« Porter les drapeaux de nos principes, pas de nos princes. »

Dans son dernier ouvrage, "Faites quelque chose !", l'ancien rédacteur en chef du quotidien turc Cumhuriyet et exilé politique en Allemagne, Can Dündar, livre son plaidoyer pour une démocratie active.

Voilà un ouvrage qui, bien que publié dans une version bilingue turco-allemande, en rappellera immédiatement un autre au lecteur francophone : Indignez-vous ! de Stéphane Hessel.

Avec un même format court et une interpellation similaire en guise de titre, c’est à nouveau une voix importante, dont la vie personnelle est à jamais marquée par la cause épousée (ici l’exilé politique, autrefois l’ancien résistant), qui exprime la nécessité d’un sursaut démocratique chez le plus grand nombre.

A l’heure où il peut être tentant de circonscrire le mal à quelques « démocraties illibérales » ou à opposer simplement « libéraux » contre « populistes », l’ancien rédacteur en chef du quotidien turc Cumhuriyet, aujourd’hui réfugié en Allemagne, n’épargne pas le « berceau de la démocratie », l’Occident. Car si cette partie du monde peut toujours se vanter d’une « justice indépendante, d’une presse libre, du sécularisme et d’une société civile », cela ne doit pas pour autant masquer une certaine fatigue démocratique dans laquelle les citoyens sont bien souvent réduits à n’être que de simples électeurs, invités à se prononcer seulement tous les 4-5 ans sur l’orientation politique de leur pays. Par ailleurs, ce sont les gouvernements de ces mêmes pays qui, bien souvent, « exportent le fascisme à l’étranger » en se livrant à des exportations d’armes ou en soutenant des régimes brutaux pour les populations locales.

Can Dündar © Milena Schlösser / Hoffmann und Campe Can Dündar © Milena Schlösser / Hoffmann und Campe

La Turquie et son président actuel, Recep Tayyip Erdoğan, occupent bien sûr une place centrale dans l’exposé de Can Dündar. Des affrontements entre socialistes et nationalistes dans les années 1970-1980 aux violations actuelles des droits de l’homme et de la presse en passant par la montée en puissance de l’islamisme politique, le tableau est évidemment très sombre mais porteur d’enseignements. Ainsi la « démocratie active » que C. Dündar promeut depuis son exil allemand devra-t-elle, à l’échelle planétaire, favoriser les initiatives citoyennes, faire de la transparence et du contrôle public des notions centrales, défendre les minorités et les manières de vivre alternatives. Elle devra également rejeter les figures du guide ou de l’homme providentiel, car il s’agit, selon une jolie formule, de « porter les drapeaux de nos principes, pas de nos princes. »

Référence : Can Dündar, Tut was! Plädoyer für eine aktive Demokratie, Hoffmann und Campe, 2018.

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