Bérénice Béjo, Wim Wenders et l'exception culturelle

Pas question d’accepter que la culture et, a fortiori, l’audiovisuel, soient considérés comme une marchandise ordinaire dans les discussions pour lesquelles la Commission de Bruxelles sera mandatée. Ludovic Lamant, dans deux articles très complets (ici et ), a traité en profondeur le sujet des accords commerciaux transatlantiques programmés entre l’Union Européenne et les Etats-Unis. Il en a montré les tenants et aboutissants, la complexité et les dangers.

Ici, le coup de projecteur tend à éclairer la question par la lumière que lui ont apportée les artistes (metteurs en scène, réalisateurs, comédiens…) après qu’une délégation a été reçue par José-Manuel Barroso au Parlement Européen à Strasbourg (PE) mardi après-midi.

Des hommes en colère et le soutien très médiatique d’une grande actrice

Déçus, stupéfaits, révoltés,  les membres de la délégation (Costa-Gavras, Lucas Belvaux, Mihaileanu, Luchetti, Jablonski…) représentant une coalition (sic) de 6200 créateurs, ont exprimé leur colère. Ils soutenaient le vote massif du PE en faveur de l’exclusion des services audiovisuels et culturels des discussions préalables à un accord commercial. Les eurodéputés Henri Weber et Jean-Marie Cavada accompagnent la révolte, sans langue de bois, avec la même colère.

Même la présence et le soutien de Bérénice Béjo, admirable de somptueuse simplicité, n’ont pas empêché le commissaire européen au commerce, le Belge Karel de Gucht, comme le président Barroso, de « s’asseoir » sur le vote du parlement . « Politburo ! » dénonce Costa Gavras dont la colère est amplifiée par celle de ses acolytes, loin de le tempérer.

Les arguments sont clairs . « La culture est au cœur de l’identité et de l’idéal européen ». Si seulement ! « La diversité culturelle est aujourd’hui une réalité… facteur d’échange et de compréhension mutuelle. » Oui, mais les technocrates le savent-ils ?

« La culture facteur de croissance et génératrice d’emploi ». Oui mais le sait-on au niveau national, pour commencer ? Et tant d’autres faire-valoir que connaissent les Américains qui en sont en fait, au moins partiellement, les héritiers.

Le mécanisme est infernal. (selon Costa Gavras)

Curieusement, la Commission veut rassurer en affirmant qu’elle saura  préserver  l’exception culturelle en fixant des lignes rouges protectrices.

Par ailleurs, le principe de codécision donnera la possibilité au Parlement de refuser l’accord en dernier ressort si le Conseil Européen (chefs d’Etat et de gouvernement) l’adoptait, même à une majorité relative.

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Les signataires de la pétition ne croient pas à ces pare-feu et font valoir que, dans une négociation de ce type, les concessions réciproques s’accumulent lourdement au gré des marchandages. On sait, par exemple, que les Américains voudront l’exclusion des aspects financiers.

Or c’est un accord global, précisément sans exception, qui sera soumis au vote des eurodéputés qui, bien entendu, ne réfutent ni ne récusent toutes les occurrences dont certaines peuvent être très profitables aux deux protagonistes.

Reste aussi la possibilité du refus des Etats : Mmes Bricq et Filippetti ont pris position en faveur des signataires. Dont acte.

Pour couronner la démarche de la coalition, Bérénice Béjo a été appelée à lire une lettre de Wim Wenders…très poétique cette fois, à écouter ici:

 

Plus confidentiellement, certains n’hésitent pas à se demander à haute voix, si l’empressement de M. Barroso à «  finaliser » l’accord avant la fin assez proche (2015) de son mandat, ne cache pas un souci de plaire à tout prix aux Américains, dans la perspective d’une candidature au Secrétariat Général de l’ONU. Pas très diplomates ces artistes !

 

Antoine Spohr

 

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