Au Cachemire indien : l'abstention comme signe de résistance ?

En Inde, les élections législatives sont maintenant terminées. Après plus d'un mois de ferveur démocratique, la nation indienne va découvrir son nouveau Premier ministre le 23 mai. Au Cachemire indien, région disputée entre le Pakistan et l'Inde, ces élections ont été accueillies avec scepticisme. Reportage.

À Srinagar, capitale du Cachemire indien, les touristes flânent sur le boulevard qui longe le lac Dal. Un groupe de jeunes apprécient un tour de Shikara, les bateaux en bois aux couleurs vives typiques de la région. Plusieurs familles se délectent du panorama, une étendue d’eau surplombée des montagnes de l’Himalaya en dégustant des panipuri, boules de pain frit fourrées avec de l’eau assaisonnée d’épices, d’oignons et de pois chiches. Le temps est clément, loin de la fournaise des plaines indiennes.

Derrière cette image de carte postale, une autre réalité dessine le quotidien des habitant·es.

Mi-avril, jour de vote pour la circonscription de Srinagar. Les rues commerçantes de Lal Chowk sont désertes, les stores baissés des magasins s’alignent à la suite dans la poussière. Un vendeur de fruits et légumes attire les quelques badauds qui s’aventurent dehors. À certains endroits, des militaires tiennent le bitume, guettent et s'ennuient. Aujourd’hui, les habitant·es de Srinagar sont invité·es à voter. Se rendre aux urnes pour désigner leur seul représentant sur les 543 député·es de la chambre basse du Parlement indien, la Lok Sabha. Les député·es désigneront par la suite le nouveau Premier ministre de l'Union indienne. Le Cachemire indien a trois circonscriptions et donc trois représentant·es à la Lok Sabha.

Les rues désertes de Lal Chowk, Srinagar © Arnaud Chastagner Les rues désertes de Lal Chowk, Srinagar © Arnaud Chastagner

À l’appel des groupes séparatistes, la population fait aujourd'hui ville morte. En signe de protestation au regard de ce qu’il se passe dans la vallée(1). Pour affirmer sa détermination à prendre son avenir en main.

Du 11 avril au 19 mai, 900 millions de votant·es ont été appelé·es aux urnes, réparti·es dans les 29 États et les 7 territoires de l'Union indienne. Chaque État a un nombre de député·es proportionnel à sa population. Ces élections sont un enjeu de taille pour le parti du peuple indien (BJP), parti nationaliste hindou dont le Premier ministre sortant, Narendra Modi, brigue un second mandat. Depuis sa victoire écrasante en 2014, le modèle séculaire de l’Inde est mis à mal avec l’hindouisme élevé au rang de politique d’État. Une démocratie ethnique pour reprendre les termes de Christophe Jaffrelot, chercheur en science politique spécialisé sur l'Asie du Sud.

Après une période électorale jalonnée de meetings, de communication en tout genre, de violences (un mort) et de "fake news", les résultats sont attendus pour le 23 mai.

Dans l’État indien de Jammu-et-Cachemire, région himalayenne coincée entre le Pakistan, la Chine et le reste de l'Inde, ces élections ont comme un différent son de cloche. Les meetings politiques se font plus discrets, sous escorte policière. Les affiches à l’effigie des partis jouent à cache-cache. Affirmer son attachement à un parti peut valoir des représailles.

Contrairement au reste de l’Inde où la ferveur démocratique est palpable, la politique ici prend une tout autre dimension. "Je ne sais pas si je vais voter aujourd'hui. Ma famille me demande pour quoi faire. Ils pensent que c’est inutile que cela n’aura aucun impact sur notre quotidien, sur la situation dans la vallée", confit Bilal, la trentaine bien entamée, rencontré à l’abri de la pluie devant une échoppe. "Ici, les gens ne votent pas, plus personne ne croit en la politique", ajoute-t-il.

En 1947, année où l’Inde et le Pakistan voient le jour, le Cachemire, alors État princier sous protectorat britannique, doit choisir entre ces deux puissances pour un rattachement. Population principalement musulmane, mais gouvernée par un prince hindou, le Maharaja Hari Singh souhaite garder une certaine indépendance au regard du caractère unique de son royaume. L’arrivée de tribus en provenance du Pakistan le pousse à faire appel aux forces armées indiennes pour les repousser. L’Inde en contrepartie lui demande une adhésion pure et simple.

Ce rattachement engendre la première guerre indo-pakistanaise qui ne cessera qu’en 1949. Année où les Nations Unies interviennent pour instaurer un cessez-le-feu et dessiner ce qui sera par la suite la « ligne de contrôle ». Une frontière de facto, non reconnue par la communauté internationale, qui traverse le territoire du Cachemire.

L’Inde revendique l’entièreté du territoire tandis que le Pakistan s'aligne avec les Nations Unies et demande à ce que le droit international soit respecté. À savoir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Azadi ou Azaadi signifie liberté, indépendance. Ce mot fédérateur est devenu le slogan de la vallée © Arnaud Chastagner Azadi ou Azaadi signifie liberté, indépendance. Ce mot fédérateur est devenu le slogan de la vallée © Arnaud Chastagner

Au milieu, c’est toute une population qui attend que le référendum d’autodétermination soit réellement mis en place. Un référendum qui permettrait de donner une voix à un peuple qui n’a jamais pu se faire entendre. Saisir l’opportunité de choisir son destin entre l’Inde et le Pakistan mais aussi pour une complète indépendance.

L’État de Jammu-et-Cachemire (J&K), qui est né à la suite de la première guerre indo-pakistanaise, est le seul État indien peuplé encore aujourd’hui majoritairement de musulman·es. Ils/elles se concentrent surtout au Cachemire. L'État de J&K comprend la région de Jammu, du Ladhak et du Cachemire.

Retour sur les élections. En fin de journée, le taux de participation dans la circonscription de Srinagar s’élevait à un timide 14,8 %. Échelonnées sur plusieurs dates, les autres circonscriptions du Cachemire ont elles aussi témoigné d’un faible taux de participation : 34,29 % pour la circonscription de Baramulla (Nord), et 8,76 % pour la circonscription de Anantnag (Sud). Soit un taux d'abstention de 80,72 %.

Pour Faizan Ahmad*, jeune étudiant originaire de Kupwara (Nord), la participation aux élections ne s'ancre pas dans la politique. "La majorité des gens qui votent le font pour des intérêts personnels. Mon cousin a voté pour avoir un permis de construction. Un ami a, quant à lui, voté en solidarité à des connaissances qui travaillent pour un parti politique local. On est dans du relationnel. Les gens savent très bien que n’importe quel politicien de la région n’aura aucun impact si l’Inde en décide autrement. Mais il y a quand même des besoins qui s’inscrivent dans le quotidien, des questions d’emploi, des besoins journaliers. On est dans cette logique-là", explique-t-il.

Faizan n'a jamais voté. Pour lui, ces élections législatives restent avant tout "une farce démocratique" qui n’a pas sa place dans la vallée. En souvenir, les élections de 1987 pour la formation d’un nouveau gouvernement local. Dernière élection où les séparatistes, sous les couleurs du Muslim United Front, ont participé. Ces derniers pensaient pouvoir amener la problématique du Cachemire sur la table des négociations. Au lieu de cela, arrestations en masse, magouilles politiques et mise en place d’un parti (le Congrès) à la tête de l’État de Jammu-et-Cachemire pour que le gouvernement central ne perde pas le contrôle de la région.

Depuis, les leaders séparatistes, désormais répartis dans plusieurs groupes et partis, appellent au boycott. En 1989, la résistance armée s’installe dans la vallée. Des analystes affirment que ces élections truquées auraient participé à faire évoluer les revendications du peuple vers des modes plus violents.

"Même si l’on me promet un travail je n’irai pas voter. Le Cachemire est une zone militarisée, si tu as l’armée ici et qu’on te demande d’aller voter, je ne pense pas que ce soit une démocratie. Mon premier souvenir des élections, je devais avoir trois ans. En sortant jouer dans la rue j’ai vu l’armée qui contrôlait les gens. Ils vérifiaient que leur index portait bien de l’encre(2) et forçaient ceux qui n’en avaient pas au bureau de vote le plus proche. Pour moi comme pour beaucoup de personnes, l’abstention est un acte de résistance."

Avec plus d'un demi-million de forces armées indiennes stationnées dans la vallée, le Cachemire est connu pour être l’une des régions les plus militarisées au monde. Il suffit de se déplacer pour avoir un avant-goût du quotidien de la population. Armée disséminée un peu partout, contrôles, routes barrées, coupures internet et couvre-feux.

Peut-on encore considérer la région du Cachemire comme une région démocratique, un État de droit malgré ces élections législatives ? Pour Saïb*, avocat spécialisé dans les violations des droits humains, la réponse est non. « Nous avons des leaders séparatistes mais ils ne peuvent pas se rendre à des événements publiques, sortir de chez eux ou même aller prier. Ils sont en cage. Les voix qui prônent un certain indépendantisme sont muselées, seuls les partis où l’Inde sait qu’elle peut avoir une emprise sont autorisés », souligne l’avocat, le visage rachitique aux traits tirés, installé dans son grand salon.

Saïb fait référence au Hurriyat, un groupe composé de diverses organisations sociales, politiques et religieuses dont les représentant·es sont sous le radar des autorités indiennes. Syed Ali Shah Geelani, l’un des leaders, est par exemple assigné à résidence depuis 2010 avec des levées de sanctions sporadiques qui ne durent que quelques semaines. Mirwaiz Umar Farooq, le chef religieux de la vallée est sans doute la dernière personnalité à jouir encore d’une certaine liberté malgré une surveillance constante, parfois ponctuée d’assignation à résidence ou interdit de tenir des discours à la grande mosquée de Srinagar.

Pour avoir une emprise sur la population, le gouvernement indien s'est doté, par la voie légale, de plusieurs outils comme le Public Safety Act (PSA), qui permet de détenir quiconque sous prétexte que cette personne serait une “menace“ à l’ordre public. Dans le cadre de cette loi, la détention peut aller jusqu’à deux ans sans procès. Instauré dans les années 1970, le PSA n’a eu de cesse de museler toutes les voix dissidentes. Journalistes, militant·es, civil·es, et même des mineur·es arrêté·es pour avoir jeté des pierres sur les forces de l'ordre.

Comme le résume Faizan, "l'État indien détermine la nature de la résistance au Cachemire. Ils décident comment les gens réagissent. Leur radicalité par les armes comme leur posture non-violente".

Autre outil dans le trousseau coercitif du gouvernement indien, le Armed Forces Special Powers Act (AFSPA) qui octroie une totale impunité aux forces armées. Droit de tuer, d'arrêter sans mandat, de fouiller maisons et véhicules et de détenir quiconque sans limite de temps. Instauré dès les années 90 dans l'État de Jammu-et-Cachemire, le temps de « ramener la paix » dans la vallée, le régime militaire liberticide de l'AFSPA est toujours en vigueur trente ans plus tard. Point important, cet acte protège les forces armées d’être poursuivies par un tribunal civil sans l’autorisation du gouvernement central. Sans surprise, les poursuites se font rares. Le sentiment d'impuissance est, lui, grandissant au sein de la population. "Le Cachemire indien est un État policier", finit par lâcher Saïb.

Pendant les interrogatoires, de nombreux rapports attestent du recours à la torture, quelle que soit la personne arrêtée et les suspicions à son égard. Militant armé, comme civil·e. Aux yeux des forces militaires indiennes, chaque personne est une menace potentielle. 

Depuis l’attaque-suicide de Pulwama, qui a fait plus d'une quarantaine de morts du côté des forces indiennes en février dernier, le gouvernement nationaliste hindou au pouvoir n’a pas hésité à utiliser cette actualité pour justifier son emprise liberticide sur la vallée dans une rhétorique qui ne cesse de présenter une personne de confession musulmane comme un "terroriste". Ce qui dans le même temps affecte les musulman·es présent·es sur tout le territoire indien.

Les jours qui ont suivi l'attaque, 10.000 troupes paramilitaires ont été envoyées dans la région. L’organisation Jamaat-e-Islami, un groupe politico-religieux qui embrasse le droit à l’autodétermination, a été bannie pour cinq ans, accusée de supporter la rébellion armée. De nombreux leaders et activistes, en grande partie issus de ses rangs, ont été arrêté·es. Les autorités ont dans le même temps annoncé la restriction de circulation pour les civil·es sur la voie rapide qui relie Srinagar, et dans une moindre mesure le Cachemire, au reste de l'Inde, deux fois par semaine pour faciliter le déplacement de convois militaires. Une restriction qui empêche l’accès aux hôpitaux comme aux écoles pour de nombreuses personnes. Des coupures internet ont aussi été observées.

Entre 2012 et 2019, cent quarante-neuf coupures internet ont été recensées au Cachemire indien. Les raisons invoquées sont d'empêcher la population de s'organiser lorsqu'il y a des affrontements entre militants armés et forces indiennes ou encore lors de journées "sensibles" comme les moments de funérailles ou d'élections.

Selon la Jammu Kashmir Coalition of Civil Society (JKCCS), structure qui regroupe un ensemble d’organisations de défense des droits humains et d’activistes, plus de 70.000 personnes sont mortes depuis le début du conflit et environ 8.000 personnes ont été portées disparues depuis l’essor de la résistance armée en 1989. Des charniers continuent d'être encore découverts aujourd'hui.

À ce triste bilan s’ajoutent les multiples blessé·es aux billes de plomb dont se servent les forces armées pour réprimer les manifestant·es.

Une femme marche devant une mosquée de la vieille ville à Srinagar © Arnaud Chastagner Une femme marche devant une mosquée de la vieille ville à Srinagar © Arnaud Chastagner

De janvier à mars de cette année, 162 personnes ont déjà perdu la vie, civil·es, soldats et militants confondus. Dans son rapport de 2018, la JKCCS fait état de 586 personnes mortes, soit l'année la plus meurtrière depuis 2008. Fait notable, le gouvernement indien a empêché la population d'exercer librement sa foi en bloquant douze vendredis sur cinquante-deux à la grande mosquée de Srinagar.

Au milieu de cette atmosphère délétère, une nouvelle dynamique tente de prendre racine dans la région. Des jeunes décident de s'impliquer dans la politique locale, estimant qu'accepter les règles de Delhi est le seul moyen pour valoriser la situation des habitant·es. C’est le cas de Shehla Rashid, activiste et ancienne vice-présidente de l’association des étudiant·es de la Jawaharlal Nehru University (Delhi). Elle a fait le choix d’entrer en politique au sein d'un nouveau parti, le Jammu and Kashmir People's movement (JKPM). "Aujourd'hui qu'on l'accepte ou non, nous sommes dans l'Union indienne. De ce fait, nous devons nous insérer dans ce système si nous voulons améliorer notre quotidien, répondre à certains besoins. Mais aussi pour mettre en avant la résolution du conflit et laisser les gens décider de leur avenir. Le boycott ne nous fait pas avancer, la situation n'évolue pas. Il nous faut maintenant une véritable force politique qui puisse faire face aux directives indiennes si nécessaire", assure l'intéressée.

À la question de savoir si ce parti ne va pas encore plus diviser le paysage politique local ou devenir une énième marionnette au service du gouvernement central, la jeune trentenaire assure que :"la population est fatiguée des partis traditionnels. Ils veulent du changement. Le Peoples Democratic Party (PDP) était une alternative mais ils se sont alliés au BJP, causant là une grande déception et une perte de tout espoir pour nous tous. Nous, nous voulons rester intègres et surtout au service du peuple. On a toujours le choix de dire non. Le JKPM est une force progressiste avec une vision moderne, on n'est pas là pour se maintenir au pouvoir. Nous voulons créer les bases d'un nouveau dialogue autant avec les autorités indiennes que la communauté internationale. C'est important que les nations étrangères puissent avoir un représentant du Cachemire avec qui parler".

Derrière une certaine assurance, la jeune trentenaire concède qu'il ne reste plus grand-chose d'un État de droit dans la région. "Il y a une dernière fenêtre, les urnes. Je pense que c'est une opportunité pour apporter plus de démocratie." Pour l'heure, le JKPM prépare les élections régionales, n'ayant pas voulu se présenter aux législatives pour "ne pas prendre de voix" à une opposition qui pourrait "faire barrage aux nationalistes hindous". Affaire à suivre.

Au Cachemire, la résistance armée serait composée de 250 à 300 militants. Un chiffre faible au regard de la présence militaire et des violations des droits humains dont fait face la population. La pilule a du mal à être avalée. Boycotter les élections législatives permet aux habitant·es de ne pas légitimer la présence de l'Inde dans une région où seules les élections servent de façade démocratique à une zone de non-droit. De plus, pour les nombreuses personnes rencontrées, jouer le jeu de l’Inde c’est lui laisser l’occasion d'affirmer que la population du Cachemire est intégrée à l'Union puisqu’elle vote à ses élections.

Ce sentiment d'être dans une zone de non-droit est d'autant plus renforcé que depuis juin 2018, l'État de Jammu-et-Cachemire n'a plus de gouvernement régional. L'ancienne coalition entre le Peoples Democratic Party (PDP, parti cachemiri) et le BJP local a été dissous par ces derniers. Le gouvernement central (nationaliste hindou jusqu'à maintenant) est aux commandes depuis la capitale. Sans parti régional pour tempérer la vision ultra-sécuritaire et répressive de New Delhi, les habitant·es perdent toute emprise sur le réel. Le gouvernement central n'a toujours pas défini de date pour former un nouveau gouvernement régional. Les discussions ont été repoussées en raison des élections législatives, sous prétexte que deux élections dans une zone aussi sensible que le Cachemire ne pouvaient être envisageables.

Quant à la communauté internationale, les Nations Unies sont empêchées d'enquêter sur le terrain, autant du côté indien qu'en Azad Kashmir (3), la partie du Cachemire comprise dans le territoire pakistanais. Dans une lettre, rendue publique le 18 mai, le Conseil des droits de l'homme des Nations unies demande à l'Inde des précisions sur les mesures prises pour soixante-seize cas de torture et de meurtres arbitraires dans l'État de Jammu-et-Cachemire depuis 1990. "Les autorités n'ont pas mené d'enquêtes approfondies, rapides et impartiales afin de garantir la primauté du droit, de rendre justice et de prendre des mesures pour que les violations ne se reproduisent plus", ont détaillé les rapporteurs. En juin 2018, les Nations Unies avaient déjà appelé à une enquête internationale sur la situation au Cachemire dans un rapport dénonçant les violations des droits humains.

Dans sa réponse, la mission permanente de l'Inde aux Nations Unies à Genève a rappelé que "l'Inde refuse tout référence, implicite ou explicite, ou toute citation émanant de mécanismes ou d'organes de défense des droits humains tirée du rapport publié par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme sur la situation des droits de l'homme au Cachemire datant de juin 2018." À cette époque, le ministre indien des Affaires extérieures avait clamé que ce rapport violait la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Inde. Et de le qualifier de « fallacieux, tendancieux et partisan ». Réaffirmant dans son nouveau communiqué que le rapport est "faux et motivé",  et qu'il s'agit désormais d'un "chapitre clos".

L'abstention aux élections législatives indiennes est donc un signe de résistance de la part des habitant·es du Cachemire mais aussi un moyen d'attirer l'attention sur son sort. Une façon de se donner une voix dans une vallée qui ne cesse d'être étouffée par l'histoire. Le Cachemire n'est pas dupe, sa situation permet au nationalisme indien et pakistanais d'exister à travers leurs politiques sécuritaires.

Après soixante-dix ans de conflit, difficile d'imaginer que les résultats aux élections législatives indiennes du 23 mai puissent avoir un réel impact sur l'avenir de la vallée et sa population.

 

(1)Nom donné par les habitant·es à la région

(2)En Inde, une encre est apposée sur le doigt pour marquer sa participation à des élections

(3) "Cachemire libre", nom donné à l'État du Cachemire pakistanais

*Les noms et prénoms ont été modifiés

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