sur la chloroquine. On n'en trouve plus dans les pharmacies et cela depuis bien avant les déclarations publiques de Raoult. Tous les gens et les institutions informées des expériences chinoises, en particulier dans le milieu médical, ont constitué leur stock. L'ex-ministre Buzyn avait réservé la chloroquine aux prescriptions médicales. Le nouveau ministre la réserve maintenant aux hôpitaux, sauf VIP bien entendus. Donc, l'accès à un médicament courant est devenu un privilège. Et on le cache en le dénigrant.

Bien sûr, c'est la moindre des choses que les hôpitaux disposent prioritairement de chloroquine. Mais ce qui ne va pas dans les prescriptions du ministre de la santé, c'est de réserver la chloroquine aux cas graves, car pour que le médicament soit efficace il faut qu'il soit pris assez tôt. C'est facile à comprendre, le rôle de la chloroquine c'est de ralentir voire arrêter la prolifération du virus dans l'organisme, pas de réparer les dégâts. D'ailleurs lorsque l'on en arrive au stade de la pneumonie aigüe, souvent le virus a disparu.

On en arrive toujours au même point. Il faut tester massivement la population, confiner les individus positifs et leur administrer immédiatement le traitement sous surveillance médicale, mais pas forcément à l'hôpital. Exemple, la patiente soignée avec succès à Digne a été traitée chez elle et à l'hôpital quand ce fût nécessaire. C'est ce que fait l'IHU Méditerranée et les hôpitaux de l'AP-HM avec pour le moment une faible mortalité à défaut de certitudes scientifiques. Pourquoi cette voie est refusée par le ministère? Passons sur les manoeuvres minables de la cour macronienne. Passons sur les grandes manoeuvres des laboratoires qui espèrent transformer la pandémie en mine d'or. Il reste que la France ne dispose pas de tests en nombre suffisant. Que la seule usine en France fabriquant la chloroquine et quelques autres médicaments essentiels, est en redressement judiciaire. Sanofi produit aussi de la chloroquine au Maroc, mais le gouvernement marocain a décidé de préempter la production suite à la guérison du ministre de la santé marocain "avec" un traitement à la chloroquine. Bref, le gouvernement Macron en poursuivant les politiques désastreuses de Sarkozy et Hollande a désarmé le pays face à l'épidémie. En attendant mieux, confinement obligatoire, mais pas pour tous. Comprenne qui pourra. C'est cela le véritable enjeu du débat sur les traitements du coronavirus. Dommage de le résumer à la barbichette du Pr Raoult.

 

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