Le pape François comme une colombe dans un nid de gerfauts?

Le pape au Parlement européen puis au Conseil de l’Europe: une sacrée prestation par ce diable d’homme que ce François là. Deux discours sans prêchi-prêcha en deux lieux sacrés de l’Europe, le Parlement des 28 et le Conseil des 47, le tout en 4 heures, les tralalas compris. Et « au revoir » dans une très moyenne Peugeot grise et « Méditez Mesdames et Messieurs, adieu !»

On sait alors que cela sera difficile de « s’introspecter » pour nombre de nobles notables, élus ou autres hauts responsables, même s’ils ont réussi à être sur la photo ou happés par les caméras. Il n’était pas question de « bondieuseries » bien que personne n’attende de « Sa Sainteté » qu’elle néglige le christianisme qui lui paraît être une des composantes majeures des fondements moraux, culturels, voire politiques aussi de l’Europe ( problème du préambule de la constitution européenne dès 2005, déjà sous Jospin et Moscovici).

Séance de signatures après des centaines de poignées de main. © A. S. Séance de signatures après des centaines de poignées de main. © A. S.
Ici, au Parlement, il s’intéresse à l’homme, l’individu, « l’homme relationnel » pourtant, broyé dans un monde complexe où tous ne jouissent pas de la dignité. Là, au Conseil, c’est la paix qu’il se donne en sujet, évidemment en évoquant les causes et les effets de la guerre dans cette Europe qui se voudrait modèle à présent.

L’exégèse des deux discours est difficile et requiert une analyse sérieusement détaillée (ici le discours au Parlement, là celui devant le Conseil de l'Europe). Pour les exégètes, un travail exigeant une attention soutenue et bien sûr une solide culture.

En tout cas séduisant à de nombreux égards, ce « Monsieur tout blanc » de Léo Ferré, sous la soutane blanche, visiblement inconfortable dans la montée des escaliers du Parlement – elle comporte néanmoins une poche latérale où le septuagénaire Jorge Mario Bergoglio, bientôt octogénaire, trouve très facilement ses lunettes – c’est une démarche de franciscain en bure qui ne peut faire oublier une formation solide de jésuite. La teneur et la tenue de ses discours en font foi.

Pour les non exégètes, une notion devrait paraître essentielle car elle dépasse largement l’éthique appliquée dans la réalité par la chrétienté, la notion de « dignité transcendante ». En clair, le respect total auquel ont droit tous les individus en tant qu’homme sans aucune distinction de sexe, d’âge, de religion, d’idéologie, d’état de santé, de condition sociale et bien d’autres qualificatifs. Forcément aussi le refus de la barbarie et de « la société du déchet »  où l’on jette tout, les individus solitaires perdus, vieillards et malades « jusqu’aux enfants tués avant de naître ». Silence complet dans l’hémicycle.

Standing ovation! © A.S. Standing ovation! © A.S.
Pour la dissertation sur les incitations, invitations, voici une citation significative : « éviter les manières globalisantes de diluer la réalité, les totalitarismes du relativisme, les purismes angéliques et les éthiques sans bonté, les intellectualismes sans sagesse ». Tiens, on entend quand même le joli mot de bonté, si rare, plus rare que sa pratique fort heureusement.

Pour le discours sur la paix au Conseil, le propos est plus convenu. Le « patron » du Vatican retrace l’Histoire du continent, des erreurs et des atrocités dont les Etats et les individus se sont rendus coupables, dénonçant l’eurocentrisme et les égocentrismes ou égoïsme des Etats, de même que ceux des individus.

« Que l’Europe retrouve son âme », celle des pères fondateurs. Robert Schuman doit jubiler sous le marbre à moins de cent kilomètres de Strasbourg.

Pour ceux qui ne liront pas les discours adressés à des élus et qui ont recueilli dans les deux hémicycles des tonnerres d’applaudissements, debout, on osera citer en les parodiant audacieusement ces vers de Verlaine : ( Le ciel est par-dessus le toit…)

Qu’as tu fait, toi que voilà applaudissant sans cesse

Qu’as tu fait toi que voilà de tes promesses ?

Pas de sermon certes mais une façon de sermonner tout de même.

Antoine Spohr

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.