Goodbye Deutschland!

Avec "Amoureux sans frontières", "Pleurs au terminal" ou encore "Goodbye Deutschland!", les émissions consacrées à l’émigration ne manquent pas sur les écrans allemands. Mais toutes se fondent sur un même schéma : une fois passée l’euphorie des premiers moments, la nouvelle vie tant rêvée se révèle impossible à mener et le retour au pays est inéluctable.

Germany’s Next Top Model, Das Perfekte Dinner, Die Höhle der Löwen… le marché télévisuel allemand, le plus important d’Europe, importe et adapte en masse des programmes de télé-réalité en provenance des États-Unis et du Royaume-Uni. Parmi ceux-ci, il est un genre particulier, tout entier consacré au départ à l’étranger. Avec Mein neues Leben (Ma nouvelle vie), Mein neuer Job (Mon nouveau job), Grenzenlos verliebt (Amoureux sans frontières), Tränen am Terminal (Pleurs au terminal) ou encore Goodbye Deutschland! (Au revoir l’Allemagne!), les émissions consacrées à l’émigration ne manquent pas sur les écrans allemands. Mais toutes semblent se fonder sur un même schéma : une fois passée l’euphorie des premiers moments, la nouvelle vie tant rêvée se révèle impossible à mener et le retour au pays est inéluctable.

Dans un article paru dans la revue Critical Studies in Television, Anne Graefer, de l’Université de Birmingham, s’intéresse particulièrement à l’émission Goodbye Deutschland!. Pour la chercheuse, cette émission est emblématique d’un « nationalisme commercial » qui, tout en s’accommodant des  « rationalités du libre-marché néolibéral », promeut une communauté nationale faite avant tout d’attaches traditionnelles et construite à grand renfort de stéréotypes sexistes et racistes.

Car loin de porter un regard un tant soit peu juste sur l’émigration allemande — faite avant tout aujourd’hui de cadres, d’ingénieurs et d’universitaires aux États-Unis ou Royaume-Uni, en Suisse, Autriche ou Pologne — l’émission s’intéresse en grande majorité à des femmes des catégories inférieures ou moyennes, désireuses de s’envoler vers l’Espagne ou la Thaïlande, et dont chaque portrait est davantage l’occasion de montrer la déviance par rapport à la figure de la « ménagère souabe » (schwäbische Hausfrau), modèle de tempérance et de bonne gestion — et accessoirement « blanche » et du « Nord »vantée par de nombreux responsables politiques allemands, à commencer par la chancelière Angela Merkel. La seule ambition de Goodbye Deutschland! consiste-t-elle dès lors à ridiculiser des femmes qui désirent une nouvelle vie à l’étranger au moment même où, compte tenu de leurs difficultés économiques, il est plus difficile que jamais pour certaines catégories de la population d’échapper à leur condition ? Sans doute, s’il ne fallait pas ajouter à cela les jugements définitifs portés sur des pays (à commencer par les clichés sur une jugée Espagne trop dépensière) et la propension à faire de l’Allemagne le meilleur endroit où vivre sur Terre.

[EDIT: Cette recension a été initialement publiée en avril 2018 à l'adresse suivante : https://arthurdevriendt.net/index.php/2018/04/29/selection-episode2/]

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