Quelques réflexions sur la contestation à la politique sanitaire

Face à un gouvernement autoritaire, face à un pass sanitaire liberticide, raciste et transphobe, et alors qu'une partie de la population se met en mouvement, la gauche ne devrait pas une fois ne plus rester attentiste et défaitiste, en attendant que 2022 passe. Au contraire.

La situation actuelle - en France mais surtout, "dans la rue", dans les réactions aux annonces, dans les polémiques - amène à la réflexion.
Et surtout, devrait inviter un peu plus à l'action de la "gauche de lutte" dans son ensemble.

À mon avis il faut calmement mais sérieusement prendre la mesure de ce qui est entrain de se jouer, sans ignorer aucun éléments.
Certes, on aimerait que la réaction immédiate de la population soit de se mobiliser massivement contre les réformes des retraites et du chômage et la casse de la Sécu.
Et il faut espérer qu'en septembre un mouvement de masse affronte le gouvernement sur ces questions, avec pourquoi pas une grève générale. Et si on veut que cela ait lieu, on doit par ailleurs y travailler.
Mais.
Mais la réaction première, la plus visible, la plus bruyante, est de rejetter violement le pass sanitaire et l'obligation de se faire vacciner.
Je reviendrai après sur le pass, parce que c'est l'élément le plus problématique a mon sens, et une campagne de gauche conséquente dans la période devrait questionner sérieusement les enjeux autours de cette question.

Sur les vaccins. Je fais partie des personnes à essayer de convaincre tout le monde de se faire vacciner.
Dès que j'ai pu, je me suis faite vacciner, dans l'espoir d'avoir une vie sociale cet été.
Mais. Mais il n'y a pas que Philippot, Dupont Aignan, Thierry l'antisémite et des Jean Michel Soucoupes Volantes qui refusent la vaccination obligatoire.
Voire qui refusent de se faire vacciner.
Et si nous devions mener une campagne sérieuse pour une vaccination de masse sous contrôle de notre classe, pour l'expropriation et la gratuité des vaccins, etc. le fait étant que jusqu'à présent nous ne l'avons pas fait.
Et que le seul discours qui est relayé a une échelle de masse en faveur de  la vaccination viens du gouvernement. D'un gouvernement corrompu, autoritaire, qui détruit la démocratie bourgeoise, ment et qui est lié aux industries pharmaceutiques : et quand on pense au scandale du médiator par exemple, comment ne pas trouver légitime de questionner l'honnêteté d'entreprises opaques qui mettent les profits bien avant la vie, alors qu'elles sont censées fabriquer des produits "pour" la vie?

Donc dans ce contexte, et après 4 ans de crise grave du régime, des personnes n'ont pas confiance.
Je ne suis pas sûre que de dire que "oui mais d'autres vaccins sont obligatoires", soit "du bon sens", etc soit la solution magique.
Ni de traiter d'abruti-e-s des personnes qui n'ont pas confiance en un discours qui vient du gouvernement bourgeois et autoritaire.
C'est sans doute regrettable cet amalgame entre vaccin et macronisme, mais c'est un fait.
Et je pense que pour lier une argumentation en faveur d'une vaccination de masse ET une perspective anticapitaliste et progressiste, la seule possibilitée est d'aller avec celles et ceux qui pour l'instant se méfient du vaccin parce qu'ielles l'associe au capitalisme. Sans nier non plus qu'au milieu il y a Philippot, des antisémites, Dupont Aignan et Jean Michel OVNI.
De manière générale, quand des mouvements spontanés de la classe ont lieu, ils sont rarement pur.
Tout le monde trouvait ça normal jusqu'à peu de lutter dans des mouvements sociaux au milieu de militants beaufs, sexistes, homophobes, racistes et transphobes. Et ce qui a permis de changer un peu la donne durant les GJ et la réforme des retraites, c'est l'organisation de cortèges féministes, antiracistes ou queer dans ces mouvements.
C'est l'auto organisation et la confrontation avec le reste de la classe pour politiser.
Pourquoi cela devrait-il être différent face au conspirationnisme ?

Sur le pass sanitaire. Nous devrions avoir un discours uni de la gauche au sens large contre le pass sanitaire tel qu'il est proposé par le gouvernement.
Le pass sanitaire normalise les contrôles d'identité. Si cela peut être pénible pour tout un chacun, la banalisation du contrôle d'identité tend à marginaliser encore plus deux populations déjà très marginalisées : les sans papiers et les personnes trans.
Pour les premiers, n'ayant pas de papier, cela les prive de fait de tout un tas de lieu.
Pour les personnes trans, accepter des contrôles d'identité, c'est s'exposer en permanence à du outing, avec toute la violence qui en découle : rappelons que les meurtres de personnes trans ont souvent lieu suite à la "découverte" de la transidentité.
Sans aller jusque là, toutes les personnes trans on déjà vécus des violences physiques, verbales et humiliations suite à un outing.
Le pass sanitaire, c'est donc devoir risquer en permanence de subir une violence... Et d'autant plus dans le contexte actuel de fascisation de la société et d'augmentation spectaculaire des agressions et meurtres contre des personnes LGBTQI.
De fait, cela va se traduire par une marginalisation : entre risquer d'être agressée ou rester chez soi, le choix et vite fait.

Donc le pass sanitaire va marginaliser des personnes de notre classe, des personnes qui sont déjà marginalisées dans la société.

Et il y a urgence à créer des solidarités pour que ces personnes ne finissent pas totalement en dehors de la société.
Mais cela ne peut passer que par une campagne contre le pass tel que mis en place par le gouvernement. Qui allie les légitimes craintes de privation de liberté qu'implique le pass sanitaire du gouvernement a une nécessaire solidarité avec celles et ceux qui vont réellement être marginalisés par ce pass.
Cela pourrait permettre aussi de contrer les arguments antisémites et complotiste et d'avancer une ligne antiraciste, féministe et pro-lgbtqi : une ligne de gauche, en somme.

Cela pourrait nous permettre aussi d'avancer des solutions programmatique. Comme par exemple la vaccination libre et publique, mais aussi de réfléchir à ce qui ne va pas avec ce pass, et quel type de pass pourrait être opposé. Par exemple, un pass anonyme, qui présente "publiquement" que les résultats et pas l'identité.
En lien avec cette question, nous devrions remettre sur la table la nécessaire régularisation de toustes les sans papiers et le changement d'état civil sur simple demande pour les personnes trans.
Enfin, sortir de la culpabilisation et être offensifves contre le capital : quand on voit que les non vacciné-e-s sont très majoritairement les plus exploité-e-s et/ou précaires, avancer des revendications en terme de diminution du temps de travail, d'arrêts de la production non essentiel, de contrôle des salarié-e-s dans les entreprises sur la prise de décision, etc.

Cela pourrait nous permettre finalement de sortir de la déprime, d'agir et d'essayer de construire un peu le monde d'après que nous avions commencé à dessiner entre 2018 et 2020, d'AG gilets Jaunes a mobilisations climat, de grèves féministes a grève contre la réforme des retraites.

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