L’impardonnable faute de Strasbourg

C’est l’été et la saison des festivals. Celui de Strasbourg, plus ancien festival de musique classique de France, créé en 1932, a déposé son bilan  en 2014. Requiem ! Et maintenant ? Revenir à un projet magnifique celui du compositeur Jean-louis Agobet jadis rejeté pour des raisons pécuniaires ? Magnificat ?

C’est l’été et la saison des festivals. Celui de Strasbourg, plus ancien festival de musique classique de France, créé en 1932, a déposé son bilan  en 2014. Requiem ! Et maintenant ? Revenir à un projet magnifique celui du compositeur Jean-louis Agobet jadis rejeté pour des raisons pécuniaires ? Magnificat ?

Vu sur un mur le tag d’un anonyme : «  La Culture coûte cher, essayez donc l’ignorance ». Eh oui, c’est là qu’est la faute !

Puisqu’il s’agit de  musique et donc de culture, un merci à M.Valls qui vient de reconnaître que c’était une erreur de réduire les dotations à la Culture. Les collectivités territoriales comme, par ricochet, les associations ressentent sans doute l’amorce d’une manne à venir. Attente sceptique, anxieuse pour sûr. S’agit-il d’une aide accrue aux institutionnels d’Etat comme les orchestres nationaux ou davantage.

On prêtait déjà à Jean Monnet, un des cofondateurs de l’Europe et bien avant  le premier ministre actuel, des propos similaires : « Si c’était à refaire, je commencerais par la Culture ». Propos non vérifiés cependant bien agréables à entendre.

Sait-on d’ailleurs que les dépenses consacrées à la Culture ne le sont pas en pure perte, bien au contraire car la plupart du temps, elles sont productrices en retour de bénéfices matériels immédiats ou collatéraux?

Quant aux profits immatériels, ils ne sont pas quantifiables mais on sait aussi, n’en déplaise à certains qui les craignent, qu’ils sont «mystérieusement » productifs de  joies dont celle de vivre ensemble. Indispensables aussi pour tempérer un peu la douloureuse crise morale que traverse l’occident si opulent pour certains.

 

Un cas très significatif

 

Le compositeur Jean-Louis Agobet qui confirme sa haute qualité d’année en année, a été  poussé vers d’autres horizons que la ligne bleue des Vosges, la plaine d’Alsace ou le plateau lorrain. Hors du bassin rhénan !

Réclamer en permanence le titre de capitale européenne, en s’en remettant à ce qu’offrent les grandes  institutions de l’Europe (Conseil de l’Europe et sa Cour Européenne des Droits de l’Homme, Parlement de l’UE, Pharmacopée…) ne coûte pas grand chose localement et apporte même une aide exceptionnelle de l’Etat ( contrat triennal). Cela ne suffit pas en dépit des efforts tenaces des multiples associations. L’opportunité de garder des «pointures» médiatiques n’est donc jamais à négliger.

Ville, Eurométropole, la Région Alsace qui ne saurait perdre son importance prégnante dans la nouvelle Grande  Région « ALCA », doivent pour le moins contribuer par tous les moyens au rayonnement culturel de cet espace du Rhin Supérieur et de ses affluents, qui lui confère aussi l’exceptionnel statut de zone frontalière avec la Suisse, l’Allemagne, la Belgique en passant par le Luxembourg.

C’est surtout  à cause de cette vision là que Jean-Louis Agobet, le compositeur français mondialement joué, se voulait un ancrage complètement Strasbourgeois.

 

Quelques éléments biographiques de l’artiste.

 

Il faut ajouter à cela la production toute récente d’une « Cantate pour solistes, chœur et orchestre » commandée par l’Orchestre National de Lorraine et donnée à METZ dans la  superbe salle de l’Arsenal, lieu de culture extraordinaire dû à Ricardo Bofill. Bizarre ! Si près de Strasbourg.

 

Pour réduire un peu cette longue découverte, la partie qui nous intéresse ici, concerne plus particulièrement les relations que l’artiste, en résidence 2001 à 2005 à l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, a entretenues avec sa ville d’accueil. Sollicité de toute part pour les élections municipales de 2008, il était finalement apparu sur la liste centriste de Chantal Cutajar( Modem), aujourd’hui adjointe au maire PS. D’autres centristes d’alors sont aujourd’hui élus d’opposition. Républicains ?

« Moderato cantabile », le musicien a été mal inspiré en se laissant tenter par la politique car les chapelles sont bien clivées et les partis sectaires ont la rancune ou la rancoeur tenaces, à Strasbourg autant qu’ailleurs. Lui ne voulait que faire de la pédagogie.

 

Il a cependant continué son œuvre. Ancien de la Villa Médicis et Victoire de la Musique en 2006, choyé par de nombreux prix peut-être plus prestigieux mais moins médiatiques, il poursuit son œuvre en parcourant le monde où on l’invite, surtout au Japon très friand de musique contemporaine. D’ailleurs, quand on lui parle de dissonance dans la musique contemporaine, ce doit être fréquent, il rappelle qu’à ses yeux « elle est l’expression de la vie moderne, la consonance ou l’euphonie étant plus conservatrices ». Il ajoute après un silence de réflexion : «Après tout, je suis un compositeur de 2015 ».

 

Sa vie cependant est aussi militante au service de la musique et de Strasbourg, sa  ville de prédilection où il présente, seul, à la mairie un projet très ambitieux et parfaitement réalisable :

Un festival des orchestres de jeunes des 27 pays de l’Union Européenne, à cette époque. (Le projet résumé en annexe.)

 Le compositeur obtient d’emblée le soutien écrit du président du Parlement Européen, le polonais Jerzy Buzek.

Il s’agit de faire venir à Strasbourg ces orchestres composés de jeunes musiciens, évidemment des professionnels issus des plus prestigieux conservatoires et  incorporés dans des formations nationales. Ils se succèderaient sur une période d’été un peu creuse ou, plus astucieux, au moment du Forum Mondial de la Démocratie dont le projet était alors également dans les cartons.

Une sorte de cahier des charges s’imposerait. Chaque orchestre présenterait obligatoirement une œuvre majeure du répertoire national, des œuvres typiques de son pays ou de sa Grande Région et enfin une œuvre en création par un de ses compositeurs. (cf. Le projet résumé).

Après quelques mois de silence en dépit des relances fréquentes, le compositeur obtient, en désespoir de cause, un entretien avec le 1°Adjoint, Robert Hermann, aujourd’hui président avisé et ouvert de l’Eurométropole. Ce dernier alors « en délicatesse » avec le maire, se penche sur le projet, investigue et se dit impuissant comme l’adjoint aux finances, Alain Fontanel qui prétend que les affaires de la Culture lui échappent.

Personne pourtant dans la municipalité « ne sort son revolver quand il entend parler de culture » * L’expression attribuée à de multiples vizirs nazis est due à un personnage de théâtre donc inventée.

Alors qui ? Il faut croire que le véritable pouvoir dans ces domaines comme dans beaucoup d’autres échappe aux élus qui souvent peu compétents dans ce domaine s’en remettent aux fonctionnaires, soi-disant experts, qui eux, ont leurs préférences. C’est un euphémisme !

Toujours est-il que le projet a été abandonné, que les candidatures multiples sur poste vacant de Jean-Louis Agobet ont été rejetées sans que les postes soient objectivement, concrètement et efficacement pourvus.

C’est pourquoi, obstiné bien que très heureux dans son poste de professeur de composition à Bordeaux, il ne serait pas étonnant qu’il pose à nouveau sa candidature à la prochaine publication de vacance à Strasbourg, sans ressentiment aucun. Alors le projet pourrait renaître et pourrait doter la ville d’un festival européen innovant et extraordinaire.

M. Jean-Louis Agobet est par ailleurs président de la Commission de la Musique Symphonique de la SACEM. Pourrait-il quelque chose à ce titre pour Strasbourg ?

 

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