Courrier à l'attention de la direction de la direction de la Philharmonie de Paris signé par les collectifs et organisations syndicales Artistes pour la Palestine - France, BDS France, Urgence Palestine, Tsedek !, UJFP, Cultures en lutte, SUD Culture - Solidaire, SUD Culture - MICAM, Syndicat des Travailleur•euses Uni•es de la Culture et du Spectacle
Lundi 12 janvier 2026
Monsieur le Directeur,
Mesdames, Messieurs,
Ce courrier devient une triste habitude pour nous artistes et mélomanes qui refusons de baisser les bras face à la complicité de nos institutions dans l’entreprise génocidaire d’Israël contre le peuple palestinien. Remplissons dans un premier temps notre rôle de bulletin nécrologique de Gaza.
Depuis sa mise en place en octobre dernier, le « cessez-le-feu » est sans arrêt violé par l’armée israélienne en toute impunité. Le plan Trump, dit « plan de paix », prévoyait une occupation militaire israélienne de 53% de la bande de Gaza. Cette occupation délimitée par “une ligne jaune” extensible annexe maintenant plus de 58% du territoire. À ce jour, 417 Palestinien.ne.s ont été assassiné.e.s par l’armée israélienne depuis ledit cessez-le-feu. De nouvelles victimes qui s’ajoutent au plus de 70 000 Palestinien.ne.s tuées par l’armée israélienne depuis le 7 octobre 2023. Le génocide à pris une autre forme, et l’armée israélienne, en bloquant délibérément l’acheminement de l’aide humanitaire, a fait de l’hiver sa nouvelle arme meurtrière.
Tout cela vous le savez et encore une fois, vous persistez à collaborer avec des institutions israéliennes dont le rôle est d’effacer par l’art les crimes commis à l’encontre du peuple palestinien et à le silencier. La campagne de Boycott Désinvestissement et Sanction a depuis longtemps appelé à un boycott légitime du Jerusalem Quartet. Ces artistes, décorés du statut de musiciens émérites de l’armée d’occupation israélienne, agissent comme « ambassadeurs culturels de l’État d’Israël à l’étranger ».
Leur lien avec l’armée génocidaire se poursuit après leur service militaire obligatoire, jouant jusqu'à trois fois par semaine pour les troupes de l’armée d’occupation israélienne dès le début des années 2000. Les membres du quatuor participent activement à la stratégie mise en place par l’extrême droite israélienne de « Brand Israel » qui ne fait pas de différence entre diffusion culturelle et propagande. Depuis le début du génocide, chacun d’eux relaie à sa manière cette propagande diffamatoire, notamment via les réseaux sociaux. Rappelons que le Jerusalem Quartet a bénéficié d’un soutien important de la Jerusalem Foundation, fondation qui finance également la colonisation de Jerusalem Est.
Les fondements de notre appel restent inchangés. Le PACBI n’appelle pas à boycotter des individus de nationalité israélienne. Il s’oppose aux institutions qui promeuvent la politique d’apartheid et qui refusent les droits fondamentaux aux Palestinien.ne.s y compris le droit au retour des réfugié.e.s de la Nakba de 1948 et de leurs descendant.e.s.
Le 6 novembre 2025, vous avez participé activement à la répression violente des voix qui dénoncent le génocide. Vous vous êtes également rendu complice de la propagande israélienne dans la gestion de la crise qui a suivi le concert dans votre institution. En témoigne la réunion d’explication que vous avez accordée à Lahav Shani après avoir dirigé l’hymne de l'État génocidaire. Vous avez jusqu’à aujourd'hui refusé le dialogue avec nos différents collectifs qui vous alertent depuis le début de la saison en s’appuyant toujours sur le droit international. Dans ce refus, vous associez notre pratique du boycott légitime et pacifique à celle de la censure pratiquée par l’extrême droite fasciste. Comme nous l’avons déjà dit, le boycott est une action citoyenne légitime qui ne vise pas des individus, encore moins leur nationalité et leur religion, mais qui tend à renverser un système d’oppression politique, militaire et culturelle. La censure, quant à elle, se trouve plutôt dans vos pratiques de silenciation de nos revendications, et parmi elles, le recours aux forces de l’ordre pour nous imposer votre politique de la musique.
Vos publics doivent savoir ce qui motive vos positions soit-disant apolitiques. Où donc était la neutralité politique de la Philharmonie de Paris lors de l’annulation des concerts du Théâtre Mariinsky et de Valery Gergiev ? Votre partialité dévoile aujourd’hui l’hypocrisie des valeurs humanistes que vous revendiquez. Que valent vos programmes d’éducation artistique et culturelle et de diversification des publics en direction des plus précaires s’ils doivent participer à l'invisibilisation d'un génocide ?
La politique culturelle que vous appliquez ne vous permet plus de vous revendiquer de l’humanisme, de la démocratie, ni même d’un quelconque progressisme. Ce positionnement participe à l’instrumentalisation de nos pratiques artistiques et entretient ainsi l'impunité d'un gouvernement accusé de génocide par toutes les instances du droit international. Un soutien inconditionnel à Israël et à ses ambassadeurs culturels n’a que l’effet pervers de mettre en porte-à-faux les juifs en les amalgamant à un état colonialiste génocidaire.
Nous vous invitons, en cette dernière année de votre mandat, à bien vouloir considérer la valeur de nos appels pour la justice dans l’ensemble de la politique de « notre institution » pour reprendre vos termes. Il nous paraît aisé d'imaginer une perspective historique plus large, un moment de bilan moral et politique à venir où précisément cette décision fera la différence entre une institution culturelle responsable et juste, ou au contraire, un mandat qui, pour quelque raison que ce soit, aura choisi de suivre la conspiration du silence.
Artistes pour la Palestine - France
BDS France
Urgence Palestine
Tsedek ! Collectif juif décolonial
Union juive Française pour la Paix
Cultures en lutte
SUD Culture - Solidaire
SUD Culture - Solidaire - MICAM
Syndicat des Travailleur•euses Uni•es de la Culture et du Spectacle