Dégraissons le Mammouth privé (3) - Économisons les sur-prescriptions à la Sécu

On nous rabâche les oreilles du surcoût pour les entreprises lié à un État tentaculaire ; mais pourquoi les mêmes entrepreneurs ne militent-ils pas pour alléger les prébendes de certaines acteurs privés qui pèsent sur leurs frais généraux ? 3-Pour diminuer le déficit de la Sécurité sociale, plutôt que de s'en prendre aux malades, attaquons-nous aux sur-prescriptions : lévothyroxines et statines

Médicaments sur-prescrits, y compris hors AMM1

Le petit dernier de la liste : Cytotec autorisé pour traiter les ulcères et détourné en gynécologie ! Après le tristement célèbre Médiator destiné aux diabétiques et largement prescrit comme amaigrissant avec les conséquences funestes que l'on sait.

Regardons de plus près le cas du Levothyrox

Dans tout l'agitation autour de ce médicament et son changement de composition surprise, une information a fait peu de bruit, le fait qu'il soit prescrit à plus de 3 millions de personnes en France. Alors qu'il n'est indispensable qu'aux personnes ayant subi une ablation de la thyroïde (quelques dizaines de milliers) et utile qu'en cas de grave dysfonctionnement thyroïdien.

Sachant par ailleurs que l'Assurance-Maladie conclut à un recours beaucoup trop fréquent à l'ablation de la thyroïde (2 à 5 fois trop suivant la lecture que l'on fait du rapport de 2013 : http://www.ameli.fr/fileadmin/user_upload/documents/23102013_DP_thyroidectomies.pdf) avec, bien entendu, le risque de complications opératoires et post-opératoires importantes voire invalidantes.

Il semble bien qu'une part importante des « hypothyroïdiens » prenant ce médicament aurait pu s'en passer ; une étude récente (publiée dans le NEJM : http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1603825) sur les personnes de plus de 65 ans atteintes d'hypothyroïdie infraclinique conclut que la prise de ce médicament restaure un taux d'hormone normal mais n'améliore en rien les symptômes constatés ; et donc, que dans ce cas, il n'y a aucun bénéfice à la prise de lévothyroxine. Et qu'il serait intéressant d'élargir l'étude à toutes les tranches d'âge.

En résumé, ce médicament est largement sur-prescrit, en routine, avec des effets secondaires importants, le tout générant des surcoûts impressionnants pour la Sécurité sociale.

N'oublions pas les statines

De même que pour les hormones thyroïdiennes dont le seule dosage suffit à une addiction à vie à un médicament souvent inutile et donc nocif, le dépassement d'un seuil du fameux taux de cholestérol entraîne une prescription quasi automatique de statines y compris en l'absence de tout facteur de risque d'infarctus.

Dans ce cas, leur efficacité n'a jamais été démontrée mais par contre leurs effets secondaires sont bien identifiés : douleurs articulaires et musculaires, atteinte hépatique ou rénale, diabète entre autres.

Les statines sont prescrites à 8 millions de personnes en France (15 % des Français adultes !).

En commun, complicité de tous les intervenants du système de santé

Des médecins qui, au mieux, prescrivent un traitement à vie plutôt que de s'intéresser de près au malade et, au pire, n'hésitent pas à donner un médicament hors AMM sans le signaler (il risquerait de ne pas être remboursé), aux pharmaciens qui les délivrent sans état d'âme, à la Sécurité sociale qui a du mal à se faire entendre quand elle s'autorise à enquêter.

Avons-nous entendu un seul professionnel regretter la prescription ou la délivrance du Mediator à but d'amaigrissement ?

Ne parlons pas des laboratoires qui sont prêts à toutes les manœuvres pour imposer ces traitements à vie dont le chiffre d'affaire se compte en milliards d'Euros en France. Ni des autorités nationales et européennes (ministres, Commission, ANSM, EMA) qui se font régulièrement les complices au mieux passifs des dits laboratoires et dont les experts oublient de déclarer leurs conflits d'intérêts…

Au total, un effet massif sur les comptes de la Sécurité sociale

A la fois les sur-prescriptions se chiffrant probablement en milliards d'euros et en traitement des effets secondaires. Notre nouvelle ministre compte-t-elle s'y attaquer ?

1-AMM : Autorisation de mise sur le marché qui fixe notamment les indications thérapeutique pour lesquelles le médicament est autorisé ; en dehors de ces indications, la prescription est aux risques du médecin et n'est généralement pas remboursée par la Sécurité sociale.

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