Armand Rubirth

Observateur professionnel

Abonné·e de Mediapart

7 Billets

0 Édition

Billet de blog 4 janvier 2026

Armand Rubirth

Observateur professionnel

Abonné·e de Mediapart

Quand une monnaie devient une arme : ce que la chute de Maduro dit vraiment du monde.

La capture de Nicolás Maduro par les États-Unis dépasse largement le cadre vénézuélien. À l’arrière-plan, c’est la bataille autour du pétrodollar, de la dédollarisation et de l’influence des BRICS qui s’accélère révélant un ordre mondial en pleine recomposition.

Armand Rubirth

Observateur professionnel

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je fais partie de cette génération qui n’a jamais connu qu’un seul monde : celui où tout se paie en dollars, où les États-Unis tiennent la caisse du globe, et où l’économie ressemble à une loi de la nature. On grandit avec ça comme avec la gravité : ça existe, point. Le dollar, c’était l’arrière-plan permanent, la musique de fond de l’histoire.

Et puis un jour, on se réveille, et quelque chose craque.

Quand Washington capture Nicolás Maduro, ce n’est pas seulement la chute d’un régime contesté. C’est un message, brutal et limpide : le cœur du système, c’est toujours le pétrole et la monnaie dans laquelle on le vend. Depuis les années 1970, le pétrodollar a été la clé de voûte de l’empire américain. Tant que le monde avait besoin de dollars pour acheter du pétrole, les États-Unis pouvaient emprunter, dépenser, projeter leur puissance. Le billet vert n’était pas qu’un moyen de paiement : c’était une laisse posée sur la planète entière.

Le problème, c’est que cette laisse se desserre.

Le Venezuela avec ses réserves gigantesques avait commencé à vendre son pétrole en yuans, en roubles, en euros, et à se tourner vers les BRICS. La Russie fait déjà une partie de son commerce énergétique hors dollar. L’Inde et la Chine testent d’autres circuits bancaires. L’Arabie saoudite elle-même laisse entendre que le monopole du billet vert pourrait prendre fin. C’est ce qu’on appelle la dédollarisation : un mot froid pour décrire une révolution silencieuse.

Alors oui, la capture de Maduro peut se lire comme une opération sécuritaire. Mais ce serait naïf de s’arrêter là. Quand un pays qui possède les plus grandes réserves de pétrole au monde commence à se soustraire au dollar et qu’il tombe trois mois plus tard il est difficile d’y voir une simple coïncidence.

Je ne dis pas que tout s’explique par l’économie. Mais je dis que l’économie explique toujours quelque chose.

Ma génération a été biberonnée au discours de la mondialisation heureuse. On nous a expliqué que l’ordre libéral était stable, que les crises étaient des parenthèses, que le marché finirait toujours par arranger les choses. Aujourd’hui, on voit apparaître l’envers du décor : les monnaies sont des armes, les banques sont des forteresses, et les alliances se payent comptant.

Le plus ironique, c’est que l’usage de la force peut accélérer exactement ce que Washington voudrait empêcher. Plus le monde comprend que le dollar est défendu comme un territoire, plus il cherche à s’en éloigner. Les BRICS ne sont pas une utopie douce. Ils sont une tentative brutale de rééquilibrage du pouvoir. Un monde multipolaire, ce n’est pas forcément un monde plus juste c’est seulement un monde où personne ne peut tout décider seul.

Alors oui, le dollar survivra. Mais il ne règnera plus. Et nous, qui avons grandi dans l’ombre de ce règne, nous voyons s’ouvrir une brèche. La fin d’un monde n’est pas forcément la naissance d’un meilleur. Mais elle oblige à regarder autrement.

Nous ne croyons plus aux récits lisses. Nous avons vu trop de crises pour ça. Mais nous refusons aussi de rester spectateurs.

Parce que comprendre les logiques économiques, ce n’est pas un luxe d’experts, c’est une nécessité politique. Et peut-être que notre génération ne sera pas celle qui applaudit les shows présidentiels, mais celle qui pose des questions simples :

Qui imprime la monnaie ? Qui décide sa valeur ? Et au nom de quoi ?

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.