BONN : UN TAXIEUR ALGERIEN

Bonn - Allemagne - 1997 : en cette année , je me trouvais dans l'ancienne capitale de la RFA , à bord d'un taxi conduit par un Algérien .Je ne le connaissais pas , mais un ami commun l'avait joint par téléphone , pour me conduire un peu partout à Bonn et " veiller" , en quelque sorte , sur ma personne .
J'étais en pleine campagne électorale , en tant que candidat aux législatives algériennes . Je représentais , à cette occasion, l'ANR (alliance nationale républicaine ) , parti politique considéré à l'époque , parmi les partisans éradicateurs , dirigé par un ancien premier ministre , ministre et ambassadeur : Réda Malek .
Celui qui fut un des négociateurs d'Evian (Suisse) , ayant abouti à l'indépendance d'Algérie , vient ,d'ailleurs, de se retirer de toute activité politique , pour protester à sa manière , contre le manque d'innovation et d'ouverture du système politique algérien actuel ;
C'est lui qui fut également ,à l'origine du slogan " la peur doit changer de camp" ,brandi contre les terroristes. Et c'est lui , enfin , qui me reçut en son bureau , en présence de Ali Haroun , de l'ancien ministre de l'Intérieur : Sélim Saadi , et d'un avocat ,ancien directeur de l'administration générale à la présidence algérienne .
-êtes-vous prêt pour ce poste ,parce que les conditions s'y prêtent ? , me dit d'emblée Réda Malek , très élégant dans son costume gris-clair .
- Oui ! répondis-je
Cette visite à Alger intervient juste après l'assentiment officiel de mon dossier de candidature par le comité d'agréation établi à l'ambassade d'Algérie à Bonn ,avant qu'elle emménage à Berlin .
De retour en Belgique où je demeure , il fallait respecter un calendrier de réunions électorales , dont j'étais , à la fois , l'animateur et l'acteur principal. Je devais aller à la rencontre de mes compatriotes vivant à Londres , Göteborg , Stockholm , Uppsala , Genève , Milan , Alicante et Bonn .
Ainsi donc , je visitais Bonn , accompagné de mon ami le taxieur.Lors d'un petit déjeuner , nous devions discuter des endroits à explorer et débattre avec les membres de la communauté algérienne établie dans l'ex. RFA .
Au delà de cette ambiance électorale , mon ami m'apprit des choses que j'ignorais , alors que j'avais longuement bavardé avec des conseillers diplomatiques activant au sein de l'ambassade d'Algérie .
Il était question de la teneur d'affiches électorales accrochées au mur , dont la mienne : une photo en couleur sur fond jaune, accompagnée d'un texte de circonstance trilingue , résumant mes options politiques et de programme de travail en cas de réussite .
Mon ami le taxieur en fut averti . Il m'expliqua le malaise ressenti à l'intérieur du bâtiment officiel , et pour cause : un abandon .
Nous sommes en 1997 , cela faisait six mois ( 1996) que l'attaché militaire en titre auprès de l'ambassade avait déserté son poste , pour demander l'asile politique auprès des autorités allemandes .
J'avais complètement oublié l'élection législative pour laquelle je suis venu, écoutant attentivement ,les circonstances de cet évènement , dont mon interlocuteur semblait connaître les tenants et aboutissants , comme s'il cultivait une relation personnelle privilégiée avec l'officier en question .
- Tu te rends compte , c'est grave , me dit-il ,en me regardant fixement ; et de poursuivre " il a déserté en emportant avec lui tous les secrets d'Algérie ...
- Cette démarche a du être préparée à l'avance , lui dis-je
- Ah ! bien sûr , me répondit-il , et d'ajouter " il parait que sa relation avec l'ambassadeur Hanache était mauvaise ."
Curieux, je lui demande le nom de cet officier et de me répondre sèchement :
- Samraoui
Par ses révélations, mon ami le taxieur m'avait perdre le fil de mes pensées originelles et la raison de mon déplacement à Bonn.
Ce n'est que des années plus tard, que je découvris le détail de cette sordide affaire . Entre temps , je perdis cette élection , non pour n'avoir pas cru , ni animer plusieurs meetings à travers l'Europe ; mais tout simplement , le collègue de Samraoui , en Belgique, avait imposé un candidat sorti de sa poche : celui-là représentait un parti politique récent , qualifié à l'époque , de bébé...moustachu !

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