Monsieur Valls, l’islam est déjà debout et vous ne réussirez pas à le mettre à genoux

Malgré notre affiliation au Parti Socialiste, nous le disons clairement au Premier Ministre l’islam est déjà debout et vous ne réussirez pas à le mettre à genoux. En effet, Manuel Valls a appelémardi soir "l'islam" à se mettre "debout" pour "couper toute complaisance" envers le jihadisme et le terrorisme, après les attentats de Paris.

PAR

 

Asif Arif  est Avocat au Barreau de Paris, Auteur, Enseignant en Libertés Publiques, Directeur du site Cultures & Croyances et membre du ComEx Somouv. 

 

ET

 

Slimane Tirera est coordinateur national de La Maison des Potes, directeur général de New-VO Radio et membre du ComEx Somouv.

 

Malgré notre affiliation au Parti Socialiste, nous le disons clairement au Premier Ministre l’islam est déjà debout et vous ne réussirez pas à le mettre à genoux. En effet, Manuel Valls a appelé mardi soir "l'islam" à se mettre "debout" pour "couper toute complaisance" envers le jihadisme et le terrorisme, après les attentats de Paris.

Un discours dangereux

Manuel Valls déclare :

« C'est très important que dans le monde, et bien sûr en France, des voix continuent à s'élever dans l'islam comme cela a été fait ces derniers jours disant : tout cela n'a rien à voir avec l'islam, mais comme c'est né au sein de l'islam aussi, il faut couper cette branche ».

Disons-le très clairement, pour les Français de confession musulmane que nous sommes, cette phrase n’a aucun sens. Comment peut-on encourager à défaire les agissements de Daech vis-à-vis de l’islam et les y rattacher par la suite ?

Les musulmans ont longtemps expliqué, les chercheurs et les islamologues également, que ces agissements ne sont pas issus d’une quelconque tradition coranique ou encore d’une pratique du Prophète de l’islam. Dire que c’est né de l’islam revient à jouer un jeu hybride vis-à-vis des musulmans qui sont en train de se démener tous les jours pour lutter contre les raccourcis intellectuels.

Le fait de couper la branche ne passe pas par les musulmans qui revendiquent déjà depuis des années que le Royaume d’Arabie Saoudite qui, comme l’a rappelé Olivier Roy, voit Daech comme l’émanation d’une idéologie qu’il a souvent cautionné, ne représente pas l’islam vécu par les musulmans d’aujourd’hui. Il ne ressemble d’ailleurs même plus à l’islam originel.

Mais quid de la solution politique que l’on apporte à tout cela ? La France a-t-elle coupé court aux relations qu’elle a nouées avec ce pays depuis ces dernières années ? Une réponse négative s’impose. Bien au contraire, la France a continué des relations économiques avec ce pays et donc la balle est moins dans le camp de la communauté musulmane qui a toujours su se montrer fidèle à la France que dans le camp des hommes politiques qui ont actuellement les ressorts pour agir au niveau international.

Bien évidemment, que les mosquées recevant du financement des pays que l’on considère comme finançant des groupes terroristes devraient arrêter un tel financement et compter uniquement sur les dons, fût-ils modiques, des membres. Or, il ne faut pas oublier que les discours nationaux passent par des efforts bilatéraux, à défaut, ils risquent très largement d’être exsangues.

C’est une bataille théologique qui ne revient pas au Premier Ministre

Le Premier Ministre poursuit en affirmant :

«C'est une bataille politique, théologique, sociale, culturelle, qui est majeure et qui est loin d'être terminée»

Or, si nous sommes d’accord avec la bataille politique que doit mener le gouvernement contre les extrémismes, nous sommes beaucoup moins en phase avec la bataille théologique. Il n’appartient pas, au titre de la loi de 1905, de mener des batailles théologiques, l’Etat étant par définition neutre.

Par ailleurs, pousser un tel débat, revient à tenter de faire admettre que tous les musulmans vivant en France ne peuvent pas se conformer aux principes républicains sans une refonte totale de leur théologie et un oubli total de leur culture. Il faut absolument cesser ce genre de discours, surtout aux lendemains des attentats et tenter d’apaiser plutôt qu’opposer.

Monsieur, le Premier Ministre, nous ne doutons pas de votre bonne volonté, mais accompagnez-la d’un discours d’apaisement. Nous en avons marre des discours d’instrumentalisation des français de confession musulmane.

 

 

 

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