COVID19: du vaccin viendra le salut!

Salut doit ici s'entendre au sens spirituel.

Je pense que les déclarations des autorités religieuses en faveur du vaccin gagnent à être connues et étudiées de plus prés.

Lorsqu'on les lit, l'ironie un peu lourde d'Antoine Perraud tombe à plat. Car, ces prises de position pour la vaccination des autorités religieuses reconnues ( j'écarterai ici les contestataires par manque d'informations ) ne manquent ni de subtilité, ni d'à propos. Je m'en tiendrai aux déclarations de l'Iman de la mosquée de Bordeaux, du Rabin du Rancy et du Pape.

Contrairement aux politiciens ou aux journalistes, aucun d'entre eux ne se prononcent sur l'efficacité du vaccin, son innocuité, ni sur la possibilité d'éradiquer l'épidémie par la vaccination de masse. Bien trop malins pour s'immiscer dans le débat scientifique ou sociétal, il ne se prononce pas non plus pour ou contre le passe vaccinal. Alors que tant de commentateurs incompétents et de politiciens ignares parlent comme s'ils avaient reçu la révélation divine des bienfaits du vaccin, les dignitaires religieux font preuve de prudence et de bon sens. Et chacun reste dans son domaine.

Commençons par le Rabbin Moché Lewin. Il rappelle les fondamentaux "Dans le judaïsme, ce qui compte, c’est la primauté de la vie." Puis il actualise: "Se faire vacciner est un devoir religieux si rien ne s’y oppose. " A ce "si rien ne s'y oppose" que de portes il ouvre à la réflexion personnelle et à l'esprit critique! En effet, on peut préférer le vaccin chinois à Pfizer, penser que les vaccins à ARN messager comportent trop d'incertitudes et de dangers potentiels. Bref on peut penser par soi même et estimer que beaucoup de choses s'opposent à faire vacciner ses enfants par exemple. Nous sommes bien dans la tradition du devoir d'interprétation de la loi cher au judaïsme.

L'Iman de Bordeaux tient lui le rôle qu'on attend de lui. Il le tient avec rigueur et courage. « La santé est universelle, et il faut éviter une communautarisation de la médecine qui n’a pas lieu d’être. » S'il ne dit rien sur les vaccins, il défend clairement l'universalisme de l'Islam et il s'oppose, comme il l'a toujours fait au communautarisme. Il n'y a pas de médecine musulmane spécifique. Les français musulmans ont affaire avec la loi française et la médecine pratiquée en France. C'est clair et net. Il n'y a pas d'objection musulmane à la vaccination, pas plus qu'au code de la route ou à la constitution. La porte reste grande ouverte à la discussion sur l'opportunité des vaccins comme sur le reste, mais cette discussion doit avoir lieu dans un cadre universel et rationnel. Laïque en quelque sorte.

Venons en au Pape. Le résumé le plus fort de son message, c'est d'affirmer que "la vaccination est un acte d'amour". On se vaccine parce qu'on aime son prochain. Ce n'est peut être pas bon pour vous, voire carrément dangereux, mais si ça pouvait aider les autres, les plus vulnérables...La préférence aux pauvres. Oserait on rappeler au Saint Père que le seul vaccin contre le VIH, c'est le préservatif? Et donc, suivant sa belle formule, mettre un préservatif est un acte d'amour. Mais ce sera peut être pour la prochaine encyclique.

Reprenons. "c'est un moyen simple mais profond de promouvoir le bien commun et de prendre soin les uns des autres, notamment des plus vulnérables."

La seule indication précise concerne les plus vulnérables. Le pape s'avance ici sur un terrain qui fait à peu prés consensus, la vaccination pour les plus vulnérables. Pour le reste le pape se place sur le plan de l'intention. Fidèle à la morale jésuitique. C'est l'intention qui compte. Les résultats peuvent être inattendus, décevants, voire carrément contraires à vos espoirs, mais l'intention était bonne et c'est l'intention qui peut vous ouvrir les portes du ciel. L'église catholique ne prône pas une morale de la responsabilité individuelle, de l'esprit critique ni de l'engagement. C'est la Foi qui sauve. La Foi et la Grâce. Le pape touche juste. Se faire vacciner est un acte de foi. Vaccinez les tous, Dieu reconnaitra les siens!

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.