De l'importance du poids du pli, du droit de réserve et de la dictature

La semaine n'est pas finie qu'elle est déjà faste en mots, drôles ou moins drôles...

 

Commençons par le plus réjouissant : l'extraordinaire dissertation emberlificotée de Christian Estrosi sur l'importance du poids du pli ; Estrosi qui se prépare peut-être une carrière de comique troupier, qui sait ? . "Le ventre qui se rentre, le nombril tout en vrille, les genoux qui sont mous, les guiboles qui flageollent, les chevilles qui s'tortillent, les rotules qui ondulent, la luette trop fluette, l'oesophage qui surnage, les cils qui s'défilent, ah bon Dieu qu'c'est embêtant !", chantait Ouvrard... Mais attention, l'importance du poids du pli pour le prix du timbre pris pour le pli est peu ou prou primordial, si tant est que, de prime abord, le poids est au prix ce que le timbre est au pli ; le poids du pli prioritaire a un prix, et le prendre à la légère en fera porter le poids au destinataire ça ne fait pas un pli. A tout prendre, mieux vaut prendre le poids du pli et mettre le prix pour le timbre du pli, qu'avoir pris le timbre à tout prix avant d'avoir pris le poids du pli parce que là c'est plié. "Car le pire c'est quand on a pris le pli et c'est tant pis quand le pli est pris", chantait à peu près Marie Dubas...

Quel humour, cet homme, rappelez vous, il y a quelques mois, Estrosi nous expliquait qu'Obama devait un peu son élection à Nicolas Sarkozy... "Estrosi fait son Olympia", c'est pour quand ?

 

Mais dans les sorties de la semaine, il y a de la concurrence, puique "Raoult fait son raout" (ou plutôt son "rout" dans son sens anglais) avec un nouveau concept décomplexé : le "droit de réserve" des lauréats des prix littéraires. Jusque là, je pensais, humble naïf, que si l'écrivain avait un droit, ce serait le droit de l'ouvrir. Sans doute faudrait-il donc légiférer en la matière, et instaurer une catégorie d'écrivains récompensés, accrédités, "embedded", et autorisés à (ne) dire (que) du bien des chers dirigeants bienaimés qui illuminent notre nation et éclairent le chemin du valeureux peuple...

 

Enfin, le troisième mousquetaire de la semaine n'est pas en reste, bien qu'il ne reste justement pas là grand trace d'humour. Jean-François Copé, lui, évoque l'éventualité d'une enquête parlementaire sur les marchés des sondages en qualifiant l'ingérence du Parlement dans les affaires de l'Elysée d'atteinte aux principes de séparation des pouvoirs. Et il termine son argumentaire en apothéose par ce (nouveau) concept décomplexé, voire orgasmique, et le tout sans frémir : "la confusion des pouvoirs, c'est le début de la dictature". La "dictature" instaurée par le Parlement contre un hyperprésident, c'est sûr, c'est nouveau.

 

Une question, une seule, me vient à l'esprit et me plonge dans un vide abyssal : les mots ont-ils encore un sens ?..

 

 

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