Western écolo

« - Fiston, j’ai quelque chose à te dire. Mais avant ça, je voudrais que tu regardes attentivement autour de toi. Oui, c’est ça. Que tu observes les arbres, les bêtes et même le plus minuscule des insectes comme s’ils étaient de ta propre famille. Je voudrais que tu manges l’air. »

Christophe Leon a une manière unique de nous sensibiliser à l’écologie. Avec de brèves et très efficaces nouvelles, il ne néglige jamais la fiction pour faire une littérature thématique appauvrie. C’est souvent par leon1.gifla filiation ou un lien ténu entre deux êtres que va se nouer son intrigue. Ses écrits ne connaissent pas non plus de frontières et chaque fois rendent une sensualité inhérente aux lieux où il met en scène son propos. Il avait sorti au printemps dernier au seuil « Bleu Toxic », deux courtes nouvelles mettant en scène à travers la vie de deux enfants la catastrophe de Bhopal en Inde et l’empoisonnement de la baie de Minamata au Japon. A chaque fois la situation qu’il créait nous mettait en harmonie pour ne pas dire en empathie avec l’environnement de ces deux enfants. Que ces vies soient à la marge ou dans un cadre plus traditionnel, le spectacle de la nature et le réalisme de vie différente au quotidien nous emportaient. Il disait lui-même de ses deux petits héros, Ykio et Gaz : « ils sont en quelque sorte un condensé de vies de sentiments et de destins. » Il réussissait à merveille le but qu’il avait donné à son projet, rendre compte, responsabiliser avec plus de sensibilité. A chaque fois une histoire forte, les détails de vie étrangères et une poésie rare qui colle leon2.jpgà ses détails. On peut s’interroger aujourd’hui sur l’enseignement qui était à tirer de ces deux premières catastrophes emblématiques… Avec « Granpa' » qu’il publie cette rentrée chez Thierry Magnier, le principe est le même mais cela fonctionne encore à merveille. En nous racontant, au travers d’un sentiment de filiation très fort entre un grand père et son petit fils, la lutte d’un homme pour garder ses terres. Il nous donne un western écologique en quelque sorte ou raison et sentiments sont engagées dans la même lutte alors que très rapidement et sur très peu de pages on s’imprègne de leur environnement et de leurs histoires. Par flashback successifs, Christophe Léon donne une justesse de ton, une respiration très maitrisée à une histoire simple, sensible qui nous sensibilise à la nature et au rôle que jeune comme vieux on a à jouer pour la sauvegarder. Même si l’usage du diminutif « granpa' » ne fonctionne pas tout à fait comme dans la langue ou se déroule l’histoire (l’Amérique) avec un usage un peu trop répétitif au début, il réussit encore une fois à nous leon2.jpgemmener assez loin et à nous intéresser dans le même temps. Encore une fois il nous dépayse et nous enracine dans le même mouvement dans cette chevauchée écologique et familiale. Grande simplicité et style et vocabulaire irréprochable pour un petit livre qui réussit une chose essentiel quand on est sur ce genre de sujet : nous rendre concerner par quelque chose qui au premier abord pourrait nous être étranger. De la littérature et de l’écologie dans une même histoire que London j'en suis sur aurait apprécié pour le voyage et pour le sujet…

Dès 11/12 ans

« Bleu toxic » de Christophe Leon et « Granpa' » de Christophe Leon chez Thierry Magnier

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