Mais qu'est-ce qui fait donc courir Patrick Ollier ?

Le rapport d'information parlementaire présenté par Patrick Ollier provoque quelques vagues. Outre la démission du député PS Philippe Plisson, co-rapporteur du texte, c'est l'éolien dans son ensemble qui est menacé. Mon propos n'est pas de débattre sur le fond du problème, extrêmement intéressant de surcroît, mais de mettre en exergue les pressions successives et répétées que subit l'éolien, et desquelles le nom du député Ollier n'est jamais très loin.

 

S'il est tout à fait normal de réfléchir sur le développement de ce moyen de production, de l'encadrer, de considérer ses nuisances éventuelles, il est bien difficile de croire que ce rapport ne soit pas dénué d'arrières pensées. Une des "suggestions" des parlementaires consiste ainsi à instituer une taille minimale des parcs, entre 15 et 20 mégawatts. On dénote là une certaine constance et une réelle ténacité, j'y reviendrai.

 

En matière d'énergies renouvelables, la commission des affaires économiques (plus exactement "commission des échanges et de la production", reliftée en "commission des affaires économiques, de l'environnement et du territoire" par Ollier en 2002) et son président Patrick Ollier ont été prolixes depuis quelque temps. En septembre 2009, l'amendement Ollier tente de faire relever conséquemment le seuil de consommation d'énergie des logements neufs (50 Kwh/m2) au bénéfice de ceux utilisant une énergie "propre", dont bien sûr principalement, le nucléaire...L'amendement voté, n°58, sera modifié et permettra quand même, finalement une "modulation" du seuil.

 

En mai 2009, dans le cadre des discussions sur la première loi Grenelle, la même commission des affaires économiques tente d'imposer une disposition signant la condamnation du petit éolien en supprimant la dérogation accordée par le Sénat. La perspective de l'amendement sur le seuil de consommation des logements neufs donne lieu à une passe d'armes (examen de l'amendement CE 257 de Y.Cochet) entre Patrick Ollier et Yves Cochet. On y voit que la simple évocation du mot "lobbies" rend le député extrêmement chatouilleux, pour le moins.

 

En mars 2006, Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques et du groupe d'amitié France-Libye, "annonce", -après son 7ème voyage à Tripoli-, la signature d'un contrat dans le nucléaire civil "dans les quinze jours qui viennent" entre Areva et la Libye. Déclaration qu'il sera amené à rectifier quelques jours plus tard en précisant que l'accord serait signé entre les gouvernements français et libyen, et non directement par Areva et qu'à ce titre, Areva y "trouverait sa place, avec d'autres".

 

Le 16 mars 2005, l'Assemblée vote l'amendement 122 défendu par Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques. Cet amendement touche à l'obligation de rachat de l'électricité éolienne par EDF à un tarif préférentiel, plus élevé, pour les installations de plus de 12MW. Il propose de modifier ce seuil au profit des petites éoliennes (moins de 300kW) et aux "champs d'éoliennes" de plus de 30MW, c'est-à-dire des installations soumises à décret ministériel et complexes à installer. Cet amendement, voté par l'Assemblée mais qui sera retoqué quelques semaines plus tard par le Sénat, n'avait suscité, dans mes souvenirs, qu'un misérable entrefilet de quelques lignes dans Le Monde. On voit là en tout cas la constance de Patrick Ollier. Cinq ans après, mois pour mois, nous voici donc revenus aujourd'hui à une nouvelle tentative un peu similaire à celle de mars 2005, mais bien plus conséquente.

 

Une telle constance ne laisse pas de s'interroger. M. Ollier serait-il à ce point investi, pénétré, charnellement préoccupé par les menaces environnementales de l'éolien ? A priori, Rueil-Malmaison dont il est maire, les Hauts de Seine où il est député, ne semblent pas harcelés par de quelconques projets éoliens pharaonesques... Mais qu'est-ce qui fait donc courir Patrick Ollier ? Cet homme, président de la commission des affaires économiques depuis 8 ans, député, maire, discret mais pas trop, au coeur des pouvoirs, conjoint de la ministre de la Défense, s'évertue depuis des années à torpiller tout ce qui peut faire avancer ce pays sur le chemin du développement durable. Serait-ce par idéal ? Par conviction profonde ? La passe d'armes Ollier/Cochet est en tout cas distrayante et particulièrement riche d'enseignements. Le mot "lobbies"semble provoquer chez cet homme une allergie fulgurante et des propos immédiatement menaçants. Susceptible, sans doute.

 

Alors, qu'est-ce qui fait courir Patrick Ollier ? Je ne sais pas, mais tout au moins sait-on clairement pour qui il court.

 

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