Perdus en mer

Perdus en mer. Encre et feutre sur papier, 26x36cm. 2015 © ARySQUE Perdus en mer. Encre et feutre sur papier, 26x36cm. 2015 © ARySQUE

C'était un flot d'hommes robustes, jeunes pour la plupart, porteurs des espérances de tout un clan, de tout un village. Ils étaient les plus brillants d'entre les leurs et c'est pour cela qu'ils partirent, jusqu'au bout du continent, jusqu'à cette ligne tourmentée où la mer fait barrage.

C'était aussi des femmes et des enfants, des amants comme nous autres. Des êtres de chair et de cœur : je les imagine, hommes, femmes, grands et petits, traversés de frissons à l'odeur de l'aimé.

Mais, il a fallu qu'ils soient gens de peu, affamés, assiégés, pilonnés par des avions high-tech. Qu'ils soient familles aux maisons dévastées par la guerre. Orphelins, veufs et veuves, endeuillés, brisés. Des mères qui n'avaient plus que cet ultime fils au souffle souffreteux, noué à leur dos, qui réchauffait leur nuque quand enfin il dormait. 
Des femmes dévastées, abîmées. Des hommes, fâchés, démolis et apeurés. Des humiliés… Des, pourtant, qui espéraient encore ! Des qui portaient tout un avenir en potentiel !

Mais.

La tragédie était annoncée et personne n'a fait assez : le rideau s'est levé sur un décor d'un bleu profond, sublime -Méditerranée !- et l'horreur fut donnée.
Perdus en mer, au large de la Sicile.
Des centaines d'âmes, diluées, effacées, oubliées.

Alors, on fait le compte des pays qui accueillent le plus de ces migrants. 
Alors, on omet de signaler que ce ne sont pas du tout les plus grands marchands d'armes, ni les plus zélés des affameurs du continent africain qui se montrent les plus hospitaliers. 
Alors, quand on a cru un jour qu'on serait citoyen du monde, on se dit comme ça : la mondialisation s'est arrêtée aux frontières du business.

Why ?

 

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