Assia Boudhar
Journaliste étudiante en formation au CELSA
Abonné·e de Mediapart

3 Billets

0 Édition

Billet de blog 25 mars 2020

Au Royaume-Uni, le Covid-19 comme révélateur des inégalités du système académique.

L'annonce vendredi dernier de l'annulation des épreuves du baccalauréat par le ministre de l'éducation britannique Gavin Williamson laisse présager leur remplacement par la reconnaissance des "notes supposées". Une pratique contestée qui a fait l'objet de plusieurs études mettant en évidence un "biais racial" éducatif qui tend à désavantager les élèves issus de minorités ethniques au Royaume-Uni.

Assia Boudhar
Journaliste étudiante en formation au CELSA
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En marge d’une série de mesures visant à restreindre les risques de propagation du virus Covid-19, le ministre de l’éducation britannique, Gavin Williamson, a annoncé vendredi dernier l’annulation des épreuves des GCSEs (brevet des collèges) et des A-Levels (épreuve délivrant l’équivalent du baccalauréat) au Royaume-Uni pour l’année 2020.

En lieu de ces épreuves, le département de l’éducation britannique a annoncé qu’il travaillerait en étroite relation avec l’organisme gouvernemental Ofqual (Office of Qualifications and Examinations Regulation), principal régulateur des examens au Royaume-Uni, afin de substituer le système des « predicted grades » aux examens finaux sanctionnant l’entrée des jeunes lycéens britanniques dans le supérieur.

Les « predicted grades » ou « notes supposées », sont calculées tout au long du lycée, sur la base des performances en contrôle continu ainsi que des notes obtenues lors des épreuves de baccalauréat blanc de chaque élève. Pratique courante au Royaume-Uni, ce système de notation présente deux failles majeures qui avaient déjà fait l'objet d'un rapport d'étude en 2016.

Le rapport en question, réalisé par l'institut de l'éducation de l’Université College de Londres (UCL), s'était basé sur les données des utilisateurs de la plateforme UCAS ("Parcoursup" britannique) qui recense les notes et affecte les vœux des lycéens britanniques lors de leur passage dans le secondaire.

C'est sur la base de ces données, recueillies de 2013 à 2015, que l'étude de UCL a été en mesure d'illustrer deux tendances : seulement 16% des "notes supposées" se révèlent correctes, et ces divergences entre notes supposées et notes obtenues affectent différemment les élèves en fonction de leur classe sociale et ethnicité.

© Luke MacGregor

Ainsi, tandis que le système des "notes supposées" avait tendance à surnoter les candidats dans l'ensemble, il opérait une distinction entre élèves issus du privé (public school) et élèves issues des écoles publiques (state-school). Cette dernière catégorie, concentrant les classes les plus pauvres, était la plus exposée aux sous-notations, les notes les plus basses étant attribuées aux élèves issus de minorités ethniques au sein même de cette catégorie. 

Si elles se voient définitivement appliquées par le gouvernement britannique, ces mesures pourraient exacerber le manque de représentation des minorités ethniques dans le système académique britannique, dont la situation actuelle est déjà alarmante.

En 2019, la professeure Kalwant Bhopal, spécialiste du sujet, avait présenté les résultats de son étude à la London School of Economics (LSE), laquelle faisait état, dès lors, de seulement 3 Vice-Chanceliers d'université et de 86 professeurs noirs recensés dans l'ensemble du Royaume-Uni, soit moins de 1% (0,8%) du corps académique britannique. 

En février 2020, et bien que le recrutement académique ne cesse d'augmenter, le nombre de professeurs noirs présents sur le territoire britannique s'estimait à 140 titulaires parmi quelques 21 000 professeurs, soit 0,7% (étude de la Higher Education Statistics Agency (Hesa), février 2020).

La représentation des minorités ethniques dans l'académie britannique étant conditionnée par leur représentation dès le cycle secondaire, elle même dépendante des résultats du A-Levels, suggère que de telles mesures engageraient un déclin d'une diversité ethnique et sociale déjà fragile au sein des universités britanniques. 

L’auteur n’a pas autorisé les commentaires sur ce billet

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Justice
À Rennes, la justice malmenée
En pleine mobilisation du monde judiciaire, des magistrats rennais racontent leurs désillusions et leurs regrets face à leurs propres insuffisances. Cernés par les priorités contradictoires, ils examinent chaque dossier en gardant un œil sur la montre. 
par Camille Polloni
Journal
Hôpital : « On prêche dans le désert, personne ne nous entend »
Les hospitaliers ont, une fois encore, tenté d’alerter sur les fermetures de lits, de services d’urgence, la dégradation continue des conditions de travail, leur épuisement et la qualité des soins menacée. Mais leurs manifestations, partout en France samedi, sont restées clairsemées.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Valérie Pécresse, l’espoir inattendu de la droite
La présidente de la région Île-de-France a remporté le second tour du congrès organisé par Les Républicains, en devançant nettement Éric Ciotti. Désormais candidate de son camp, elle devra résoudre l’équation de son positionnement face à Emmanuel Macron.
par Ilyes Ramdani
Journal — Extrême droite
Chez Éric Zemmour, un fascisme empreint de néolibéralisme
Le candidat d’extrême droite ne manque aucune occasion de fustiger le libéralisme. Mais les liens entre sa vision du monde et la pensée historique du néolibéralisme, à commencer par celle de Hayek, sont évidents.
par Romaric Godin

La sélection du Club

Billet de blog
J'aurais dû m'appeler Aïcha VS Corinne, chronique de l'assimilation en milieu hostile
« J’aurai dû m’appeler Aïcha » est le titre de la conférence gesticulée de Nadège De Vaulx. Elle y porte un regard sur les questions d’identité, de racisme à travers son expérience de vie ! Je propose d'en présenter les grands traits, et à l’appui d’éléments de contexte de pointer les réalités et les travers du fameux « modèle républicain d’intégration ».
par mustapha boudjemai
Billet de blog
Ah, « Le passé » !
Dans « Le passé », Julien Gosselin circule pour la première fois dans l’œuvre d’un écrivain d’un autre temps, le russe Léonid Andréïev. Il s’y sent bien, les comédiens fidèles de sa compagnie aussi, le théâtre tire grand profit des 4h30 de ce voyage dans ses malles aérées d’aujourd’hui.Aaaaah!
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
« Une autre vie est possible », d’Olga Duhamel-Noyer. Poings levés & idéaux perdus
« La grandeur des idées versus les démons du quotidien, la panique, l'impuissance d’une femme devant un bras masculin, ivre de lui-même, qui prend son élan »
par Frederic L'Helgoualch
Billet de blog
Sénèque juste avant la fin du monde (ou presque)
Vincent Menjou-Cortès et la compagnie Salut Martine s'emparent des tragédies de Sénèque qu'ils propulsent dans le futur, à la veille de la fin du monde pour conter par bribes un huis clos dans lequel quatre personnages reclus n’en finissent pas d’attendre la mort. « L'injustice des rêves », farce d'anticipation à l’issue inévitablement tragique, observe le monde s'entretuer.
par guillaume lasserre