L'Euro dont nous ne voulons plus

Tous les observateurs ont pu observé à loisir les mécanismes qui ont aboutit le 13 juillet 2015 à la mise à genoux du gouvernement de Tsipras, puis au retournement de celui-ci en instrument au service des créanciers. Le bras armé de l'opération punitive a été la BCE et l'Eurozone sous la direction impitoyable du ministre allemand des finances. Le FMI, la commission européenne et les chefs de gouvernement de l'UE se contentant d'entériner aprés coup suivant l'évolution du rapport de forces. On connait d'autant mieux le film des évènements que pour la première fois un des principaux acteurs, le ministre grec Varoufakis, a dévoilé les secrets du saint des saints. Qu'il en soit remercié! Depuis son départ, un silence de plomb est retombé sur ce centre de décision stratégique. Gageons qu'il ne sera pas troublé de sitôt.

L'autre élément de la tenaille qui paralyse le peuple grec, idéologique cette fois, c'est l'Euro. Agiter la sortie de l'Euro comme la pire des catastrophes a grandement aidé à faire accepter la catastrophe actuelle qui garantit nullement à la Grèce de rester dans l'Euro. Bien au contraire. Jusqu'ici on pouvait se demander comment un pays pouvait être exclu de l'Eurozone, vu que rien dans les traités ne le prévoit. Maintenant, on sait que Wolfgang Schaüble, avec la participation de la BCE, a mis en place tous les mécanismes permettant d'éjecter un pays de l'Eurozone, en commençant à couper à ses banques l'accés à l'Euro. Il est évident que le message a été entendu au niveau des gouvernements, italiens et français en particulier.

Le choc des évènements grecs a relancé le débat sur la sortie de l'Euro. Malheureusement, dans les mêmes termes qui se posaient avant cette expérience grandeur nature. En fait, comme si rien ne s'était passé. Certains veulent bien admettre qu'un gouvernement soucieux d'une politique sociale devrait, à un moment ou un autre, reconquérir la souveraineté sur sa monnaie. Une évidence depuis que les monnaies existent, mais c'est toujours bon de s'en souvenir. Sauf que l'Euro est entrain de fonctionner, en ce moment même, comme instrument de mise sous tutelle de la Grèce et de punition collective de sa population. Avec l'accord de notre gouvernement, l'appui de nos banques et le consentement implicite des utilisateurs de l'euro que nous sommes. Contraints et forcés, certes. Mais la présence de la France au sein l'Eurozone assure le pouvoir de cette instance, comme sa sortie signerait probablement sa fin.

La question de l'Euro est devenue une question programmatique immédiate et pas seulement une perspective lointaine. Les agriculteurs la posent aussi à leur façon, lorsqu'ils bloquent les camions venus d'Allemagne dont on se demande bien ce qui permet à son agriculture de concurrencer les produits agricoles français sur le sol français.

La Grèce est entrain de subir une conquête financière, comme elle a subit en d'autres temps une conquête militaire. L'instrument de cette conquête, c'est la monnaie. Oublierais-je le rôle de la dette? Pas du tout. Mais si on analyse l'histoire des pays qui, de façon différentes et avec des résultats divers, ont affrontés un problème de dette insoutenable, l'Argentine, l'Équateur ou la Corée du Sud, on constate que la maitrise de leur monnaie a été un instrument essentiel pour restaurer une économie nationale et négocier avec les créanciers. Les pays qui au contraire, vivent sous une monnaie étrangère, le dollar ou le franc CFA, ceux là ne se sortent jamais de la mise sous tutelle. Et c'est bien le cas de la Grèce. La naïveté c'est de croire que le principal souci des créanciers serait de se faire rembourser. Alors que la dette, c'est une mise en tutelle et le principal intérêt des créanciers, c'est de saigner la bête, certainement pas de l'aider à se rétablir. C'est un conte de fée, celui où Merkel et Schaüble aideraient la Grèce à rétablir son économie pour qu'elle puisse rembourser ses dettes... et se libérer de la tutelle allemande sans doute.

Abolir les traités qui régissent l'Euro, fermer la BCE, dissoudre l'instance de direction de l'Eurozone et faire passer en jugement les responsables du diktat du 13 juillet, voilà des exigeances qu'il faut porter immédiatement, pour la Grèce, pour les travailleurs européens et pour la paix et la solidarité entre les peuples.

Quant à ceux qui pensent que la sortie de l'Euro peut toujours se régler plus tard, une fois élu au gouvernement. En douce, aprés avoir bien palabré, négocié... je rappelle le triste sort du plan B de Varoufakis qui n'a jamais vu le jour. La politique révolutionnaire n'est pas compatible avec le complotisme. Croyez vous qu'un parti puisse affronter à l'avenir une élection sans avoir à répondre à la question "avec ou sans l'euro"?

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