Un Mémorial pour le génocide cambodgien ?

Peut-on imaginer, au regard des importantes commémorations actuelles et internationales qu'il n'y ait toujours pas de Mémorial au Cambodge pour commémorer les quelques 2 millons de victimes du régime de Pol Pot ? Peut-on imaginer qu'en 2015, date "anniversaire" des 40 ans de la Chute de Phnom Penh le 17 avril 1975 et du commencement du génocide par les Khmers Rouges, il n'y ait toujours pas un seul monument ou une seule oeuvre qui viennent rappeler à la mémoire des cambodgiens et à la mémoire internationale cette tragédie de la fin du XXe siècle ? 

L'association Anou'savry Thom (que l'on pourrait traduire du Khmer par "La Grande Mémoire") a été créée en France en Mai 2014. Elle a pour vocation de suivre et de soutenir l'artiste Séra Ing dans sa réalisation du futur Mémorial à Phnom Penh. 

Séra Ing est un artiste franco-cambodgien né en 1961 à Phnom Penh, il est auteur de bandes dessinées, peintre et sculpteur. Il publie notamment en 2005 et en 2007 deux oeuvres importantes sur le génocide cambodgien en bande dessinée, L'eau et la terre (préfacée par Rithy Panh) et Lendemains de cendres (préfacée par Bernard Kouchner). 

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C’est en avril 1975 qu’il voit sa vie bouleversée en assistant à la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges. Il a 13 ans. Alors qu’avec sa famille ils trouvent un ultime refuge dans l’enceinte de l’ambassade de France, des milliers d’autres entament leur long périple vers un avenir incertain et souvent tragique dans les campagnes du nord du Cambodge. Sa famille sera expulsée du pays à l’exception de son père, qui, contraint de rester au Cambodge sera victime des Khmers rouges comme près de deux millions de ses compatriotes.

Depuis, Séra porte intimement en lui l’histoire de la tragédie cambodgienne et 40 ans après ces événements, va réaliser, sculpter et ériger devant l’ambassade de France un Mémorial sculptural et monumental consacré « À ceux qui ne sont plus là ».

L'intention principale de ce projet est d’offrir à la ville de Phnom Penh et à ses habitants un mémorial qui sera la première commémoration dans l’espace public et qui s'inscrira dans les événements commémoratifs de l'année 2015. 

Cette œuvre, conçue comme un « lieu de mémoire » et de recueillement pour tous ceux qui souhaitent honorer leurs disparus, sera inaugurée dans la ville de Phnom Penh le 17 avril 2015 prochain et constituera un événement historique au Cambodge. Il rendra hommage aux victimes afin que nul n’oublie cet épisode inaugural du génocide cambodgien. Plutôt que de réitérer l’horreur de ces jours sombres, ce mémorial invitera le passant à la compassion. L’artiste aspire à ce que le monument procure un sentiment d’empathie profonde et de réconciliation; une invitation à faire la paix avec soi-même et à se tourner vers un futur plus serein sans jamais oublier le passé.

Sculptures miniatures du futur Mémorial

Le Mémorial est notablement reconnu par le CETC (Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens) comme une réparation officielle pour les victimes des Khmers rouges. Cette initiative répond à l’attente des parties civiles au procès des dirigeants Khmers rouges actuellement en cours, et des nombreux groupes internationaux œuvrant pour la justice.

Ce projet est mis en œuvre par l’artiste en partenariat avec l'associations Anou’savry Thom en France et Anvaya au Cambodge. Il bénéficie d’ores et déjà du soutien du Ministère des Affaires Étrangères, de l’Ambassade de France et de l’Institut Français à Phnom Penh.

Pour finaliser ce projet d’envergure, une levée de fonds publique via un financement participatif sur le site www.kickstarter.com vient d'être lancée (vous trouverez sur ce site des informations complémentaires et une vidéo de présentation). 

Vous pouvez nous aider à finaliser et à rendre ce projet possible !

 

Sur ce blog, nous publierons des informations et des actualités relatives au projet du Mémorial et à sa réalisation. 

 

Le site officiel du Mémorial : www.cambodiantragedymemorial.com

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