Strasbourg-Conseil de l’Europe, chaud dehors et très chaud dedans.

Il s’agissait en première partie de la session de l'assemblée parlementaire,après 9 heures de débats pour l’examen parfois fastidieux et inutile de 222 amendements, d’adopter une résolution « rapportée » par Mme Petra de Sutter, sénatrice belge aguerrie par la confection de ce projet de résolution extrêmement difficile : le retour de la Russie.

Les colonnes du temple de la  Démocratie, des Droits de l'Homme fissurées par les problèmes du " membre" gangréné russe,

Tout à coup les sanctions sont levées sans que la Russie ait eu à faire la moindre concession

 

 Le retour souhaité de la Russie et accordé apportera-t-il quelque rafraichissement ? Sous quelle forme ? C'est le pire qui s'annonce !

 En clair, au-delà de mille et une arguties et d’une prudence sémantique crispante, on en est enfin venu au nerf : la Confédération de Russie doit-elle être invitée à revenir au sein de l’Assemblée Parlementaire du COE dont elle s’est retirée après les sanctions prononcées à son encontre après l’annexion ( le retour, la récupération, l’invasion manu militari, on choisira le mot qui va) de la Crimée et plus tard les vues « acérées » sur le Donbass ? C’est là qu’est la question ! Le tout sur fond indécrottable de stigmates de la Guerre Froide entre OTAN (1949) et….Confédération des Etats de Russie aux relents de pacte de Varsovie ( 1955)

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Et sans la Russie?Pour voir!

Les données :

 47 Etats –Membres représentés par 324 parlementaires nationaux et autant de suppléants, i.e 324 « doublons » en cas d’absence ou d’empêchement. Donc 648 élus.

La répartition par Etats est faite en fonction du poids démographique et économique.

Ainsi 6 membres les plus lourds à cet égard disposent de 108 sièges ( 18 chacun) alors que le Lichtenstein ou Monaco en ont 2 chacun. Compliqué….mais il y a pire.

Le vote :

Pour   118

Contre t62

Abstention 10

Les parlementaires français ont largement voté pour.Pour le retour de la délégation russe au sein de l'Institution.

Soit 62% de participation compte tenu de l’absence ( alors) de la délégation russe et une large majorité de « pour » la résolution ouvrant la porte. Mais une minorité reste récalcitrante,rebelle, menaçante, du moins le prétend-elle, attachée qu’elle est aux mots les plus unanimement prononcés et partagés évidemment dans ce long débat : Valeurs, Droits de l’Homme, Démocratie…..  Plus tard  « Hypocrisie et autres noms d’oiseau » sont entendu dans l’hémicycle. Exceptionnel le style y est habituellement plus " bon genre".

Mais pragmatisme oblige : la Russie est l’Etat le plus peuplé, le plus puissant , de surcroît le plus gros contributeur au budget et, en dehors de ses péchés bien établis et qui ne sont pas mortels car pratiqués par d’autres sur la planète même en dépit des résolutions de l’ONU, en principe contraignantes elles, On peut donc feindre d’attendre un geste venu de l’Est et fermer l’œil en attendant des jours meilleurs.

Cependant l’argument « in favour » le plus efficace a sans doute été la protection de la population qui pourrait être privée du recours à la Cour Européenne des Droits de l’Homme, l’émanation la plus connue du COE. Tous les Russes ne sont pas  » Poutinistes »! Après tout.

En outre, où les ONG s’exprimeraient-elles ? Allons passons. Le temple de la Démocratie et des Droits de l’Homme supportera bien quelques fêlures, après tout réparables, à terme….

Enfin, procédant d’une logique imparable hors toute autre considération : « il vaut mieux compter les Russes parmi nous pour dialoguer utilement, échanger, s’entendre à la rigueur au prix de quelques concessions ,que de les tenir à l’écart ».

Si fait donc ! La délégation russe ( présumée) a décollé dés hier soir de Moscou et on attend son retour dans l’hémicycle de Strasbourg.

Rappelons tout de même que le Conseil de l’Europe n’est pas un tribunal international mais plutôt une agora qui se doit de laisser place nette et accueillante à tous ses membres, à moins de les exclure pour des raisons graves si ses statuts le permettent. Encore des débats en perspectives et retour probable au statu quo ante. 47-1 à nouveau mais les 46 se seront gravement écharpés.

Remarque: le Comité des Ministres est sous présidence française pour six mois: il a largement contribué à préparer cette situation, en toute bonne foi sans doute.

Antoine Spohr

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