Au Royaume-Uni, le Covid-19 comme révélateur des inégalités du système académique.

L'annonce vendredi dernier de l'annulation des épreuves du baccalauréat par le ministre de l'éducation britannique Gavin Williamson laisse présager leur remplacement par la reconnaissance des "notes supposées". Une pratique contestée qui a fait l'objet de plusieurs études mettant en évidence un "biais racial" éducatif qui tend à désavantager les élèves issus de minorités ethniques au Royaume-Uni.

En marge d’une série de mesures visant à restreindre les risques de propagation du virus Covid-19, le ministre de l’éducation britannique, Gavin Williamson, a annoncé vendredi dernier l’annulation des épreuves des GCSEs (brevet des collèges) et des A-Levels (épreuve délivrant l’équivalent du baccalauréat) au Royaume-Uni pour l’année 2020.

En lieu de ces épreuves, le département de l’éducation britannique a annoncé qu’il travaillerait en étroite relation avec l’organisme gouvernemental Ofqual (Office of Qualifications and Examinations Regulation), principal régulateur des examens au Royaume-Uni, afin de substituer le système des « predicted grades » aux examens finaux sanctionnant l’entrée des jeunes lycéens britanniques dans le supérieur.

Les « predicted grades » ou « notes supposées », sont calculées tout au long du lycée, sur la base des performances en contrôle continu ainsi que des notes obtenues lors des épreuves de baccalauréat blanc de chaque élève. Pratique courante au Royaume-Uni, ce système de notation présente deux failles majeures qui avaient déjà fait l'objet d'un rapport d'étude en 2016.

Le rapport en question, réalisé par l'institut de l'éducation de l’Université College de Londres (UCL), s'était basé sur les données des utilisateurs de la plateforme UCAS ("Parcoursup" britannique) qui recense les notes et affecte les vœux des lycéens britanniques lors de leur passage dans le secondaire.

C'est sur la base de ces données, recueillies de 2013 à 2015, que l'étude de UCL a été en mesure d'illustrer deux tendances : seulement 16% des "notes supposées" se révèlent correctes, et ces divergences entre notes supposées et notes obtenues affectent différemment les élèves en fonction de leur classe sociale et ethnicité.

 © Luke MacGregor © Luke MacGregor

Ainsi, tandis que le système des "notes supposées" avait tendance à surnoter les candidats dans l'ensemble, il opérait une distinction entre élèves issus du privé (public school) et élèves issues des écoles publiques (state-school). Cette dernière catégorie, concentrant les classes les plus pauvres, était la plus exposée aux sous-notations, les notes les plus basses étant attribuées aux élèves issus de minorités ethniques au sein même de cette catégorie. 

Si elles se voient définitivement appliquées par le gouvernement britannique, ces mesures pourraient exacerber le manque de représentation des minorités ethniques dans le système académique britannique, dont la situation actuelle est déjà alarmante.

En 2019, la professeure Kalwant Bhopal, spécialiste du sujet, avait présenté les résultats de son étude à la London School of Economics (LSE), laquelle faisait état, dès lors, de seulement 3 Vice-Chanceliers d'université et de 86 professeurs noirs recensés dans l'ensemble du Royaume-Uni, soit moins de 1% (0,8%) du corps académique britannique. 

En février 2020, et bien que le recrutement académique ne cesse d'augmenter, le nombre de professeurs noirs présents sur le territoire britannique s'estimait à 140 titulaires parmi quelques 21 000 professeurs, soit 0,7% (étude de la Higher Education Statistics Agency (Hesa), février 2020).

La représentation des minorités ethniques dans l'académie britannique étant conditionnée par leur représentation dès le cycle secondaire, elle même dépendante des résultats du A-Levels, suggère que de telles mesures engageraient un déclin d'une diversité ethnique et sociale déjà fragile au sein des universités britanniques. 

 

 

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