Sarkozy, l’islam et les banlieues : faire du Marine Le Pen sans Le Pen

PAR

Asif ARIF, Avocat au Barreau de Paris, auteur de l’Ahmadiyya : un islam interdit, Enseignant en Libertés Publiques et Directeur aux Affaires Publiques de l’Association Musulmane Ahmadiyya de France.

ET

Slimane TIRERA, Coordinateur national des Maisons des Potes et Directeur Général de la Radio NewVO.

Les régionales approchent à grandes allures, et cela se sent. Reste que l’éthique n’a pas la même temporalité que la politique. Nicolas Sarkozy, absent des médias depuis quelques semaines, refait tout à coup surface avec des propos qu’il a tenus lors d'un dîner organisé par le club Choiseul 100, un think tank libéral et sur le remaniement total de son parti politique. Même le quotidien Le Point, pour résumer son interview à Choiseul 100, va jusque résumer qu’il s’agissait d’un « discours de Patrick Buisson, sans Buisson ». La réalité dénote à notre sens une toute autre tonalité : il s’agit bel et bien de faire du Marine Le Pen sans Le Pen.

L’islam et sa renaissance au Moyen-âge

L’ancien Président de la République aurait affirmé que "l'islam est la seule religion qui a connu son Moyen Âge après sa Renaissance." Nous allons paraître quelque peu cavaliers mais, dans un sens, ce dernier n’a pas totalement tort. Si l’on fait référence à l’ensemble des découvertes scientifiques et astronomiques qui trouvent leurs essences dans l’âge d’or de l’islam, il a raison. Or, ce que Sarkozy essaie de démontrer, ce qui n’est pas nouveau dans sa pensée politique, est que l’ensemble des pays musulmans aujourd’hui sont en état de barbarie et que le voile intégral est partout et que tous ces éléments nous envahissent. Or, il s’agit d’un amalgame entre la situation de quelques musulmans aujourd’hui et la religion qu’est l’islam en général.

L’islam a toujours connu une transmission pure avant que certaines pratiques soient graduellement abandonnées. Le matérialisme, qui connait son apogée aujourd’hui, ne laisse que peu de place à la spiritualité, laquelle a été rangée au second plan. Combinés, les deux facteurs (abandon des pratiques de l’islam pour y introduire des rites farfelus et l’apogée du matérialisme largement vanté par nos pays occidentaux) ont en effet contribué à la situation des musulmans aujourd’hui, qui ne peuvent s’en vouloir qu’à eux-mêmes puisqu’ils disposent encore du libre arbitre.

Si au lieu de promouvoir l’entente interreligieuse mis en place par le Prophète de l’islam avec le pacte de Médine, les individus se revendiquant musulmans de nos jours pratiquent la persécution des minorités, faut-il prêter le flanc de l’islam à la critique ou celui de ces soi-disant musulmans ? Il faut également poser la question à Monsieur Sarkozy pourquoi certains mouvements musulmans, dont notamment l’islam ahmadiyya, sont à la pointe de l’éducation en Europe ? Pourquoi ces mouvements appellent-ils à leurs fidèles de s’éduquer afin d’abandonner les pratiques farfelues créées de toutes pièces, revenir à un véritable islam et instaurer la paix sociétale ?

Comme l’affirme notre ami Abdul Ghani Jahangeer Khan, si dans l’islam c’est l’abandon de son message de tolérance et de paix (en conséquence son message originel) qui est à l’origine de la déclin de la Raison, en Europe ce fut le contraire : c’est l'abandon de l'Eglise qui permit à la Raison de fleurir. En conséquence ce n’est pas l’islam qui n’a pas fait sa renaissance, ce sont les musulmans qui ne comprennent pas que leur révolution est impossible sans un retour réel aux sources islamiques et son message de pacifisme et de dépassement de ses intérêts personnels.

Les banlieues culpabilisent la France

Outre l’aspect purement « philosophie de l’islam », selon l’ancien Président de la République, les banlieues sont dans une logique victimaire et doivent arrêter de culpabiliser. Celles-ci se concentrant largement en Ile-de-France, c’est Valérie Pécresse qui va être ravie d’apprendre que la population qu’elle essaie de convaincre pour les régionales ne sont en fait dans une logique de flagellation et de constante victimisation.

Arrêtons-nous toutefois sur le fond et essayons de déterminer si les propos de Nicolas Sarkozy, réputé pour son nettoyage au Karcher des banlieues, peuvent être frappés d’une certaine vérité au regard de la situation des banlieues en France. Le premier élément qui fait penser au mensonge résulte en réalité de la nature intrinsèquement entrepreneuriale des banlieues qui sont à l’origine de la création d’une importante valeur ajoutée à la France.

En France, nous avons près de 500 000 entreprises de 10 à 20 salariés, dont environ moins d'un tiers dans les quartiers populaires. Comment peut-on encore affirmer que nos banlieues sont dans une logique victimaire alors qu’elles essaient de créer plutôt que de constater, de dynamiser plutôt que de faner ?

Nos entrepreneurs des banlieues sont des ressources nouvelles dans les domaines des nouvelles technologies de l'information et de la communication, dans le service à la personne, dans les agences de voyages, dans la restauration, dans la communication, dans la mode, dans le sport, dans la culture, dans l'informatique, dans le numérique. Une nouvelle génération d'auto-entrepreneurs, d'entrepreneurs individuels a émergé de nos territoires. Ils sont une source d'emplois directs et de croissance. Ils sont les incompris des politiques et de l'action publique en direction des entreprises en général.

C'est pourquoi, il faut miser sur ces gisements, cette France du XXIème siècle, cette France plurielle et multiculturelle, cette France ouverte sur ses filles et fils de la République. La vision de Sarkozy et de la France des banlieues victimaire est dépassée. Nous ne voulons pas de la France des héritiers, de la rente, de la conservation, de la réaction, de la peur, du déclinisme. Nous leur opposons la France des nouveaux talents et du dynamisme.

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