Il faut saluer l’avancée démocratique que cela constitue, remercier les socialistes de tant de générosité. On va laisser le peuple de gauche décider de qui sera son candidat pour s’opposer à la droite, et à l’extrême droite en 2017. Même si François Hollande est le président sortant, il ne sera pas reconduit automatiquement. Il va devoir repasser par la case primaire. C’est bon, ca sent l’Amérique, comme Obama, ça sent le changement, c’est nouveau, c’est démocratique. La droite, quant à elle en est toujours à s’écharper sur l’organisation d’une primaire sans président, alors, à côté de ça, la gauche et sa primaire, c’est un autre monde. En plus, c’est respecter les statuts du parti socialiste. Les frondeurs aussi vont être contents. Ils savent maintenant que leur voix va être entendue, qu’ils pourront porter l’autre gauche au niveau de la gauche au pouvoir. Grandeur d’âme, humilité et confiance dans le futur. François Hollande, magnanime ne s’accroche pas au pouvoir comme un Sarkozy, mais il est prêt à le perdre. Félicitation.
Pourtant, et oui, il y a un pourtant. Au vue des réactions précipitées de l’ensemble des candidats putatifs à la primaire, voire à la présidentielle directement, on voit que la Présidence de la République reste malgré tout l’unique centre du pouvoir politique en France. Une primaire, c’est avant tout une rampe de lancement pour la présidentielle, ou pour un poste qui compte dans le prochain gouvernement. Pas sous-ministre, non, mais ministre régalien. L’exemple de Valls y est pour quelque chose. 5% à la primaire, et hop, on devient premier sinistre. Pas mal. Et à plus d’un an de la présidentielle, alors que la France est en plein conflit social, en pleine « guerre contre le terrorisme », et plein Euro de football, alors que les flics sont fatigués de courir après les manifestants, on parle déjà de ce qu’il va se passer pour la présidentielle. Les candidats des autres formations politiques de gauche soutenant le gouvernement (EELV, Radicaux et autres) se frottent déjà les doigts. L’action politique se réduit à la mise en scène de l’accession au pouvoir. La politique au jour le jour a disparue. Le débat parlementaire n’existe plus. Quand le 49.3 ne les bâillonne pas, les députés sont vassalisés (pas de jeux de mots avec Valls, s’il-vous plait), soit ils votent pour ce que propose le président, soit ils perdent leur investiture pour les législatives. Nous voilà de retour à la monarchie, avec les légitimistes et les frondeurs.
« La France doit changer son système » nous dit le Peterson Institute dans un article publié en fin 2014 (le lien à la fin de l’article). Alors que dans la plupart des pays membres de l’UE la majorité parlementaire (souvent le fruit d’alliances politiques compliquées – voyez l’Espagne en ce moment) choisi le chef du gouvernement, en France, ceci est l’œuvre de l’homme paré de l’onction du suffrage universel direct, notre monarque républicain, Mr. Le Président. Et c’est lui qui décide de tout et ça empêche de mener à bien les bonne reformes, toujours selon l’institut Peterson. Bah oui, les deux principaux partis de pouvoir, le centre-gauche et le centre-droit « vont toujours faire en sorte de miner les chances de l’autre parti de gagner l’élection présidentielle suivante ». Le retournement de la situation économique du pays, merci François. L’assassinat de nos frères et sœurs au Bataclan, c’est la faute à la gauche laxiste. Alors, l’idée de se sortir des problèmes de politique intérieure actuels par le recours à une primaire de la gauche, c’est encore une fois s’en remettre au président de la République. Ou, celui à venir, plutôt. Celui qui sera capable de fédérer les clameurs populaires. Cela ressemble beaucoup à une fuite en avant.
Connaissant l’animal Hollande, cette alliance magistrale du dompteur de fauves et du technocrate l’annonce de l’organisation d’une primaire de la gauche pour la présidentielle de 2016 fait beaucoup trop penser à une manœuvre politicienne aux ficelles par trop visibles. S’il se lance dans la campagne, s’il prétend devenir candidat à sa réélection, « ça aurait du panache » selon Cambadélis. On sent l’homme suprême de la France un tout petit peu sur la défensive. Son ambition de prendre la contestation sociale sur la loi travail de vitesse avec l’Euro et l’état d’urgence semble tomber à l’eau. Sa côte de popularité est toujours aussi mauvaise même si les indicateurs économiques – notamment la courbe du chômage – s’améliorent. Son camp est en lambeau après qu’il ait systématiquement détruit toute voix dissonante. Maintenant, il serait prêt à se confronter à ses anciens ennemis, si bien sûr, il annonce sa participation à la primaire. Il joue le malin, celui qui n’a peur de rien et qui reste en contrôle de l’agenda politicien. Nous, nous avons peur de voir que rien ne change au pays des droits de l’Homme.
https://piie.com/blogs/realtime-economic-issues-watch/why-france-needs-political-reform