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Billet de blog 18 nov. 2013

A quoi sert.. Marine Le Pen ? A propos de la tentative d’union de l’extrême droite pour les élections européennes

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Le risque d’une percée eurosceptique est bien présent à l’approche des prochaines élections européennes de 2014. Cela dit peut-on réellement miser sur une cohérence des partis eurosceptiques et xénophobes dans le programme qu’ils tentent de proposer ? Naturellement on n’en doute vu que ce n’est pas l’objectif…

Au vu des derniers appels de la présidente du FN à une mobilisation de ses partenaires xénophobes pour les européennes, on se pose des questions. Mise à part une volonté de mettre en avant une cacophonie de foire aux nationalismes et au repli identitaire à quoi tout cela rime ?

Marine Le Pen est la députée européenne parmi les moins bien notée d’après le site de contrôle de l’activité législative européenne votewatch.eu (730e sur 766 avec aucun amendement proposé, aucun rapport rédigé, aucune résolution, deux questions en plénière et 35 interventions sans grande influence depuis le début de la législature 2009-2014). Preuve de sa très faible influence et de sa piètre qualité d’élue elle appartient à la catégorie des non inscrits tout comme son père et n’est membre d’aucun groupe politique influent. Eurosceptique et visiblement peu intéressée par les joutes législatives européennes, elle est aujourd’hui convaincue, selon certains sondages, que le populisme et le nationalisme de son parti pourraient faire un important score en France lors des prochaines élections. Elle se sent donc en droit de rassembler l’extrême droite européenne en un nouveau groupe politique. Serait-elle entrain de se convertir à l’idée de l’importance de la seule institution européenne directement élue par le peuple ? 

Une seule cohérence : la xénophobie européenne

Le 23 octobre dernier lors d’une conférence de presse à l’occasion de la session plénière d'ocotbre à Strasbourg,  Marine Le Pen a appelé à un rassemblement de l’extrême droite européenne en compagnie du très xénophobe Franz Obermayr eurodéputé membre du parti autrichien anti-immigration et de la liberté (FPÖ). Pas d’apéro vin saucisson et Apfel Strüdel au programme heureusement...  Ces deux non inscrits ont simplement appelé à la constitution du groupe au nom orwellien « European Alliance for Freedom »pour les élections européennes. Ils comptent s’appuyer sur le parti de la liberté hollandais de Geert Wilders, les flamingants sécessionnistes du Vlaams Belang,  la Ligue du Nord italienne, les extrémistes démocrates suédois. Ils espèrent pouvoir convaincre le très libéral et nationaliste parti allemand Alternative pour l’Allemagne (AFD). Le programme paraît clair en fait: haine des immigrés, explosion de l’Union européenne et de la zone euro, repli identitaire. Pas sûr néanmoins que ce patchwork de xénophobes pas du tout en accord sur la politique économique et sociale parvienne à constituer un groupe à l’issue des élections européennes. Il faut en effet un minimum de 25 députés d’au moins sept pays différents. Actuellement le groupe des eurosceptiques « Europe of Freedom and Democracy/ Europe Liberté Démocratie » (EFD)   au Parlement est constitué en majorité du parti anglais UKIP et n'est pas intéressé par ce nouvel attelage très hétérogène. Faudrait-il alors aller chercher du côté de l'Aube Dorée en Grèce ou du Jobbik en Hongrie, deux partis néonazis affirmés, pour espérer réaliser un groupe? Selon bon nombre d'observateurs, le parti du peuple danois et le parti des vrais finlandais, hauts dans les sondages, ne semblent en effet pas intéressés non plus .

Comble de la rigolade qui commence un peu à nous faire flipper sur l’idéologie des eurosceptiques, lors de la conférence de presse du 13 novembre à la Haye qui scelle l’alliance entre la présidente du FN Marine Le Pen et le chef de file de l'extrême droite néerlandaise Geert Wilders (PVV), les deux protagonistes se sont permis de qualifier l'UE d' "Etat nazi" en appelant à se libérer du "monstre bruxellois". Les bras nous en tombent : cela préfigure des débats de grande qualité pour la durée de la campagne européenne. Au secours.

Le roi est nu mais tout le monde s'en fiche

Bref, on se targue de représenter les valeurs de la République en France mais on cherche des alliances en Europe avec des xénophobes de tout bord. On exècre l’Europe mais on profite de ses institutions pour toucher des jetons de présence et ne quasiment rien faire au Parlement européen. On s’appuie sur une véhémence vulgaire pour faire croire à un discours cohérent. On accepte dans sa paroisse des fachos racistes et on les exclut lorsqu’ils sont pris en flagrant délit de haine raciale. Mais vraiment à quoi sert Marine Le Pen si ce n’est à développer la haine et diviser les gens pour une stratégie personnelle qui prospère dans le chaos l'ignorance et le manque d'analyse de fond des commentateurs politiques et médiatiques? 

Arezki Yaïche

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