Le JOURNAL de PAULETTE n°1 – 20110927
PAULETTE a quitté le Grand Conseil de la Tribu, mais elle demeure attentive, aux évolutions financières bien sûr, qui l’ont amenée à démissionner
mais aussi aux petits et grands événements.
Elle est en vacances en Grèce, pour un repos bien mérité après ces dures épreuves.
Le SMS d’Isabot l’a replongée dans le marigot !
« Dans quelques semaines, on ne parlera plus du Culturiste. Qu’aurait-il été sans moi après tout ? J’étais sa part de féminité, sa muse, il l’a reconnu le soir de mon sacre. Un brave type, au fond, mais un peu limité. Moi, je me suffirai à moi-même ! »
C’est ça, pensa Paulette, elle était suffisante.
Isabot rêvait de cette promotion d’adjointe,
reconnaissance sociale, familiale, nationale presque, pour elle qui avait peu réussi professionnellement et que tous tenaient pour quantité négligeable.
Isabot avait peiné sous les ordres du Culturiste, et elle avait raconté à Paulette ses nuits dans les dictionnaires et les anthologies de la bibliothèque municipale pour comprendre ce qu’il disait.
Mais maintenant, elle avait atteint son but, obtenu son bâton de maréchale, emprunté la voie royale qui mène à la Décoration (celle qu’on porte, et plus celle qu’elle avait tenté d’exercer !)
Isabot avait confié à Paulette sa longue et soigneuse préparation, la taille de ses crayons de couleurs et le coloriage de ses livres de bibliothèque ; elle était prête !
Elle caressait même l’idée d’une exposition sur Bécassine, personnage en B, c’est important, injustement galvaudé, dont elle partageait le bon sens et le devoir.
Lorsque le grand jour arriva devant le Conseil de la Tribu,
Isabot fut adoubée, dotée de l’écharpe tricolore, sanctifiée aux yeux de tous et de sa famille réunie pour l’applaudir.
Le bonheur se lisait sur son visage .
Paulette soupira et regarda la mer en pensant à Baudelaire.
Sa liberté, elle l’avait gagnée !
Ce qui va marquer le Grand Conseil les prochains jours et au plus tard la session d’octobre, c’est le choix de son successeur, après les refus de ses (anciens) collègues sollicités.
La situation financière est inextricable, et son Maire ne semble pas s’en soucier.
Est-il seulement conscient ? Après le départ de quatre adjoints, dont le Premier, et surtout d’elle, Paulette, le Maire doit donner un signal fort !
Son ami Bernard Dupondt l’avait prévenue avant son départ : Sa banque est prise dans les prêts toxiques et va devoir céder prés de 100 milliards d’actifs "Les taux d'intérêts étant très bas (outre les toxiques), il faut mettre d'avantage d'actifs en collatéral (garantie fournie par le débiteur à son créancier) et ce besoin (en financement) atteint 100 milliards d'euros"
Cette cession pourrait coûter très cher à sa banque, peut-être jusqu’à son indépendance, et son successeur devra gérer le « collatéral »
« Bonnes vacances en Grèce », avait-il ajouté avec un soupir d’envie.
Paulette a une pensée pour l’équipe précédente, ils disaient n’importe quoi, certes, mais au fond leur compétence est un regret : ni emprunts toxiques, ni risques collatéraux ; mais depuis beaucoup d’emprunts avaient été renégociés par Paulette….
Une pensée pour le Pow Wow central, englué dans plus de 120 millions d’emprunts structurés et un surcoût de plus de 7 millions lit-elle dans la presse. Des emprunts contractés alors que le grand Sachem le dirigeait et que son Maire était aux finances.
Qui prendra cette patate chaude ?
Quel inconscient acceptera le poste suicide de grand argentier ?
Paulette a lu dans la presse les résultats des élections du Conseil des Sages.
C’est vraiment surprenant !
Les amis de son Maire subissent des revers étonnants :
La liste avec Augias, bien sûr ( !) mais aussi celle d’André Squali, qui réunissait pourtant le gratin du coin et finissait quatrième.
Paulette pensait aux règlements de comptes à venir : C’est difficile de jongler sur un fil !