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Billet de blog 1 déc. 2011

Je ne demande qu'à mener un dialogue dépourvu de naïveté avec l'Allemagne

Arnaud Montebourg
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J'ai évoqué hier, au cours d'une émission argumentée le nom de Bismarck, pour illustrer ce que je crois être devenue la politique européenne de Madame Merkel.
La comparaison avec Otto von Bismarck, premier Chancelier de la Confédération Allemande qui réalisa l'unité de l' Allemagne, créa les assurances sociales et fit la guerre à la France en 1870, n'est pas de moi : elle est de Sigmar Gabriel, Président du SPD allemand. C'est une comparaison faite devant le Bureau National du Parti Socialiste français, rue de Solférino, au printemps dernier. Je crois aussi me souvenir que "Le Retour de Bismarck" est le titre d'un livre de Georges Valance, qui a été directeur de la rédaction de L'Expansion et de L'Express et paru en 1990. Je ne cite pas Messieurs Gabriel ou Valance pour m'abriter derrière quelques alibis mais pour souligner que nous vivons, depuis une vingtaine d'années, un « retour du réel » dans nos relations avec l'Allemagne qu'il faut comprendre pour agir différemment.
J'ajoute d'ailleurs que, voici quinze ans déjà, le portrait de Bismarck ornait le bureau de Klaus Kinkel, Ministre des Affaires étrangères d'Helmut Kohl et leader du FDP. Ce n'est pas moi qui l'y avait accroché !
Que l'Allemagne, mue par la conscience de son propre vieillissement, veuille une monnaie forte, qu'elle relativise l'importance de sa relation avec notre pays et qu'elle pense exercer, comme le disait Joschka Fischer, une « hégémonie douce » ne sont que des éléments d'analyse, éléments qui n'ont rien de « germanophobes » ou de « populistes ». C'est un constat qu'il va bien falloir mettre dans nos ordinateurs de bord.
Bismarck fit le choix politique de réunifier les principautés allemandes en cherchant à dominer les pays européens, particulièrement la France. Dans une similitude frappante, la Chanceliere Angela Merkel cherche à régler ses problèmes intérieurs en imposant l'ordre économique et financier des conservateurs allemands à tout le reste de l'Europe. La vieille politique d'expansion et de puissance dans l'ordre territorial s'est aujourd'hui portée sur le terrain de la domination économique.
Il est vrai que les Allemands sont pénétrés d'un sentiment pacifiste prégnant et furent les plus nombreux à défiler contre l'intervention en Irak. Les Allemands n'ont plus envie d'un alignement sur Washington par exemple. Mais est-ce à dire que les Allemands ont abandonné toute ambition nationale ? Est-ce à dire qu'ils ont délibérément abdiqué toute volonté de faire valoir leurs intérêts nationaux ? Certainement pas.
Il me semble évident qu'à travers la question de l'euro se joue, pour la population allemande, la question de l'accumulation d'excédents qui lui permettront d'affronter son propre vieillissement. C'est là la clé de l'égoïsme, et même des risques qu'elle prend et qu'elle fait prendre à l'Euro par son intransigeance dangereuse et suicidaire pour elle-même, dans la crise des dettes souveraines.
Les Allemands mènent donc, sur la question de l'euro, une politique nationale, une politique servant leurs seuls intérêts : en faisant la politique des marchés et non pas des peuples, en imposant des plans d'austérité partout en Europe, en refusant les Eurobonds et l'intervention de la banque centrale européenne pour faire racheter la dette des Etats. Il me semble, en particulier, que les élites allemandes n'ont pas peur de proclamer qu'elles pensent d'abord en termes d'intérêts nationaux. Sans doute avons-nous été habitués à voir une Allemagne divisée entre Bonn et Berlin-Est s'effacer de l'histoire et suivre deux chemins parallèles dans l'impuissance consécutive à 1945. Il est probable que nous nous sommes habitués à considérer que les Allemands ne pouvaient, dès lors, plus suivre d'autre chemin que celui d'une soumission aux règles dépolitisées de l'intégration communautaire européenne. Cette époque est révolue. Vingt ans après la réunification, il faudrait simplement en prendre conscience.
Le dialogue à entretenir avec les dirigeants allemands devra viser à faire prendre conscience à Berlin de l'intérêt qu'il y a à sauver l'Euro et à en finir avec les plans de rigueur à répétition. La convocation des dirigeants européens par le couple Merkel-Sarkozy, les injonctions à engager des plans d'austérité toujours plus durs, suscitent dans la population de nos partenaires un ressentiment dangereux, qui servent les intérêts de l'Allemagne mais détruisent à petit feu l'Europe et l'Euro.
La politique européenne de Nicolas Sarkozy, désormais assis sur le porte-bagage de la droite allemande, est une politique de faiblesse face à l'Allemagne, qui entraîne l'Europe dans la spirale de la récession. Le moment est venu de combattre ce directoire des droites germano-francaises à domination allemande qui soumettent les pays européens à des choix qui nous mèneront au chaos politique, économique et social.
Pour ma part, je ne demande qu'à mener un dialogue dépourvu de naïveté avec l'Allemagne. Mais il faudra rappeler à nos amis allemands pourquoi et comment Bismarck ne peut pas être de retour. Revenons à la réalité des faits : c'est le meilleur service à rendre à l'Europe, à l'Allemagne et à la France.
Arnaud MONTEBOURG

Tribune initialement publiée sur Rue 89

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