REMPLACER LA FILIERE NUCLEAIRE

 

Le cerveau d’une nation doit être capable d'évoluer aussi vite que l'environnement. Quand il ne le fait pas, la nation est en danger. François Roddier “Thermodynamique de l'évolution”

 

L’énergie nucléaire de fission représente un paradigme dans l'utilisation de l’énergie par l'homme. Auparavant, toutes les énergies que nous utilisions provenaient du soleil, essentiellement à travers la photosynthèse des végétaux et des phytoplanctons nécessaires à l'alimentation des animaux et de l'homme pour produire leur propre énergie.

Les énergies fossiles, que nous utilisons aujourd'hui, ne sont que de l’énergie solaire ancienne, végétale ou animale, transformée par enfouissement géologique.

 

Avec l’énergie nucléaire de fission, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, un nouveau mode de production d’énergie a été inventé; sa puissance n'avait jamais été expérimentée par l'homme. Malheureusement, elle fut démontrée pour la première fois à Hiroshima et Nagasaki.

Depuis, grâce à une certaine domestication de cette énergie, plusieurs centaines de réacteurs nucléaires dans le monde produisent l’électricité pour des millions de personnes. Néanmoins,nous connaissons les effets mortifères de notre découverte : si le nucléaire de fission produit des Gigawatts d’énergie électrique, il produit aussi des tonnes d’éléments radioactifs dont il faut se protéger.

Un risque d'autant plus dangereux que, pour certains d'entre eux, la radioactivité de ces éléments persiste des milliers d’années, dans l’atmosphère, les océans et sur terre, et entrent dans la biosphère.

Les accidents de centrales nucléaires sont toujours le résultat d'erreurs humaines car nous sommes les seuls responsables dans la conception des réacteurs : le choix de leur emplacement, leur mode de construction, leur exploitation et finalement leur démantèlement. Il ne peut en être autrement car ce n'est pas la nature qui est responsable de leur existence.

Ces erreurs et accidents deviennent d'autant plus fréquents que les contraintes économiques de rentabilité et de profit s'appliquent dans ce domaine comme dans le reste de la société.

Nous avons donc la responsabilité de protéger de la radioactivité que nous produisons aujourd’hui, non seulement nos contemporains et l'ensemble de notre écosystème,mais également les générations à venir.

La seule solution que nous connaissons pour le moment, est de stocker les matériaux radioactifs dans des couches géologiques profondes, en souhaitant que personne n'y soit exposé pour des millénaires.

Continuer à construire ces réacteurs va produire de plus en plus de déchets radioactifs tout en augmentant les risques d'accidents graves pouvant affecter la vie sur la planète.

Il faut donc, dès maintenant, inventer de nouvelles énergies pour remplacer  la filière nucléaire qui est devenue incontrôlable technologiquement et économiquement tout en remplaçant ces énergies fossiles qui s'épuisent et polluent l'atmosphère et les océans.

Nous avons besoin d'un nouveau paradigme pour l’énergie.

 

LA FUSION CHAUDE

La recherche officielle, la plus subventionnée par les gouvernements, pour développer une nouvelle ressource énergétique est celle de la fusion nucléaire. Il s’agit de reproduire sur terre les conditions dans lesquelles le soleil tire son énergie : la fusion des atomes d'hydrogène, à des pressions et températures extrêmes atteignant des millions de degrés. Jusqu'à présent, malgré des milliards d'euros dépensés dans cette recherche, dont le réacteur expérimental ITER actuellement en construction en France et qui en est le symbole, la production d'énergie par « fusion nucléaire chaude » rencontre beaucoup trop de problèmes techniques pour qu'elle soit mise en application dans les prochaines années.

 

LES ÉNERGIES RENOUVELABLES

Plus prometteuses et déjà couramment utilisées sont les énergies éolienne et photo-voltaïque, connues sous le terme d’ Énergies Renouvelables. Elles  ont le désavantage de ne pas être toujours disponibles (absence de vent ou de soleil dans l’espace et dans le temps) et leur puissance n’est pas suffisante pour alimenter de larges complexes industriels. Elles peuvent néanmoins être installées,d’une manière décentralisée,pour alimenter électriquement des habitations et des petites industries en utilisant des batteries, ou en parallèle avec d’autres énergies domestiques, notamment le gaz naturel,dans des systèmes dits de cogénération. C’est une des solutions choisies par l’Allemagne pour remplacer sa filière nucléaire.

 

LA FUSION FROIDE

Un nouveau champs expérimental dans le domaine énergétique a été exploré pour la première fois, il y a près de 25 ans, par deux électro-chimistes Martin Fleischmann et Stanley Pons ; leur expérience d’électrolyse de l'eau lourde avec une électrode en Palladium – un métal qui absorbe de large quantités d’hydrogène durant l’électrolyse – produisait, de temps à autre, un flux de chaleur si important que les deux chercheurs ont conclu qu'une réaction nucléaire en était responsable. Ce champs de recherche a été nommé alors « Fusion Froide » car le phénomène apparaissait à température ambiante. Les conditions de la fusion froide, ne pouvaient pas être partagées par les tenants de la physique nucléaire officielle, notamment par les physiciens travaillant dans la fusion chaude: pour ces derniers, il n’était pas pensable de produire une fusion de noyaux atomiques sans hautes températures et aussi sans radiations. Le résultat et la conclusion des deux chercheurs ont été rejetés : Fleischmann et Pons ont été traités d’incompétents et même de fraudeurs. La recherche en fusion froide a été bannie par la hiérarchie scientifique officielle.

Il semble opportun de faire le parallèle avec Louis Pasteur qui, en son temps, avait été attaqué pour ses recherches en microbiologie et vaccination (qui ont sauvé d'innombrables vies) parce qu’il était chimiste et non médecin.

Malgré de multiples obstacles scientifiques, techniques et hiérarchiques, Fleischmann et Pons ont continué leurs travaux, notamment en France, et de multiples expériences ont prouvé le phénomène sans être pour autant reconnues par la science officielle.

Aujourd’hui, il n’y a plus de doute sur l’existence de ce  phénomène même s’il n’est pas encore scientifiquement expliqué.

Plusieurs laboratoires travaillent et publient leurs expériences de fusion froide. Citons :  Toyota, Mitsubishi, Elforsk (Suede) ; aux États-Unis : NASA, DARPA, SPAWAR, SRI, MIT ; universités en Italie,en Chine et en Russie ; le CNAM en France.

Parmi ces expérimentateurs,se trouve l’italien Andrea Rossi, qui va probablement être le premier à commercialiser un réacteur de fusion froide : le E-Cat (Pour Énergie Catalyseur).

A l’origine, Rossi a travaillé avec l’université de Bologne. Il est maintenant installé aux États Unis où il a vendu son brevet à une compagnie américaine : Industrial Heat. Le système qu’il a inventé, appelé E-Cat ou Hot-Cat, utilise de l'hydrogène et du Nickel, qui, sous certaines conditions de température et de catalyse, produisent une quantité d'énergie très supérieure en puissance à celle d’une énergie chimique. Cette fusion froide est équivalente à celle d’une réaction nucléaire mais sans produire de radiations dangereuses ou d'éléments radioactifs.

Le réacteur E-Cat est compact et semble simple à construire. Les éléments du « fuel » (Hydrogène et Nickel) sont utilisés en très faible quantités dans le E-Cat et sont, par ailleurs,abondants sur terre et peu chers.

Du fait de sa simplicité et de sa taille modeste, on peut imaginer que ce type de réacteur pourrait être installé localement et économiquement, sans coût de transport pour l’énergie produite, et en toute sécurité.

Le E-Cat, dont Rossi a présenté le prototype pour la première fois en 2011, a été testé en 2013 par une équipe internationale de physiciens, chimistes et professeurs d'université suédois et italiens. Un premier rapport scientifique sur le E-Cat a été publié : il peut être consulté ici. Un second test, qui a duré plus de 6 mois et sur un site indépendant, ses résultats sont en cours d’examen par un comité scientifique, pour être publiés dans une revue.

Si ce test est positif, on peut espérer qu’il ouvrira une nouvelle ère dans l’utilisation de l'énergie par l'homme et aura une influence déterminante sur l'économie et la société. Ce que nous en ferons est la responsabilité de nous tous.

MISE A JOUR 8/10/2014 : Le rapport du second test effectué par les mêmes chercheurs,confirme et complète leur précédent résultats: Le E-Cat de Rossi produit une énergie bien plus puissante que celle d'aucune réaction chimique connue. Les chercheurs ont aussi mis en évidence la nature nucléaire de la réaction par une analyse des produits après test. Comme précédemment aucune radioactivité n'a été détectée. Basé sur ces tests on attend - impatiemment - la sortie sur le marché du premier réacteur de 1 Mégawatt dont un prototype a été installé dans une usine.

Voir: http://blogs.mediapart.fr/blog/atanguy/081014/second-test-de-fusion-froide-par-un-groupe-de-scientifiques-independants

MISE A   JOUR#2 3 Fevrier 2015 Un professeur de physique Russe,Alexander Parkhomov a, à son tour,confirmé la démonstration de fusion froide de Rossi dans son laboratoire de Moscou Lomonosov Moscow State University

Rapport de test en russe: <a href="https://docviewer.yandex.com/?url=ya-disk-public%3A%2F%2FymuhQkXSD6eVmYUi1bHP87eU8G5wmG0yyk9iMhKEiyo%3D&name=29_01_2015_%D0%A0%D0%A3%D0%94%D0%9D_%D0%9F%D0%B0%D1%80%D1%85%D0%BE%D0%BC%D0%BE%D0%B2_%D0%90%D0%BD%D0%B0%D0%BB%D0%BE%D0%B3%D0%A0%D0%BE%D1%81%D1%81%D0%B83.pdf&c=54d1b595cf09"> ici</a>

En anglais: https://www.scribd.com/doc/254323365/ParkhomovPaper-20150129-English

 MISE A JOUR #3 16/4/2015 Le consortium AIRBUS, en Allemagne, a annonce ses propres recherches en fusion froide. Voir cet artile sur Les echos: http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-130954-nickel-et-fusion-froide-lenrg-1109481.php

Liens à consulter:

Jean-Paul Bibérian autour du thème : La fusion froide Interviez à partir de 55:05

« La fusion dans tous ses états » par Jean-Paul Bibérian - Livre en français

« An impossible invention » par Mats Lewan - Livre en anglais

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