Le président-caméléon

Le président aura donc joué au paon depuis son élection. Il aura pu nous faire admirer son ramage et son plumage, avec entre autre sa (ses) jolie(s) femme(s), son beau yacht de son ami, sa belle Rollex, son beau stylo roumain.

Le président aura donc joué au paon depuis son élection. Il aura pu nous faire admirer son ramage et son plumage, avec entre autre sa (ses) jolie(s) femme(s), son beau yacht de son ami, sa belle Rollex, son beau stylo roumain. Finalement à y regarder de près c'est souvent le ramage des autres qui est à lui. Ca lasse, et puis 2012 commence à être en ligne de mire, l'éventualité d'une impopularité croissante, une ligne politique brouillée et désincarnée, il faut parer à toute éventualité.

 

Alors le voila qui change de came, et il se mue de nouveau... en caméléon ! Il entame aujourd'hui un registre connu, il nous en a déjà joué la partition. Attaqué, il s'était posté en oiseau meurtri et blessé, tel l'enfant qui joue l'ingénu et la victime innocente. Un registre infantile, destiné à susciter la tendresse, la compassion, la sollicitude, l'apitoiement même. Qui ne s'est trouvé face à un enfant qui a fait une grosse bêtise et prend une moue penaude : "il est tellement gentil, on ne va tout de même pas le gronder !". Et bien nous y sommes. Aujourd'hui, après cet entretien publié sur le site du Nouvel Obs, nous avons donc droit à la repentance, l'auto-critique, la remise en question et même la complainte. Ca sonnerait presque comme des excuses vis à vis de Laurent Joffrin : l'échange en question ? "Je ne l'aurais plus aujourd'hui", dit-il, bon prince. Au vu de "l'échange" de Bruxelles le 19 juin dernier sur Karachi et la DCN, il n'a donc du changer que depuis deux semaines... Cet épisode est d'ailleurs évoqué dans l'entretien au Nouvel Obs. La réponse du président, à elle seule, décridibilise (si tant est que cela put être crédible) cette "repentance". Il affirme : "Si ce journaliste m’avait demandé : L’assassinat de nos compatriotes est-il lié à un différend franco-pakistanais à propos de commissions non payées ?, je lui aurais répondu que je n’en savais rien et qu’il fallait que la justice aille jusqu’au bout de la recherche de la vérité". C'est bien la question que lui a posée le journaliste, qui a rajouté l'évocation de rétro-commissions et le poste de ministre du budget que le président occupait à l'époque. Mais celui-ci "invente" délibérément un propos du journaliste : "est-ce que vous étiez dans le coup ?" Peut-être "regrettera-t-il" cet échange dans un an ou deux, nous ne sommes plus à ça près...

 

Mais nous avons aussi droit au couplet de l'homme qui souffre, fragile, éprouvé. La charge est "proprement inhumaine". Il lui faut "se hisser à la hauteur". A croire qu'il a été élu contre son gré et que nous devrions compatir et culpabiliser... A croire que le président choisi n'était pas "à la hauteur"... Et que nous devrions partager sa "peine", à cet homme valeureux qui prétend endosser l'humilité... L'humilité !

 

Nous avons un président-caméléon qui change et change et change, inlassablement. On ne sait si nous en sommes à la version 2.0 ou 3.0, ou si nous en sommes restés à la version Beta. Lui, l'ami de Mireille, Johnny, Enrico et Bigard, le voila maintenant vanté de par le monde comme intellectuel, amoureux des arts, des livres, de la peinture. Mais que nous importe cet "inventaire" de ses lectures quotidiennes dont on nous abreuve ? De la peinture, il s'en sert souvent, certes, mais plutôt pour du ravalement de façade.

 

Alors bien sûr, un paon, un caméléon, ça peut toujours sembler sympathique. Oui mais... Oui mais il y a la pieuvre. Et pendant que le paon et le caméléon font leur numéro, la pieuvre travaille, verrouille, nomme, révoque, communique, submerge, ment, attise, divise, exige l'obéissance, l'allégeance et la subordination, "referme" la France (l'extraordinaire labsus d'Eric Besson !). Car la pieuvre est extrêmement efficace, elle est solidaire, toujours sur le coup et sur tous les coups, armée de tous ses bras amis qui ne font qu'un (jusqu'à quand ?), de tous ses fidèles soldats prêts à en découdre.

 

Alors le folklore du caméléon sur le Nouvel Obs, ne nous trompons pas, c'est de la poudre aux yeux et ça aura surtout permis d'occuper les médias pendant quelques jours. C'est toujours ça de gagné. Pendant ce temps là on ne parlera pas de Karachi

 

Léon... Léon... Léon...

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