Je viens de lire grâce à ma sœur un article sur l’Obs commentant les évènements récents en Syrie. Cet article, intitulé « Elles retirent leur voile intégral après avoir fui Daech », met en perspective le désarroi manifeste de certaines personnes obligées de vêtir le voile intégrale en Syrie sous les ordres des adhérents d’un mouvement dont les fondements sont bien difficilement rattachables à l’islam. Mais je ne suis pas d’accord avec cet article sur plusieurs éléments.
Jeter la burqa, signe de liberté ?
Bien évidemment, je comprends le désarroi de ces femmes qui décident d’enlever un voile imposé. D’ailleurs, le voile doit s’inscrire dans un processus de compréhension à défaut il devient inutile et exsangue. Mais les mots de « liberté », « joie », « symbolique », « heureuses » s’opposant à ceux de « griffes », « jeter » sont constamment mis en antagonisme. Bien qu’il soit ici question du voile intégrale, il n’en demeure pas moins que dans l’esprit du commun des mortels qui ne connait pas grand-chose aux spécificités liées au voile dans l’islam ne va comprendre la différence entre le voile intégral et un voile tout court. Cela, d’autant plus lorsqu’on voie que la personne sur le camion blanc retire en effet son manteau mais elle ne porte pas un voile intégral mais bien un foulard islamique comme on voit tous les jours dans nos rues.
D’ailleurs, toutes les autres femmes assises dans la camionnette ne font pas de même, on voit ainsi qu’il s’agit d’une expression de joie de nature à quitter une ville totalement absorbée par la violence plutôt qu’un signe de révolte contre un signe religieux en particulier. Ne faisons nous pas là des raccourcis intellectuels ? Affirmer que jeter la burqa est un signe de liberté revient à se poser la question plus globale des signes religieux dans les religions abrahamiques dans la mesure où le voile n’est pas né avec l’islam mais bien avec le judaïsme et le christianisme. N’en déplaise donc à certains élus de droit, le voile est bien judéo-chrétien.
Pourquoi, plutôt que de se concentrer sur ces aspects vestimentaires, ne serait-il pas temps que l’on mette un terme aux financements de Daech, eux qui revendiquent un budget de plusieurs milliards de dollars ?
Voile et Etat islamique, encore une confusion ?
On trouve peut-être la sémantique sans intérêt mais ici en légitimant les notions de burqa, de voile et en les rattachant à l’islamité supposée de Daech, on en revient en réalité aux constructions fantasmée que l’on ne voulait pas. Au fond, la campagne #NotInMyName, menée par beaucoup de femmes voilées, doit se sentir trahie en lisant ces quelques lignes et cet article. N’oublions pas que bien des femmes voilées se sentent fières et l’arborent comme un signe d’émancipation. Lorsqu’elles lisent que c’est une « joie » de « jeter la burqa par terre », elles peuvent se sentir offusquées dans la mesure où elles, si elles portent le foulard ou la burqa (long manteau) le font par conviction. Qui est-on nous, français, terre d’élection de la liberté de religion, pour juger de leurs intentions ?
N’oublions pas nous plus que si l’on prend une telle logique pour les femmes, faudrait-il considérer que tous les hommes qui se rasent en fuyant Daech marquent également leur désaveu vis-à-vis de Daech ? Oublie-t-on par ailleurs que Malala porte le voile ? Oublie-t-on Noor Tagouri qui est venue récemment sur le grand jounal et au dîner d’honneur du CCIF ? Daech ne devrait pas nous unir contre le voile ou contre l’islam. Daech devrait nous unir contre la barbarie, contre la violence aveugle. Surtout, Daech devrait nous donner une leçon : notre politique internationale est-elle adaptée aux dynamiques géopolitiques de la région ? Nous devrions sincèrement nous concentrer sur les questions de financement et paix mondial plutôt que de nous attarder sur un bout de tissu.
Asif Arif est Avocat au Barreau de Paris et intervenant à l’Ascencia Business School en Libertés Publiques. Il est directeur du site internet Cultures & Croyances et l’auteur de l’ouvrage l’Ahmadiyya : un islam interdit, aux éditions l’Harmattan.