Réplique à Finkielkraut: le djihad est une obligation conditionnelle sur tous les musulmans

Dans un entretien qu’il donne chez Le Point, Alain Finkielkraut s’improvise de nouveau grand exégète de l’islam en affirmant que le djihad serait une obligation faite aux musulmans. Et à ce personnage public de surenchérir qu’il ne parle pas du djihad sur soi-même mais bel et bien d’un djihad imposant d’aller faire la guerre et de conquérir des territoires.

Dans un entretien qu’il donne chez Le Point, Alain Finkielkraut s’improvise de nouveau grand exégète de l’islam en affirmant que le djihad serait une obligation faite aux musulmans. Et à ce personnage public de surenchérir qu’il ne parle pas du djihad sur soi-même mais bel et bien d’un djihad imposant d’aller faire la guerre et de conquérir des territoires.

Une affirmation sans source

Il demeure en effet compliqué pour une personne publique de venir affirmer une pareille loi devant les médias en trompant totalement les personnes qui vont lire le papier. Car si le Djihad était fondamentalement une obligation imposée aux musulmans, alors tous les musulmans français seraient actuellement dans une logique de guerre sainte afin de rendre la France musulmane ! 

Alain Finkielkraut affirme cela en sortant des éléments qu’il rattache à l’idéologie islamique sans que l’on sache d’où il tire son argumentation. En réalité, cette argumentation, il ne peut sûrement pas la tirer du Coran qui prévoit que le Djihad armé est d’aspect défensif, proportionnel et ne peut être mis en œuvre que lorsque les musulmans sont délogés de chez eux pour la seule raison qu’ils ont dit que Dieu est Unique, ce qui n’est pas le cas en France. Par ailleurs, la guerre en islam est également enfermée dans des conditions très strictes à savoir celle de ne tuer ni les femmes ni les enfants, de ne pas porter atteinte aux infrastructures. Autant de choses qui ne sont pas respectées aujourd’hui par de Grandes Puissances affirmant ouvertement faire des « guerres propres ».

Il faut donc savoir raison garder sur ces éléments. Le Prophète de l’islam a lui-même distingué le "grand djihad" (al-djihad al-kabir) et le "petit djihad" (al-djihad al-saghir). Il a réputé le grand djihad celui qui consiste à faire des efforts afin de lutter contre ses passions, la déraison et conserver avec fermeté la droiture et un haut degré de moralité. Nous voyons mal où est la source de ce fameux djihad avancé par le philosophe Alain Finkielkraut.

Un djihad nécessaire par la plume

La problématique n’est pas tant qu’Alain Finkielkraut ne comprenne pas ce qu’est le djihad – il ne fait qu’aller chercher des interprétations inventées par des oulémas (dont le fameux Abu’l Ala Maududi) pour satisfaire des acceptions personnelles de l’islam – mais plutôt que les musulmans ne peuvent pas désormais affirmer que le djihad doit être guerrier.

Le Prophète de l’islam, n’en déplaise à Alain Finkielkraut, n’était pas intéressé par un bout de terre. A défaut, lorsque les Mecquois sont venus le voir lui promettant richesses économiques et politiques, pourquoi aurait-il répondu que « si vous mettez la lune dans ma main gauche et le soleil dans ma main droite, je n’arrêterai pas de prôner le message de l’Unicité de Dieu ». Message, qui par ailleurs est commun à toutes les religions abrahamiques.

Le djihad ne peut plus être guerrier car les attaques qui sont faites contre l’islam ne revêtent plus la forme d’une attaque guerrière comme à l’époque du Prophète de l’islam. Elles ont changé de nature et se sont intellectualisées. Désormais, notre djihad, en tant que musulmans, se situe sur le terrain de la réponse argumentée et construite à l’image de ce qu’a soutenu le Fondateur de la Communauté Musulmane Ahmadiyya, Ahmad de Qadian. Aucune autre réponse ne peut trouver une cohérence aussi saine et pratique avec les dispositions du Coran et les traditions léguées par le Noble Prophète de l’islam.

Il faut désormais que ces attaques contre le Prophète de l’islam s’arrêtent, surtout lorsqu’elles viennent d’un philosophe dont nous connaissons les positions, pas très objectives, sur l’islam. Il faut revenir à une lecture réaliste du Coran et arrêter de toujours faire dire à ce livre ce qu’il n’a jamais dit ou prêter des paroles au Prophète de l’islam qu’il n’a jamais dites.

Et je défie Monsieur Alain Finkielkraut de me mettre à défaut sur la question du djihad.

Remerciements - Slimane Tirera, Abdul Ghani Jahangeer Khan.

 

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