65 ans du Conseil de l'Europe, «la clé d’un ordre international juste»

A la manière douce, consensuelle ou même léthargique parfois si nécessaire. Voilà du moins ce qu'Anne Brasseur, la député luxembourgeoise qui vient de succéder au Français Jean-claude Mignon à la tête de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) donne comme noble objectif à cette Organisation qui a vu le jour il y a 65 ans sous la forme d’une Assemblée Consultative du Conseil de l’Europe (COE).

A la manière douce, consensuelle ou même léthargique parfois si nécessaire. Voilà du moins ce qu'Anne Brasseur, la député luxembourgeoise qui vient de succéder au Français Jean-claude Mignon à la tête de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) donne comme noble objectif à cette Organisation qui a vu le jour il y a 65 ans sous la forme d’une Assemblée Consultative du Conseil de l’Europe (COE).

Malheureusement, CONSULTATIVE et incitative quand même, elle l’est quasiment restée malgré son extension de 12 à 47 Etats qui se sont souvent démenés pour y adhérer, considérant le Conseil comme une antichambre de la future Union Européenne. D’une centaine de délégués pour 12 pays, on est passé à 318 (et autant de suppléants) pour 47 Etats. Belle croissance certes.

Embryon de l’Europe rêvée par le premier président, le belge Paul-Henri Spaak, sa réalisation conjoncturellement plus utopique que jamais, a cependant connu des grands moments sur le plan des bonnes intentions, des belles idées, des interventions, des injonctions, des admonestations même, que recouvrent, au Palais de Strasbourg d’épaisses moquettes (pas de pavés). 

Une institution de bons offices que l’UE supplante souvent.

Défense des Droits de l’Homme –la Cour Européenne des droits de l’Homme en est le fleuron le plus connu - ; Assemblée Parlementaire (4 sessions par an) qui traite les sujets les plus divers, sociétaux et politiques s’attachant surtout à la sauvegarde et à la promotion de la démocratie même au-delà des frontières, si on peut encore le dire ainsi ; le Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux ; la Conférence des OING qui trouve là un lieu de rencontre et une caisse de résonnance et enfin le Commissaire aux Droits de l’Homme, chargé des enquêtes, sont les piliers de cet organisme qui bénéficie encore d’un grand succès d’estime tout en perdant de son influence concomitamment. 

65 ans de bons et loyaux services parés d’une belle âme, parfois avec succès et au fil de l’agrandissement, avec les pires difficultés à se faire entendre. Dans la « question ukrainienne » où s’affrontent deux Etats membres des 47 qui ont l’un et l’autre, évidemment, signé les mêmes conditions d’adhésion, le Conseil de l’Europe a été totalement impuissant à ramener à résipiscence les deux Etats coupables tous deux de manquement aux principes vitaux qui fondent l’Institution. On a tiré les oreilles au président Poutine et les délégués russes ont été privés du droit de vote. Et voilà !

Il faudrait au sommet une véritable « pointure ». 

Toute cette machine est pilotée du haut de la passerelle, au dernier étage du Palais à Strasbourg, par un Secrétaire Général bien trop puissant, à l’interne s’entend. Son élection ne se fait pas selon un modèle de démocratie, loin s’en faut : le Comité des Ministres (le plus souvent il s’agit des délégués permanents des Etats) désigne selon des règles obscures les candidats que pourront élire les députés. Bizarre, mais là n’est plus la question puisque, apparemment fort satisfaits de l’exercice passé, le comité des ministres a fait réélire le sortant M. Jagland, ancien premier ministre  norvégien mais de manière plus éclatante ou éclairante pour les observateurs, président du Comité Nobel aussi.

Au demeurant, cet homme sans doute de qualité n’a pas le charisme que pourrait apporter une très haute personnalité non politique dans une Institution aussi hétéroclite où se côtoient des tenants nationaux d’idéologies ou de choix politiques très différents.

N’aurait-on, par exemple, pu penser à Jürgen Habermas –à 84 ans il y aurait eu peu de chances qu’il acceptât - ou une personnalité mondialement rayonnante, quelque peu distanciée sauf dans une vision radicalement européenne. L’Europe n’en manque pas. Pour le moment on élit un de ses pairs sauf ceux qui comme Jean-Claude Mignon n’ont pas obtenu l’agrément du Comité des Ministres, sous un faux prétexte, écrit nulle part. Alors tant qu’on y est, qu’on amende, qu’on réforme même, qu’on innove, qu’on ose.

Pour le 70ème anniversaire par exemple.

Anne Brasseur qui a été ministre de l’Education Nationale et des Sports dans le gouvernement de Jean-Claude Junker (le Grand-Duché n’est pas si petit qu’on croit) rappelle à l’occasion de cet anniversaire les paroles prémonitoires de Robert Schumann (Lotharo-Luxembourgeois, à l’origine…) : « Nos idées sur la façon de conduire l’Europe continuent de différer. Elles ne devront jamais aboutir à nous faire abandonner la recherche des conciliations raisonnables . Le Conseil de l’Europe est l’une des principales tribunes dans lesquelles doivent se préparer des lendemains où notre sécurité ira de pair avec notre volonté de paix et d’amitié constructive ».

On a bien dû traduire ces propos dans la langue de tous les nouveaux venus après Schumann, même en russe ! 

Antoine Spohr.

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