ntorselli
Abonné·e de Mediapart

18 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 avr. 2015

ntorselli
Abonné·e de Mediapart

Condamné, un policier perd deux points sur son "permis de tuer"

Dix ans au moins que nous nous faisons tirer dessus à coup de flashball et de lanceur de balles en diverses circonstances. Dix ans que s’accumulent les blessures, les mutilations irréversibles et parfois la mort. Dix ans d'humiliation, à vérifier l’impunité dont bénéficient les policiers à coup de classements sans suite, de non-lieux et de relaxes.

ntorselli
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dix ans au moins que nous nous faisons tirer dessus à coup de flashball et de lanceur de balles en diverses circonstances. Dix ans que s’accumulent les blessures, les mutilations irréversibles et parfois la mort. Dix ans d'humiliation, à vérifier l’impunité dont bénéficient les policiers à coup de classements sans suite, de non-lieux et de relaxes.
Le 20 mars dernier la cour d'assises de Mamoudzou, à Mayotte, a condamné un gendarme pour avoir éborgné un enfant de 9 ans en 2011 – c’est une première pour une cour d’assises. Il a été reconnu coupable de violences volontaires ayant entraîné une mutilation et une infirmité permanente et condamné à deux ans de prison avec sursis.
Aujourd’hui, Jean-Yves Césaire, le policier qui avait tiré sur Geoffrey Tidjani à Montreuil en 2010 alors qu'il participait à un blocus devant un lycée pendant le mouvement contre la réforme des retraites, a été reconnu coupable par le tribunal correctionnel de Bobigny de violences volontaires aggravées et de faux et usage de faux. Il a été condamné à un an de prison avec sursis, deux ans d’interdiction de port d’arme et un an d’interdiction d’exercer.
Si les lignes semblent bouger, ces peines sont finalement bien symboliques. Dans le premier cas, dès le lendemain du verdict le gendarme a pu reprendre sa triste fonction et son arme, et de nouveau tirer. Aujourd'hui en suspendant et désarmant temporairement Jean-Yves Césaire, la justice n'a fait que retirer au policier quelques points sur son permis de mutiler et de tuer, points qu'il pourra récupérer dans 2 ans. Dans deux ans il pourra tirer et mentir à nouveau.
Nous nous réjouissons cependant pleinement de la condamnation pour faux et usage de faux. Malgré une vidéo invalidant totalement les déclarations policières, Geoffrey et sa famille avaient dû longuement batailler pour que cette plainte pour faux soit instruite. Aujourd'hui la juge a dû reconnaître que les procès verbaux des policiers étaient un tissu de mensonges assermentés. Même si elle a réussi à ne jamais le dire explicitement, parlant avec prudence d'« habillage de la vérité », pour une fois la justice a admis que la police ment pour se couvrir, ce qui n'est pas une exception mais la règle.
Sans cette vidéo, c'est Geoffrey qui aurait été condamné sur la base des mensonges des policiers, et ceux-ci jamais poursuivis. Nous nous félicitons donc que les charges contre Geoffrey aient été abandonnées, et qu'il n’ait pas eu à subir l’affront d’une relaxe. Le policier bredouillant et mal à l’aise, et au delà tous ses collègues venus remplir la moitié de la salle en soutien, a dû rendre des comptes et subir les assauts que le procureur réserve habituellement aux petits délinquants. Ce sont eux, cette fois, qui ont dû écouter en silence un verdict en forme de rappel collectif à la loi et la déontologie. Que les policiers ne puissent plus tirer en se disant qu’ils seront couverts de toutes façons, qu’ils aient eux aussi quelque chose à perdre, que la peur les habite un peu, constitue une petite victoire.
Petite victoire quand tant de proches de personnes tuées par la police doivent faire face au déni de justice, aux mensonges policiers, aux non-lieux. Quand au sein de l'Assemblée des blessés, des familles et des collectifs contre les violences policières, on a vu les policiers ayant tiré sur Pierre, Casti, Quentin, Yann, Davy, Ayoub - tous blessés ou mutilés par des lanceurs de balles - blanchis par la justice, le plus souvent sans procès ni réelle instruction.
À propos des flashballs et LBD, la juge a admis qu'il « convient de s'interroger sur la pertinence du recours aux armes de type flashball » : « arme dangereuse », à la « fiabilité douteuse », dont l'usage est souvent « aventureux » et dont le « statut d'arme collective tend à déresponsabiliser ses usagers ». Elle a enfin pointé la banalisation de l'utilisation de ces armes, tout en insistant sur le fait que le tireur n'avait pas à l'utiliser hors contexte de « violences urbaines », laissant supposer que dans ce cas le policier aurait pu mutiler en toute impunité.
Ce procès a ainsi jeté une lumière crue sur les pratiques de la police en général, plus spécialement dans les quartiers populaires et tout particulièrement en Seine St-Denis. Déclaration de Jean-Yves  Césaire : « le flashball ce n'est pas quelque chose d'inconnu en Seine-St-Denis ». Aurait-on assisté à de telles méthodes pour lever le blocus d'un lycée dans le centre parisien ?
Nous le répétons : dans la rue ou dans les manifestations, il n'y a pas de bon usage d'une arme comme le flashball. Blesser et terroriser sont ses objectifs et non ses dérives. Il n'y a qu'une seule manière d'arrêter la multiplication des mutilations qu'elle entraîne : désarmer la police.
En novembre dernier, nous avons décidé de constituer l'Assemblée des blessés, des familles et des collectifs contre les violences policières, pour se soutenir mutuellement et trouver ensemble les moyens d'entraver l'usage de ces armes. Nous n'avons pas peur. Nous poursuivrons tous les policiers responsables de blessures par des procédures pénales et attaquerons également devant le tribunal administratif l'autorité politique qui les arme. Faire qu'à chaque blessé, les policiers tireurs craignent pour leur poste et que l'Etat soit condamné. Dans les tribunaux ou dans les manifestations, dans les commissions parlementaires ou devant les usines d'armement, nous serons-là, déterminés à mettre en échec l'impunité et la violence policière.
LES POLICIERS NOUS BLESSENT
POURSUIVONS-LES !

Communiqué de l’Assemblée des blessés, des familles et des collectifs contre les violences policières.
assemblee.des.blesses@gmail.com
le 2 avril 2015

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Après l’embargo sur le pétrole russe, l’Europe dans le brouillard
Annoncée depuis des mois, la guerre du pétrole contre la Russie est une réalité depuis lundi 5 décembre. L’Europe a engagé un embargo, les membres du G7 imposent un plafonnement du prix du baril à 60 dollars pour les pays tiers. Avec quelles conséquences ? Personne ne sait.
par Martine Orange
Journal
Soupçons d’emploi fictif : une vice-présidente du RN visée par une enquête du Parquet européen
Selon nos informations, une série de perquisitions est en cours lundi 5 décembre, visant deux élus RN, dont Edwige Diaz, vice-présidente du parti, dans le cadre d’une enquête du Parquet européen. La justice se penche sur des soupçons d’emploi fictif, lorsque la députée était assistante parlementaire européenne en 2018-2019. L’élue dénonce un  « règlement de comptes » d’anciens du RN.
par Marine Turchi
Journal
L’animateur de CNews Jean-Marc Morandini condamné à un an de prison avec sursis pour corruption de mineurs
Jugé pour corruption de mineurs sur deux jeunes de 15 ans et un autre de 16 ans, l’animateur de CNews a été condamné lundi à un an de prison avec sursis.  
par David Perrotin
Journal — Justice
Barbouzes du PSG : la police sur la piste d’une tentative de chantage à 100 millions d’euros
Le lobbyiste Tayeb Benabderrahmane, détenu à Doha en 2020 après avoir obtenu des documents confidentiels appartenant au patron du Paris Saint-Germain, aurait souhaité par la suite réclamer 100 millions d’euros à l’émirat du Qatar, propriétaire du club, selon un document confidentiel. Il dément formellement.
par Yann Philippin

La sélection du Club

Billet de blog
À Brioude, itinéraire d'une entreprise (presque) autonome en énergie
CN Industrie vit en grande partie grâce à l'électricité produit par ses panneaux solaires. Son modèle énergétique est un bon éclairage de ce que pourrait être un avenir largement éclairé par les énergies renouvelables. Rencontre avec son patron précurseur, Clément Neyrial.
par Frédéric Denhez
Billet de blog
L’électricité, un bien commun dans les mains du marché
Le 29 août dernier, le sénateur communiste Fabien Gay laisse exploser sa colère sur la libéralisation du marché de l’électricité : « Ce sont des requins et dès qu’ils peuvent se goinfrer, ils le font sur notre dos ! ». Cette scène témoigne d’une colère partagée par bon nombre de citoyens. Comment un bien commun se retrouve aux mains du marché ?
par maxime.tallant
Billet de blog
Les coupures d'électricité non ciblées, ce sont les inégalités aggravées
Le gouvernement prévoit de possibles coupures d'électricité cet hiver : j'ai vraiment hâte de voir comment seront justifiées l'annulation de trains et la fermeture d'écoles pendant que les remontées mécaniques de Megève ou Courchevel continueront à fonctionner. Non ciblées sur les activités « non essentielles », ces coupures d'électricité pourraient aggraver les inégalités.
par Maxime Combes
Billet de blog
Nationalisation d’EDF : un atout pour la France ?
Le jeudi 24 novembre, c’est dans un contexte bien particulier que le nouveau PDG d’EDF Luc Rémont prend ses fonctions. De lourds dossiers sont sur la table : renationalisation du groupe, relance du parc nucléaire et des renouvelables, négociation avec Bruxelles sur les règles du marché de l’électricité et gestion de la production avant les trois mois d’hiver.
par Bernard Drouère