Strasbourg refuse l’orphelinat de la culture française

Il n’y pas à Strasbourg que les institutions européennes, ni le marché de Noël. Deux opportunités culturelles réjouissantes en un jour prouvent son imprégnation culturelle française, européenne et originale.

Il n’y pas à Strasbourg que les institutions européennes, ni le marché de Noël. Deux opportunités culturelles réjouissantes en un jour prouvent son imprégnation culturelle française, européenne et originale.

 

BNU ou CHOUC ? Les deux, en général

 

Gai savoir nietzschéen ou gaievoiseries rabelaisiennes ? Pourquoi pas les deux sans être vraiment des fans obsédés par la philosophie ou l’humour.

Avec cette rentrée maussade, on a tendance à se racrapoter  alors qu’il y a tant et tant à découvrir avec des plaisirs qu’on croit  a priori incompatibles, à Strasbourg, capitale européenne, intellectuelle, culturelle, politique  bientôt du Grand-Est ( ACAL ou ALCA), là  juste  à la rentrée. Fermez le ban! Bientôt capitale des réfugiés? Y en a qui…(Cohn Bendit)

On n’aura pas forcément à choisir entre l’eau ferrugineuse, place de la République et l’amer-bière ou le riesling rue St.Louis car on  peut s’abreuver aux deux sources. Cliché bien sûr : il n’y a  que quelques centaines de mètres entre les deux : deux fois rien pour Zarathoustra et pas davantage pour Gargantua. Ein Katzensprung ou un saut de puce !

 

La Transfiguration de la BNU (Bibliothèque Nationale Universitaire)

 

Pas que des austères études comme le laisserait croire l’apparence solennelle du bâtiment wilhelmien, de l’extérieur, revu et récuré, dans le respect de l’ensemble architectural  administratif et impérial de la place de la République, cœur de la Neustadt, avec ses prolongements allant jusqu’à l’Université. Le Kaiser aurait pu la voir de son palais s’il avait été plus souvent là, chez lui ou chez nous, à Strasbourg. Cà c’est de l’ancien, du dur, historique.

Mais dedans ? C’est une merveille qui mérite la visite.

 

Après le hall d’entrée, normal, attendu, se dresse une sorte d’immense harpe conique enserrée dans un escalier en colimaçon qui serpente tout autour, jusqu’au faîte coiffé d’une gigantesque coupole de  verre. Magnifique ! Bravo Nicolas Michelin et Associés, les architectes.

 

Les 120 cordes ou haubans de 12/12mm ne vibrent pas, pas plus que ne grincent les 78 marches ( 27 mètres) de l’escalier qui distribue sur une hauteur de plus de 12m les espaces  de travail sur  cinq paliers, le sixième étant sous la coupole, pas celle de Richelieu quai Conti  au bout du quai Voltaire  à ParisS( comme on dit ici) mais celle de la place de la République, à Strasbourg. Elle abrite la deuxième bibliothèque de France, sur le plan volumétrique, première pour l’enseignement supérieur, première pourvoyeuse de prêt entre bibliothèques pour les sciences humaines. On en dirait et redirait des compliments encore et encore. Un petit fascicule disponible à l’entrée en abonde.

La coupole-verrière coiffe aussi des milliers d’académiciens de toutes académies confondues y compris la première celle de Platon et d’Aristote à Athènes, du monde entier donc, en 78 km linéaire de collections dont une partie est consultable dans les annexes de Joffre et de Fischart. L’accroissement potentiel est de 12km linéaire, estimé à 10 ans. Après on verra avec des techniques de stockage en rayonnage dense « Compactus » et autres. S’y ajoute évidemment tout un équipement électronique, informatique avec des automates de distribution et de restitution, des ordinateurs partout dans les salles de lecture et dans les salles de travail. Au total plus de 600 places. Dernier cri et Wifi partout ! Non, pas partout, deux espaces au niveau 4, en sont privés pour épargner les personnes électro-sensibles. Précaution rare !

 

Dans un premier temps il faut y aller pour voir. L’envie de chercher, d’étudier et même de produire viendra peut-être pour nombre de simples visiteurs dont le travail assidu produira à son tour, au dessus de la coupole, dans le ciel, une féérie colorée de neurones joyeusement agités mais que ne peuvent voir que ceux qui ont un peu d’imagination.

 Une exposition exceptionnelle « Métamorphoses » est reprise jusqu’au 20 septembre. Vite, schnell, dali, fissa !

(Lien : http://www.bnu.fr/action-culturel/agenda/metamorphoses-un-batiment-des-collections.  Il n’y guère que 33 pages et vous reviendrez.

Un petit coup à la cafétéria et Zarathoustra se transforme en Gargantua, barbu, pour se rendre en moins de 10 minutes dans la rue St Louis où règne une étrange faune d’artistes divers et ouverts.

 

La Chouc’ : une institution alsacienne OUVERTE

Chouc’ n’est pas réservé aux indigènes, les touristes parfois venus de loin, (elle est citée et proposée dans les guides) y affluent. Il y  ceux qui disent « La Choucrouterie », ce qui rappelle pourtant la première destination du lieu. S’il en reste quelques odeurs, ce sont celles qui s’échappent du restaurant. Les plus familiers  vont « chez Siffer » et les copains chez «  Rogel ». On y est bien sans pour autant que les neurones et encore moins les zygomatiques ne trouvent le repos qu’on croit nécessaire après la BNU.

Le maître céans est lui-même diplômé de philosophie, style plutôt Diogène qu’Aristote, écrivain de théâtre, acteur, chanteur, auteur, animateur, chef de troupe, directeur, un tantinet provocateur tous azimuts, avec la jouissance de l’impertinence, libre quoi…

Alors enfilez la rue St Louis jusqu’au porche 

et vous ne pouvez pas vous tromper. C’est là que deux salles vous accueilleront selon votre niveau linguistique en français, allemand et surtout alsacien. Encore que la mixture prenne souvent très bien.

 On rit certes beaucoup, parfois jaune, mais  pas que…

On peut aussi pleurer le sort des sorcières massacrées en plein essor humaniste (spectacle de Jacques Roerig et Yan Gilg) mais pas que… car

 les Stagiaires de l’Ecole de  cabaret Cactus s’attaquent en sketches et chansons à une actualité philosophico-politique dans  « Je suis Seppi »

 (la liberté d’expression et la réforme territoriale) tandis qu’avec Marc Hanss, Manuela Gross dans son spectacle «  Antoinette et son Zuppershow » se prépare à propager son talent en français « avec accent alsacien » à Paris mais pas que… car il y a aussi du Guy Riss en alsacien et en  expressions corporelles déjantées qui promet une performance délirante dans « Em Guyguess sinner Migges ».

On a droit bien sûr au théâtre multilingue à dominante française avec un spectacle dit « culinaro-culturel », évidemment humoristique de, par et avec Arthur Gander dans « Cuisine fusion, cuisine fusionnelle » ou encore une confusion-fusion avec « Choucroute Merguez » jouée et mise en scène par Fayssal Benbahmed et Sabrina Rauch – tout est dit. 

Le retour attendu de« Krambol- Hommage à Jean Hans Arp », 50 ans après la disparition de l’artiste, rappellera le texte superbe de Huguette Dreikaus dans la  scéno de Louis Ziegler. Autres reprises qui ont fait un tabac : « Ciel, mon mari est muté en Alsace »  et « un Alsacien à Nancy ». Succès  regaranti !

 

On est vraiment dans le temple du plurilinguisme libéré de ses contraintes politico-sociales, surtout en Alsace où l’autonomisme et parfois plus, se cache sous une imaginaire identité portée par la langue. De ce point de vue, il n’y a même pas de réelle identité linguistique alsacienne si ce n’est par le socle souvent ignoré et parfois stupidement raillé, qu’est l’allemand.

Sag’s mal anderst, (dis le autrement) comme tu veux comme tu peux. En Allemagne quasiment partout les dialectes et le « Hochdeutsch » cohabitent harmonieusement. Ouvert avons nous dit OUVERT.

 

Mais la chouc’ ne serait pas la chouc’ sans la bande à Roger.

Le cœur incontournable, le nœud gordien qui lie le tout sans la menace d’Alexandre à l’horizon et la quintessence de l’existence du lieu et de sa vie depuis 1984.

C’est sans aucun doute la Revue Satirique, une espèce de canard déchaîné vivant avec au moins cinq légumes divers dans l’écuelle (souvent les  mêmes tant qu’ils sont au pouvoir) et des condiments piquants glanés dans l’actualité immédiate, plus petits avec un avenir incertain avant d’accéder à l’écuelle des grands.

Comme jadis pour le Bébête show, les nouveaux brocardés sont souvent très contents.

Avec une  bonne partie des mêmes acteurs un autre  spectacle « Impro en alsacien » avec participation du public, parachèvera la revue.

Un cru qui s’annonce exceptionnel sous le souvenir et la protection inexpugnable du Rohraff . ??? Cherchez , on peut vous aider. française

Bref, voyez le programme avec les dates, lieux pour la tournée…

Lien : http://www.theatredelachouc.com/index.php?option=com_content&view=article&id=201:presentation-de-saison-2015-2016&catid=2:saison&Itemid=3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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