LES CONTRASTES D'UN ETE ALGERIEN -1

Un enfant d’Arris (les Aurès) m’a convaincu , Londres, de l’accompagner dans sa tournée familiale en Algérie . Il avait ses raisons : cela fait plus de dix ans qu’il n’y était pas parti .Il fallait ,pour cette fois, mettre le paquet en emmenant dans sa Jaguar , sa petite famille .

Durant quatre jours , au Nord de Londres, nous devions préparer ce voyage pour lequel , il était programmé que je me déplace plutôt que prévu , pour se retrouver ensemble , dans les Aurès ,et terminer le séjour au bord de l’eau , du côté de Bougie .

De retour à Londres , nous avons pu constater que le bilan de ce déplacement est globalement positif , même si , dans mon cas , les mouvements vers cette région ,sont plus fréquents par avion , que par bateau . Ma dernière traversée date de trois ans , jurant à chaque fois ,de ne plus y revenir à cause des tracas de l’administration portuaire ,aussi tatillonne , que incompétente pour accueillir les milliers de compatriotes algériens désireux de voir ou de revoir le pays .

Et quel pays !

D’année en année , ce n’est plus le même :amélioration dans certains cas .Aggravation dans d’autres :les images ,dans ces conditions ,contrastent selon que vous empruntez l’autoroute, inaugurée la veille par le Chef de l’Etat algérien ou que vous vous retrouviez au bord de l’eau, en short et bikini ,au milieu d’une foule de femmes habillées du haut de la tête aux pieds , avec la conviction de partager avec vous ,dans un cadre indescriptible, les eaux de la méditerranée -sud .

-LE BIJOU KABYLE-

Plus qu’une impression,la société algérienne semble s’islamiser profondément .Et pour oublier cette parcelle de plage encombrée ,physiquement et moralement ,il ne reste plus qu’à quitter cet espace algérois ,pour la Kabylie où l’air respiré est peut être plus frais ,même si l’anxiété est omniprésente .

Comme partout ailleurs , des gens veulent partir ailleurs ,bien que içi , ils reviennent plus souvent . Les traditions anciennes l’imposent et tout s’impose : à commencer par la fête annuelle du bijou kabyle organisée par les Ath Yenni. Pour cette raison , il faudra emprunter les quelques 30 km reliant cette localité à Tizi-Ouzou , en passant par Takhoukht ,réputée dans le temps,autant par la beauté de son paysage ,que par son barrage hydraulique que par ses …faux barrages …

C’est une route sinueuse qui vous emmène jusqu’au pont de croisement tenu par des équipes mixtes armée -gendarmerie . De là ,vous avez le choix entre Ath Yenni à gauche ,ou Boghni à droite .

Celle qui vous conduit aux Ath Yenni , comme tous les chemins de Kabylie ,ressemble à un serpentin : montante , escarpée , mais goudronnée jusqu’à son terme . Elle passe devant la maison de Mouloud Mammeri (Mouloud Nath Maamar).

Ce jour-là, on était arrivé à temps pour l’inauguration de la fête. Durant la journée , on a vite fait le tour de l’exposition des bijoux kabyles et de savoir que le corail de garnitures posait un problème d’approvisionnement . Plus grave , on nous a informé que des commerçants marocains ,hardis, se déplaçaient pour acheter les meilleures pièces revendues chez eux à des touristes américains ,prétextant ,au passage, qu’elles sont de fabrication locale…

-ASSI YOUCEF-

A cela s’ajoute ,une atmosphère d’étouffement qui oblige parfois les habitants à ne pas trop s’éloigner de leurs habitations .

A la vue des patriotes et des gendarmes accompagnant les autorités préfectorales ,cette impression de ne pas trop fréquenter les routes désertes ruinées par un soleil de plomb,est trop forte . Nous l’avions nous-mêmes ressenti au voyage du retour , craignant à chaque tournant , un …faux barrage à des endroits ayant déjà leur antécédent . C’était risqué , mais pouvait-on voir du pays sans oser cette confrontation éventuelle ?

Une semaine après , nous reprîmes le même trajet en direction ,cette fois-ci, de Boghni , Ath Mendès (le pays du grand chanteur Akli Yahiatène) et Assi Youcef ,qui vient de connaître un malheureux épilogue , par une intrusion criminelle ,à l’endroit appelé Azaghar : tard la nuit,plus de 50 terroristes dont certains en tenue de police nationale , se sont retrouvés à l’intérieur d’un bar pour racketter les clients , assassiner un gardien de prison , et kidnapper un jeune émigré , libéré depuis , après ,semble-t-il ,payement d’une rançon évaluée à plus de 200 millions …

C’est un acte aussi brutal ,que bestial et surtout exceptionnel : mes amis d’Assi Youcef, village situé au pied du mont prestigieux du Djurdjura , restent perplexes .

-Une Kabylie diabolisée-

Très souvent, ils étaient témoins de ces visites ,nocturnes ou diurnes ,de terroristes qui venaient s’approvisionner en ville , sans jamais oser toucher les cheveux d’un seul habitant d’Assi Youcef , quand bien même ,il porterait une bouteille de vin à sa bouche …

Que s’est-il passé à Azaghar récemment ? Les habitants se posent la question dans un climat devenu malsain .L’air commence à devenir irrespirable .

Pour nous ,il fallait quitter ,à contre coeur, cette belle contrée avant 18h pour rejoindre la ville des Genêts (Tizi-Ouzou) .

( à suivre )

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.