LAISSEZ-NOUS CHARLIE

 

 

Cela aura donc duré 24 heures. 24 heures durant lesquelles un nombre impressionnant de citoyens ordinaires se sont exprimés comme jamais, se sont rassemblés comme ils ne l'ont fait depuis longtemps, ont fait preuve de dignité, d'humanisme, de raison, ont exprimé leur sentiment d'appartenance à leur pays, à leurs valeurs et leur bien communs. Avec bienveillance, espoir, inquiétude, indignation, émotion, résistance, solidarité, courage et fraternité.

24 heures. Il n'aura donc fallu que 24 heures pour que la classe politique, par son horreur du vide, ne reprennent la main et ne nous inflige ces polémiques détestables. Le vide car elle semble considérer l'expression de la population comme un vide qu'il faut combler au plus vite. Le vide car aux yeux des hommes et femmes politiques, les citoyens ne pourraient se rassembler que sous leurs bannières, à l'ombre de leurs drapeaux, estampillés de leurs logos, étiquetés et soigneusement triés.

Quel est donc ce rassemblement "d'unité nationale" de dimanche ? Une soirée privée accessible avec carton d'invitation ? Délivré par qui ? "On" inviterait donc tel ou tel mais pas tel autre ? Et de quel droit se permet-on d'inviter ? Et au nom de qui ? Et "nous", dans tout ça, on compte pour quoi ?

Prise d'une hystérie narcissique, la classe politique n'a donc pas pu se contenir. Elle n'a tiré aucun enseignement de la dignité dont la population a su faire preuve et dont elle serait bien inspirée de... s'inspirer, justement. En quelques heures, elle a opéré un véritable hold-up, une OPA sur l'émotion dignement exprimée par une grande partie du pays.

Demandons-leur, sommons-les de taire ces polémiques dont nous n'avons que faire. Cette marche est un rassemblement de personnes LIBRES. La liberté d'expression c'est aussi la liberté de ne pas être assujetti à leur assentiment ni d'attendre leur bénédiction. Réapproprions-nous cette marche, elle nous appartient, à nous tous, ensemble.

Laissez-nous Charlie, bordel.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.