Chanson française: Arti de retour à son lieu d'éclosion

 

Brel, Brassens  étaient partis, Ferré n’était plus Ferré…Un autre, en bourgeon, promettait. Certains s’en souviendront : c’était Louis Arti.

Le regretté Alain Leprest, incontestable juge en la matière, m’avait confié dans les années 80 « A mon avis, on tient là le poète le plus inspiré de la chanson française de sa génération. »

On peut ici le redécouvrir en avant-première du spectacle du 30 mai prochain, au Tambourin, à l’Esplanade à Strasbourg.

 Un itinéraire atypique : De El Halia à l’Olympia.

 Un itinéraire de soliste  sans chœur sauf… que le cœur de ceux qui le connaissent  bat toujours plus fort quand ils l’entendent. Ceux qui l’ont vu et entendu à l’Olympia, parce que c’était là un camp de base qui devait le conduire aux plus hauts sommets, frissonnent  toujours en l’écoutant. Il y était accompagné par Roland Romanelli et Janik Top…des pointures.

Un contrat pour cinq albums chez CBS  puis une longue liste de CD et essais, romans et  écrits aussi inclassables que l’homme et l’artiste, l’occupent en permanence.

Ajoutons y une peinture délicieuse, délicate, très personnelle.Beau bilan ?  Oui mais qui ne fait pas le compte. Il mérite beaucoup mieux.

L’ascension d’approche avait été difficile pour cet illuminé par le soleil de son Algérie natale, à la sortie de son sombre puits de mine de Lorraine.

Il a pourtant encore voix au chapitre des grands, car Louis Arti est toujours là, toujours aussi fort, un peu plus discret, à sa guise.

 Si déjà on sert  derechef  les mêmes plats, certains réchauffés n’en étant que meilleurs, je vous inviterais volontiers, en apéritif  à entendre «  La montagne est noire » chanson-poème, à texte peut-être trop énigmatique pour Jacques Chancel qui l’avait enregistrée pour « Le grand échiquier » et ne la passa pas faute de temps, dit-il, en raison d’un imprévu. Elle était pourtant annoncée dans les programmes. Qui était intervenu ?

Qui fera le ménage  dans ce monde là ? Inexpugnable aujourd’hui encore ?

 

Retour en arrière : On the road again, chemineau inlassable.

 Avec bonne humeur et  bon appétit, avec ses plus sûrs compagnons, il était passé de « pelle et pioche » sur les chantiers routiers d’Angleterre par exemple, à « guitare en bandoulière » pour faire la manche  comme à Munich- il dit parler le Hochplat mosellan- avant  d’y « passer » en cabaret et plus tard d’être invité pour une tournée au Canada ( Québec).

Du point de départ de sa jeune existence à El Halia  en Algérie où, à «  dix ans du matin » son enfance s’est arrêtée, son point de chute était devenu la Lorraine du charbon où vit désormais une  partie de sa  famille et où vivait, réfugiée française en France, sa mère, véritable mère-courage, veuve d’un boulanger d‘origine italienne assassiné dès les premiers mois de la guerre  dans cette bourgade d’Algérie, El Halia. Le livre éponyme vient d’être réédité.

« Marie15 août » retrace la suite immédiate de cette dramatique histoire, clairement. Victimes et coupables étant bien identifiés dans les deux camps, la haine aveugle, vengeresse était cependant impossible pour poète trop lucide.

 Et puis c’est la vie d’artiste, sans les artifices « people ».

 Des scènes, des disques, des rencontres se succèdent et s’accélèrent dans son combat sans autre guerre que celle contre la bêtise, le mensonge et la haine qui se nourrissent mutuellement dans un monde de la quintessence de la spéculation, le showbiz ! Femme, enfants, logis, c’est la vie tolérée bien sûr mais pas pour un « anar » sur lequel on mise, certes pour son talent, mais aussi pour son originalité. C’est trop vite contre-productif. Il préfère la campagne et les siens ! On le néglige un peu en dépit d’un large succès d’estime.Pourtant son livre autobiographique « El Halia »sur le drame vécu  en Algérie, sera mis en scène par Jean-Louis Hourdin et Arti y chantera sa vie soutenu par une excellente formation de musiciens  suisses.

Il célèbre aussi la Lorraine et la mine dont il a connu le dur labeur et ses habitants  dans « Lothringen » par exemple.

Il ose mettre en musique des très grands poètes, américain comme Bob Kauffmann « Mingus» et évidemment les grands français.

 Vidéo : « Mingus » : https://www.youtube.com/watch?v=YyBr8vHPg4c

 

« Le pont Mirabeau » de Arti, est à mon avis, musicalement « meilleur » que celui de Léo Ferré qui l’a d’ailleurs reconnu, lui-même, j’y étais. C’est dire ! Apollinaire n’est plus là pour trancher… lui aussi victime de la guerre.

Vidéo «Le pont Mirabeau » : 

https://www.youtube.com/watch?v=-tAH-JVQZ6o

 Epris de paix, de liberté et de justice, Loulou pour les intimes, chante les humbles, les réprouvés, les victimes de France et d’ailleurs comme de l’Afrique «  Donne à boire au sable » ou « Le mildiou ».

Enfin, il sait aussi s’amuser et érotiser le propos et la musique « Universellement, je l’aime ». Paroles et musique propices à la virée en boîte et plus si entente. Mais le propos va bien plus profond…

 Après ces temps bien médiatisés, ce sont ceux qu’il passe à travailler, à peindre, à écrire, à se produire sur quelques scènes et à offrir quelques CD, participer à des festivals. Sans rechigner jamais.

Au Tambourin, il se produira avec un remarquable acolyte Michel Gaudioso, dans de nouveaux locaux.

 Un Strasbourgeois de partout.

 C’est dans la capitale européenne que son aventure artistique avait commencé. Il y retrouvera sans doute ses copains alsaciens comme Roger Siffer, Jean Marie Hummel, René Eglès, Jean-Marie Koltès (pas d’erreur, c’est le frère de l’autre), sans oublier Raymond Roumégous qui fut son premier « coach »  et bien d’autres.

Sûrement aussi des Mosellans souvent d’origine « mixte », ceux de la coexistence heureuse, dans cet esprit de fraternité que les gens de la mine ont laissé en héritage à leurs enfants. C’était le temps du vivre ensemble paisible temps où dit un Behrenois établi comme cordonnier au centre de Strasbourg « celui où on enterrait les morts tous ensemble sans problème de religion.» On rêve. On attend une véritable tribu bigarrée, souvent immigrée une fois de plus dans leur propre pays et très entreprenante et astucieuse !

Il faut qu’on sache que Louis Arti est à Strasbourg … Un retour aux sources, jaillies avec l’aide de copains « spéléos de cabaret » comme ceux cités plus haut.

 Cette fois, accompagné par l’excellent Michel Gaudioso, émule et complice actif, un spectacle possible à lui tout seul, il affichera toutes ses diversités. Oui diversités de thèmes, de musique et autres talents. Qu’on ne l’oublie pas ce « grand » solitaire atypique et que d’autres le découvrent. C’est toujours du « lourd » !

 Au Tambourin, à l’Esplanade, qui résonnera fort le samedi 30 mai prochain à Strasbourg.

 

Antoine Spohr

 

 

Quelques autres bijoux :

Le ciel est par-dessus le toit   (https://www.youtube.com/watch?v=T3t0XomuE2I )

Je suis de cette jeunesse  (https://www.youtube.com/watch?v=pD3uC5H8360 )

Je t’ordonne de vivre  (https://www.youtube.com/watch?v=xosveNRF8tk

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