Strasbourg contestée, Strasbourg humiliée, bafouée, Strasbourg révoltée

Ne rêvons pas. Non, on ne trouvera aucun accent gaullien dans un combat de défense du siège du Parlement européen, menacé par des eurodéputés souvent anglo-saxons. Ils ont voté une résolution pitoyable, ces « activists », eurosceptiques de surcroît, suivis par un troupeau manipulé avec une facilité incroyable avec des arguments fallacieux, mensongers et que le sujet indiffère, si ce n’est sur le plan du confort personnel, le seul qui pour beaucoup d’entre eux puisse compter réellement.

Ne rêvons pas. Non, on ne trouvera aucun accent gaullien dans un combat de défense du siège du Parlement européen, menacé par des eurodéputés souvent anglo-saxons. Ils ont voté une résolution pitoyable, ces « activists », eurosceptiques de surcroît, suivis par un troupeau manipulé avec une facilité incroyable avec des arguments fallacieux, mensongers et que le sujet indiffère, si ce n’est sur le plan du confort personnel, le seul qui pour beaucoup d’entre eux puisse compter réellement.

Résultats : sur 766 députés, 483, presque les 2/3, ont voté pour le « single Seat » (siège unique), sous-entendu à Bruxelles, 141 contre et 34 abstentions. Les autres (108, soit plus de 14%) étaient absents.

Tout juste fait-on cause commune à Strasbourg, à défaut d’union sacrée pour la circonstance… électorale.

Une task force (US Navy dans le Pacifique lors de la 2° guerre mondiale) dans laquelle naviguent de conserve, le maire, le président de région, les parlementaires… ne dispose que de moyens dérisoires, sans amiral incontesté et réellement soutenu, sans chef suprême consistant, sans rayonnement européen à la mesure nécessaire, ni même au plan national, et le tout sans troupes motivées, sans ardeur, sans pugnacité, sans rêves d’avenir. Tous convaincus de l’intangibilité des traités ou, pire, indifférents.

Et à Paris ? Ce n’est ni pire ni meilleur, avec le président Hollande, que cela ne le fut avec le président Sarkozy. On se réfugie derrière les traités pas toujours avec une grande précision.

Qui donc tapera sur la table ou la renversera devant cette fronde parlementaire sans réel intérêt vital pour une Europe communautaire moribonde  dont les initiateurs ne veulent entendre le dernier souffle qu’à Bruxelles et surtout pas à Strasbourg où il y aurait déjà trop d’Europe visible qu’ils ne sauraient voir, au chevet de la victime ? Il s’agit bien entendu de la mort de l’idéal des pères fondateurs et non de celle de la City de Londres.

Peut-être trouvera-t-on à l’origine de cette attitude un brin de mauvaise conscience chez de vrais « faux-culs », européens convaincus ici, peut-être, mais davantage sensibles aux prix plus bas de l’immobilier là, à louer ou à acheter, à Bruxelles.

On en connaît, en dehors du petit groupe de ceux qui sont prêts à administrer l’extrême-onction avec un sourire cynique. L’attitude de défi des rapporteurs (Mac Millan-Scott en tête) à l’endroit du jeune et brillant lobbyiste Pierre Loeb qui avait produit un fascicule très sérieux démontant, données réelles à l’appui, tout l’argumentaire truffé de mensonges des anti-strasbourgeois, en dit long sur les motivations.

Par ailleurs, rappelons qu’aucun député n’a de contrat à durée indéterminée mais qu’il est soumis au vote de ses électeurs même au Royaume –Uni qui risque de quitter l’Union. Et alors ?

Cause strasbourgeoise ou même française ? Non, européenne.

C’est donc mercredi que les députés ont voté une résolution selon laquelle le Parlement devrait avoir le droit de décider du lieu et du moment où il siège, donc de fixer son siège et son calendrier de sessions. Pour cela, ils demandent une révision des traités selon une procédure ordinaire, rien de moins. Voici en simplifiées, les dispositions prévues par les traités:

PROCÉDURE DE RÉVISION ORDINAIRE

La procédure de révision ordinaire concerne les modifications les plus importantes apportées aux traités, telles que l’accroissement ou la réduction des compétences de l’UE. Elle implique notamment la convocation d’une CIG( Conférence  intergouvernementale) qui adoptera les projets de révision par consensus. Les modifications apportées aux traités n’entreront en vigueur qu’après leur ratification par l’ensemble des États membres.

Le traité de Lisbonne consacre la pratique actuelle visant à réunir une Convention européenne avant la CIG. Cette Convention a pour mission d’examiner les projets de révision puis d’émettre une recommandation pour la CIG. Elle est composée de représentants des chefs d’État ou de gouvernement, de la Commission, mais également de représentants des parlements nationaux et du Parlement européen. Le traité de Lisbonne cherche ainsi à démocratiser le processus de révision des traités. Autre innovation majeure, le Parlement européen acquiert le droit d’initiative. Il peut désormais proposer des projets de révision au même titre que les gouvernements des États membres et la Commission. Le Conseil européen peut également décider, après approbation du Parlement européen, de ne pas convoquer de Convention lorsque les modifications sont de moindre ampleur. Dans un tel cas, il établit directement un mandat pour la CIG. Synthèses de la législation de l’UE , site Europa.

Clairement, l’affaire n’est pas si simple comme le laisse entendre le sénateur-maire Ries mais le coup porté au prestige de Strasbourg, capitale européenne historique et originelle d’une Europe polycentrique, est rude. Le président de région, Philippe Richert, ne l’accepte pas au nom de l’Histoire alors que Catherine Trautmann, eurodéputée, ancienne maire et ancienne ministre, lassée par 25 années de bataille sur le même sujet, considère qu’il s’agit d’un coup d’épée dans l’eau, un de plus. Pour l’amirale de la task-force, c’est un peu léger mais on la sait plus pugnace à l’accoutumée.

Les écologistes ont voté pour la résolution, à l’instar du député vert allemand Häfner qui s’est associé en co-animant la fronde avec les eusrosceptiques britanniques Fox et Mc.Millan-Scott. Une exception : l’Alsacienne Sandrine Bélier -on la comprend - et le corse François Alfonsi n’ont pas voté pour la résolution. Cette fois Daniel-Cohn-Bendit s’est abstenu.

Ne pas réagir vertement à une telle provocation pourrait être considéré comme une capitulation en rase campagne. Alors on s’alarme dans les sphères institutionnelles (Ville, Région) avec le ténors Ries, Fabienne Keller, Richert  et le nouvel arrivé, candidat centriste à la mairie, l’ancien ministre François Loos qui propose une cellule élargie ( task force réelle en concentration de bâtiments) menée par une sorte de préfet et chargé de la promotion permanente de Strasbourg.

Dans la société civile, des groupes de réflexion, think tanks ou Denkfabriken, s’investissent avec la  pugnacité que suscite la nouvelle. Il en est un qui en s’internationalisant compte émettre un Manifeste pour une nouvelle Gouvernance de l’Union, allant jusqu’à suggérer un vrai Parlement fédéral, menant une politique générale et économique commune et réduite, s’il le fallait pour commencer, à l’Eurogroupe et impliquant une adhésion volontaire sereinement exprimée. En clair un nouveau traité puisqu’en l’état, rien ne va plus. A suivre…

Le document attend encore une adhésion plus étoffée de grandes voix européennes, certaines s’étant déjà déclarées favorablement. C’était un peu l’idée de Jacques Attali.

Où a-t-on vu des candidats à un poste ou une fonction très convenablement rémunérés choisir un autre lieu de travail que ce qu’affichent les conditions du recrutement ? Surtout pour un contrat à durée limitée. Mesdames et Messieurs les eurodéputé(e)s ressaisissez vous car l’Europe (UE) est assaillie de mille et un problèmes mille et une fois plus sérieux. Vous auriez pu ne pas avilir votre mandat en repoussant une telle dispute qui rejaillit sur la crédibilité des Institutions européennes. Vous ou vos successeurs ont du pain sur la planche, planche qu’il faut soigneusement nettoyer avant de pétrir.

Antoine Spohr

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.