Quel rôle pour l’enseignement dans la transition écologique?Le cas des DUT tertiaires

L'Atécopol mène depuis sa création une réflexion sur le rôle de la recherche scientifique dans la crise écologique. Le texte suivant ouvre pour sa part un questionnement sur un secteur indissociable : l'enseignement. Centré sur le cas des IUT de gestion, il pourra néanmoins intéresser tous les enseignants qui souhaitent comprendre le lien entre notre organisation sociale et l’écocide en cours.

Les bouleversements écologiques en cours sont aujourd’hui largement documentés dans la littérature scientifique. Le grand public connaît également la situation et l’ampleur de sa gravité : changement climatique, extinction massive des espèces, acidification des océans, pollution de l’air et des sols, baisse des rendements agricoles, raréfaction des ressources minières, stress hydrique et alimentaire dans de nombreuses régions du monde, etc.

L’objet de ce texte n’est donc pas de revenir sur ces constats, mais plutôt de se demander le rôle que peut jouer l’enseignement public dans la prise en charge de ces enjeux. En effet, les écoles, les collèges et lycées, les universités et IUT, en tant qu’organismes publics de formation, doivent aligner leurs contenus pédagogiques avec les engagements institutionnels. Le gouvernement français s’est inscrit dans une optique de transition écologique à travers plusieurs mécanismes : les Accords de Paris, le cadre européen énergie-climat, la loi de transition énergétique et la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) [1] pour ne citer que les plus importants. Ces engagements sont d’une très grande ampleur : respecter les Accords de Paris implique globalement de baisser nos émissions de gaz à effet de serre de 80 % d’ici à 2050. Dans un monde essentiellement construit sur l’usage massif des énergies fossiles, on comprend bien que ce changement ne se fera pas par quelques réformes sectorielles mais bien plutôt par une réorganisation profonde de notre société dans son ensemble. Les organismes publics de formation doivent donc réfléchir à la manière d’intégrer ces nouvelles perspectives. Or, il est parfois difficile, notamment pour certaines disciplines, de saisir le lien qu’elles peuvent avoir avec la transition écologique. Ainsi, beaucoup d’enseignants, pourtant convaincus de l’importance des enjeux écologiques, peuvent se demander en quoi leurs cours de français, de maths, ou de comptabilité pourraient ou non participer à l’établissement d’un monde durable. Par exemple, si l’on peut assez aisément imaginer comment un DUT Génie Civil peut traiter les questions de durabilité dans ses modules de construction ou de connaissance des matériaux, un BTS de gestion peut être plus perplexe quant à la manière de les intégrer à ses modules de comptabilité ou de droit.

Ce texte entend proposer des pistes de réflexion en ce sens. Il est construit en deux temps. La première partie expose de la manière la plus accessible possible les acquis de la recherche  académique sur les causes socio-politiques de la crise écologique. Comprendre les grands phénomènes sociaux qui conditionnent les dégradations environnementales devrait ainsi permettre d’envisager avec plus de clarté le rôle que peut jouer l’enseignement dans une transition écologique. La seconde partie du texte propose, sous forme de cas d’étude, d’examiner la manière dont les DUT tertiaires pourraient mobiliser ces connaissances pour réformer leurs programmes. L’auteur de ces lignes est enseignant-chercheur dans un DUT GACO (Gestion Administrative et Commerciale des Organisations), raison pour laquelle les réflexions porteront ici en particulier sur ce secteur d’enseignement [2] . Toutefois, celles-ci s’appliquent de manière très similaire à tous les enseignements en gestion, des CAP et BAC technologiques ou professionnels, aux BTS, IUT et grandes écoles comme Sciences Po ou HEC. Plus généralement, les considérations sur la question de la professionnalisation des élèves et étudiants devraient pouvoir alimenter la réflexion de nombreux autres secteurs.

Au final, ce document espère servir de base de réflexion à une refonte nécessaire des programmes pédagogiques en vue de les aligner avec l’horizon nécessaire d’une transition écologique réflexive et éclairée. La question qu’il pose est en fait la suivante : comment faire évoluer nos formations pour les transformer à hauteur de la responsabilité écologique qui nous incombe ?

Les grandes structures sociales aux origines des bouleversements écologiques

La littérature académique sur les bouleversements écologiques en cours se divise en deux champs : d’une part l’étude des phénomènes biophysiques qui caractérisent le changement climatique, l’épuisement des sols, la chute de biodiversité, etc., et d’autre part l’étude des organisations sociales humaines qui conditionnent le déroulement et l’ampleur de ces phénomènes.

Ce second champ d’analyse arrive globalement aux conclusions suivantes : l’ensemble des phénomènes qui constituent la crise écologique sont favorisés par le mode de vie occidental moderne, autrement dit par notre système économique croissantiste-productiviste, notre infrastructure socio-technique, et notre culture de la performance (« toujours plus, toujours plus vite, toujours plus grand, etc. »). Autrement dit, c’est notre organisation sociale dans son ensemble qui est à la racine de la plupart des catastrophes environnementales actuelles. Cette organisation peut être déclinée en quatre grands domaines : notre organisation économique, notre organisation technique, notre organisation spatiale, et enfin notre organisation imaginaire (notre « vision du monde » et de la « vie bonne »).

L’économie

Sur le plan économique, il faut enregistrer sans faux-semblants le fait suivant : une économie basée sur la croissance, la productivité et la compétitivité internationale est incompatible avec la gestion de la crise écologique, et notoirement avec le respect des Accords de Paris sur le climat. Nous ne prendrons pas le temps de détailler ce point [3] car aujourd’hui les recherches en économie sont plus que convaincantes : notre croissance économique n’est pas, et ne sera jamais, soutenable pour la raison que l’on ne peut pas découpler suffisamment croissance et consommation énergétique [4] . Cette observation est simple et nous impose une attitude réaliste et pragmatique : nous ne pouvons pas feindre de croire aux promesses du « développement durable », de la « croissance verte » ou de la « finance responsable ». Cela signifie que si notre société entend prendre sérieusement en charge les enjeux écologiques, le dogme de la croissance doit être laissé dans les cartons de l’histoire, au profit de formes économiques différentes : moins concurrentielles, moins basées sur des indicateurs de performance financière, moins basées sur la productivité, moins basées sur la valeur d’échange, moins internationalisées, etc. Il s’agit là à la fois d’un enjeu terriblement complexe et tout à fait crucial. Complexe d’abord parce que l’économisme est devenu l’horizon indépassable de notre temps [5] : pour une multitude de raisons, il nous est aujourd’hui quasiment impossible de penser notre société en dehors d’un raisonnement économique classique (rentabilité, chômage, croissance, compétitivité, innovation, internationalisation, etc.). Mais le dépassement de ces œillères est un enjeu crucial car c’est justement notre infrastructure économique qui rend toujours insuffisantes, voire contreproductives, les tentatives d’intégration du souci environnemental : une agriculture responsable en France n’est pas viable sur le marché économique mondial, une voiture « bas carbone » est insoutenable si elle doit faire rouler 5 milliards d’automobilistes comme un américain moyen, la « dématérialisation » numérique est une vaste fumisterie si elle conduit à faire exploser la consommation électrique et à se payer au prix d’un dumping social et environnemental faramineux dans les pays où se déroule l’exploitation minière [6] , etc. Aucune véritable transition écologique ne sera possible sans désincarcérer tout un pan de nos activités essentielles (agriculture, santé, construction, éducation, loisirs, etc.) de la logique croissantiste-productiviste. Nous ne baisserons pas notre consommation énergétique de 80 % d’ici à 2050 [7] sans nous engager au moins en partie dans une autre organisation économique. Il s’agit là d’un fait élémentaire qu’il nous faut reconnaître sans déni ni fatalisme. Qu’il soit immensément difficile d’entrevoir la façon de sortir de ce système économique ne doit empêcher ni d’en parler, ni de chercher et de valoriser des alternatives. Par exemple, de nombreuses pistes extrêmement stimulantes existent : l’économie de la fonctionnalité, la gestion des communs, les mutuelles et les coopératives, le revenu inconditionnel, la sécurité sociale alimentaire, les monnaies alternatives, la planification écologique, la résilience territoriale, etc. Une réflexion particulièrement intéressante aujourd’hui concerne par exemple la re-conception de l’idée de « travail ». En effet, la littérature en écologie politique insiste depuis longtemps sur le fait que le « marché de l’emploi » tel qu’il s’est constitué dans les 150 dernières années pose un problème majeur sur le plan environnemental [8] . Pour le dire trop rapidement, le problème réside dans le fait que le marché de l’emploi conditionne la survie des citoyens à l’effectuation non d’une activité « utile » mais d’une activité abstraite dont la seule finalité est l’obtention d’un revenu. Cette situation tend à effacer la valeur d’usage des activités derrière leur valeur marchande : au fond, peu importe ce vous faites dans votre travail, peu importe que cela soit inutile, nuisible, voire destructeur, tant que cela est « économiquement viable ». Bon gré mal gré, cette organisation économique nous pousse à accorder autant, voire plus, de valeur à un marchand d’armes qu’à une aide-soignante. Cette situation entraîne ainsi une dévalorisation des activités de soin (que ce soit le soin des milieux de vie ou celui des personnes) et corrélativement une survalorisation des activités productives à la lourde empreinte écologique [9] . Imaginer une autre façon de travailler apparaît donc crucial aujourd’hui. Si les travaux de Dominique Méda [10] , par exemple, ont acquis une certaine visibilité médiatique sur le sujet, la place du travail dans la refondation d’une société soutenable est par ailleurs au cœur de nombreuses réflexions [11], qu’elles soient radicales [12] , ou plus modérées [13] . Cette tribune [14] , certes partisane, mais néanmoins informée, donne un bon aperçu de ces enjeux et l’on trouvera ici [15] quelques réflexions stimulantes sur le sujet. Plus généralement, une véritable transition écologique doit arriver à mettre « l’économie au service de la société » [16] et nous reviendrons plus loin sur le rôle que les IUT peuvent avoir à jouer dans cette perspective.

Les dispositifs techniques

La deuxième grande structure sociale qui conditionne la crise écologique actuelle est notre organisation technique. La place qu’a pris la technologie dans nos vies participe à rendre notre mode de vie non durable. Il y a deux raisons à cela. La première, et sans doute la plus immédiate, est que notre hyper-outillage est extrêmement énergivore : que ce soit pour des raisons de consommation énergétique, de cycle de vie polluant, ou encore d’épuisement des ressources minières, notre dépendance aux technologies possède une empreinte écologique massive. Cela signifie par exemple qu’une société durable ne peut pas miser son avenir sur le numérique, en tous cas, pas sous la forme du consumérisme débridé qu’il prend aujourd’hui (en France, 20 % de la bande passante internet est prise par le seul acteur Netflix [17] … au niveau mondial c’est près de 60 % du trafic descendant qui est occupé par du streaming vidéo - Youtube, Amazon Prime Video, Facebook, etc. Ces chiffres sont à mettre en regard des émissions mondiales de gaz à effet de serre dues au numérique : ce secteur représente déjà près de 5 % des émissions mondiales – autant que l’aviation – et à son taux de croissance actuel, il faut s’attendre à un doublement de la consommation énergétque tous les 9 ans). Cela signifie également qu’une transition écologique implique de repenser la place des technologies de pointe dans nos usines comme dans nos domiciles. Cette réflexion s’inscrit dans le champ déjà bien balisé des low tech qui cherche à aller vers des techniques plus simples, plus appropriables par les individus et les collectifs, et tout simplement durables [18] . De même, une société durable ne peut pas être une société productiviste de la nouvelle construction à tout va mais une société de la ré-utilisation et du recyclage. Enfin, la transition écologique demande de repenser notre hypermobilité qui, de la voiture individuelle à l’aviation, présente un bilan écologique catastrophique. On notera sur ce point qu’il n’y a malheureusement guère à attendre d’une miraculeuse « solution technologique » (voiture électrique, avion à hydrogène, smart grid, et autre industrie « décarbonnée ») pour au moins deux raisons que la littérature scientifique documente chaque jour un peu plus : l’effet rebond et le déplacement des pollutions. L’effet rebond, étudié de longue date par les économistes, désigne le fait que toute amélioration de l’efficacité énergétique d’une technologie entraîne un rebond de son usage qui annule les gains écologiques qu’elle aurait pu permettre (si les voitures consomment moins, on a tendance à plus les utiliser). Le déplacement des pollutions renvoie quant à lui au fait que les technologies de pointe ne tendent pas à supprimer les pollutions mais plutôt à les délocaliser ou à les transformer en d’autres : si la voiture électrique n’émet pas de CO2 et de particules fines sur son lieu d’utilisation, ces pollutions sont déplacées vers le lieu de production de l’électricité et des véhicules ou transformées en pollutions minières lors de l’extraction des matières premières nécessaires à la fabrication des batteries [19] . Autrement dit, dans une société dirigée par une économie productiviste et concurrentielle, le salut ne peut venir de la technologie « en elle-même » mais d’une régulation sociopolitique de celle-ci.

Au-delà de ces impacts « directs », la deuxième raison qui rend notre système socio-technique insoutenable est que le déploiement généralisé de certaines technologies finit par contraindre nos modes de vie dans des directions insoutenables. Un exemple clair de ce phénomène est le développement de la voiture individuelle : en se démocratisant, elle s’est rendue indispensable et a participé à transformer toute notre organisation spatiale (villes-dortoirs et périphéries urbaines résidentielles, essor des centres commerciaux et désertification des centres-villes, construction de routes et d’autoroutes qui empêchent d’autres modes de circulation, etc.). Ainsi, dans un monde dessiné par et pour la voiture individuelle, l’acteur a très peu de marge de choix individuel : s’il veut être pleinement intégré à la société, il se doit de participer bon gré mal gré à la gabegie énergétique routière. Ce phénomène n’est pas propre aux transports mais se retrouve dans toutes nos technologies massivement déployées : le numérique est rendu obligatoire par sa diffusion dans tous les services clients et toutes les administrations et ce, malgré son empreinte écologique et sociale intense [20] ; le recours aux technologies industrielles de production alimentaire est devenu quasi incontournable du fait de l’hégémonie qu’elles ont prise dans le domaine (jusqu’au point d’aboutir à une disparition des savoirs traditionnels : combien de personnes savent encore faire pousser des tomates ?) ; le mode de production d’énergie nucléaire ne constitue pas seulement un choix de combustible mais induit tout un ensemble d’effets (lignes à haute tension, développement des radiateurs électriques, système de défense militarisé, etc.) ; l’usage de matériaux et de techniques de construction inadaptés sur le plan environnemental est souvent inévitable pour tout en ensemble de raisons (disponibilité, coût, savoir-faire, etc.). En un mot comme en cent : nos technologies se sont tellement développées qu’elles se sont rendues d’elles-mêmes indispensables et qu’elles ont transformé notre monde. Elles s’imposent désormais à nous indépendamment de nos volontés individuelles. Au-delà du caractère aliénant de cette situation, le problème est que le monde que la plupart de ces technologies produisent n’est pas un monde durable.

L’organisation de l’espace

Ce dernier élément s’illustre particulièrement avec le troisième plan qui produit la crise écologique : notre organisation spatiale. Une grande partie de nos besoins en déplacements est un effet direct de la centralisation de nos activités, centralisation permise et/ou facilitée par nos technologies. De cette centralisation découle l’éloignement entre nos domiciles et notre travail, notre médecin, notre épicerie, nos amis, notre famille, etc. Corrélativement, cet éloignement nous impose plus de mobilité, et plus d’outils énergivores pour compenser la distance. A un autre niveau, notre organisation spatiale tend à produire ce que l’on nomme « l’extinction de l’expérience de la nature ». En effet, un des effets importants de notre organisation moderne centralisée et hyperspécialisée a été d’éloigner de plus en plus les individus du socle matériel de la vie : la production de nourriture, l’extraction de matières premières, la fabrication d’objets, la vie et la mort dans ce qu’elles ont de plus immédiat, etc. En spécialisant les activités productives et en les reléguant dans des territoires éloignés (souvent paupérisés), la division du travail à grande échelle a participé à faire perdre le sens du concret et des limites à la population. L’aveuglement sur les conséquences écologiques et sociales de nos comportements, le gaspillage et l’immodération sont facilités par le fait de ne pas expérimenter directement leurs effets : nous aurions un autre rapport à notre assiette si nous côtoyions plus régulièrement les jardins et les abattoirs ; nous trouverions moins indispensable de posséder un smartphone dernier cri si les mines de terres rares se situaient au centre de Paris ; nous aurions également un autre rapport à nos déchets plastiques et électroniques si nous devions les stocker sur leur lieu de production plutôt que de les envoyer en Asie ou en Afrique. Une transition écologique efficace implique donc la nécessité de relocaliser une grande partie de nos activités. Le modèle compétitif centralisateur doit de ce point de vue appartenir au passé. Maintenir les équilibres écologiques dans un état acceptable demande ainsi d’assurer un maximum d’autonomie vivrière à petite échelle. Dans nos zones rurales, cela est le plus facilement envisageable. Pour exemple, le Limousin importe 90 % de la nourriture qu’il consomme : ce modèle n’est plus tenable et la consommation, certes de nourriture, mais aussi d’habits, de loisirs, d’objets d’artisanat, même d’énergie, etc. doit devenir la plus locale possible. On notera qu’il est heureux que ce modèle soit également tout à fait positif du point de vue du dynamisme territorial et de la qualité de vie générale. Il ne s’agit pas là d’un localisme béat, d’un protectionnisme identitaire et encore moins de la nostalgie d’un passé communautaire idéalisé. Une société durable et souhaitable doit évidemment maintenir certaines structures centralisées, certaines hautes technologies, et la possibilité de mobilités longue distance. Mais, contrairement à aujourd’hui, celles-ci doivent être conçues pour leur durabilité (plutôt que pour leur viabilité économique) et être triées sur le volet (plutôt que de se déployer de manière généralisée : on pourrait par exemple réserver le numérique à l’organisation de certaines activités sociales utiles, mais ne pas l’utiliser pour regarder des vidéos de chat ou vendre des bêtises en plastique fabriquées à l’autre bout du monde [21] ).

Les imaginaires

Enfin, ces trois plans de notre société ne peuvent être réformés sans un examen approfondi de nos imaginaires. Un monde durable et heureux implique à la fois une révolution structurelle et une révolution culturelle. Une société durable doit éviter un logiciel de pensée qui se contenterait de raisonner en termes de performance, de compétitivité, d’optimisation à tout prix, de vitesse, de grandeur, etc. Au contraire, elle doit promouvoir les valeurs de la sobriété, de la sagesse (au sens de la phronesis antique), de la solidarité, de la simplicité, du temps long, de la faillibilité, etc. Les questions qui doivent se poser concernent ainsi les addictions et les rêves que fabrique notre mode de vie consumériste et prométhéen. Si nous pensons qu’une vie « réussie » consiste à avoir fait construire une grande maison avec piscine, à multiplier les voyages à Bali, à posséder tous les derniers gadgets électroniques à la mode, et à rouler en SUV rutilant, nous n’arriverons pas à bâtir un monde durable. Si nous sommes persuadés que le « confort » consiste à posséder 5 écrans connectés à domicile, à manger des fraises en hiver, à climatiser nos stades de foot, à faire Paris-New-York en 6h, à déféquer dans de l’eau potable, et à se faire livrer par drone n’importe quel thé bio du monde en un clic, nous obérons largement nos chances de survie en tant que civilisation. De même, nos critères de valorisation des individus jouent un rôle majeur dans la possibilité d’une véritable transition écologique. Une société durable a besoin d’individus sages, sobres, serviables, conviviaux, qui ne désirent rien de plus que de vivre en harmonie avec leur milieu, et beaucoup moins d’individus aliénés au désir de puissance et de reconnaissance. La frustration narcissique que produit l’injonction au dépassement de soi, à la performance et à la compétition n’est pas un terreau adapté à l’émergence d’une société durable et heureuse. C’est ainsi notre organisation imaginaire, notre conception de la « vie bonne » qui devrait être mise en discussion aujourd’hui. Nos imaginaires n’ont rien de « naturel » mais sont largement ensemencés par les industries culturelles, la publicité, les cadrages institutionnels, ou encore certaines de nos habitudes de langage et de comportement. L’imaginaire dominant aujourd’hui que nous tendons collectivement à reproduire est ainsi un imaginaire non durable de la performance, de la puissance, et de la réussite individuelle. Il produit des individus-rois, narcissiques et frustrés, et la lutte de tous contre tous [22] . Une société durable a pourtant au contraire besoin d’imaginaires qui valorisent la coopération, l’entraide, et la solidarité. Elle a également besoin de membres émancipés, capables de créativité et d’autonomie, et non pas aliénés à des mécanismes bureaucratiques ou à des chaînes hiérarchiques déresponsabilisantes. Ces logiques technocratiques et jacobines poussent en effet trop souvent les individus à agir de manière anti-écologique par clientélisme, inconséquence, ou parfois même à leur corps défendant [23] . Au contraire, le développement de la participation démocratique locale tend à rendre les individus beaucoup plus responsables. On comprend là encore l’importance des imaginaires : un tel modèle qui comprend une dose importante d’autogestion implique des individus capables d’autonomie et désireux de participation politique, à rebours de la servitude volontaire moderne et de la frivolité de la société du spectacle. L’éducation publique a ici évidemment un rôle majeur à jouer afin de former des citoyens critiques et engagés et non des salariés « compétents » ou des entrepreneurs « innovants ». Cette réflexivité implique évidemment de dépasser la sensibilisation aux questions écologiques sur le seul mode de la promotion souvent culpabilisatrice des « petits gestes individuels ». Cette approche qui sous-tend une conception dépolitisée de la crise environnementale (comme si celle-ci résultait des actions individuelles et non des contraintes de systèmes sociopolitiques complexes) et qui renforce l’imaginaire individualiste n’est évidemment pas à la hauteur des enjeux que nous avons exposés jusqu’à présent.

Le rôle des DUT tertiaires dans la transition écologique

Au terme de ce portrait, certes rapide et partiel, la place et le rôle des DUT tertiaires devrait apparaître clairement. Loin d’être éloignés des enjeux écologiques, les DUT tertiaires sont en fait au cœur de ceux-ci : il se font bien souvent la courroie de transmission de logiques insoutenables quand ils apprennent aux étudiants à remplir des « objectifs de ventes », à « gérer des ressources humaines », à « s'insérer sur le marché de l'emploi », à « s'internationaliser », à « développer des activités », à « participer à la révolution numérique », à être « innovants », « mobiles », « performants » et « compétitifs ». Plus précisément, les enseignements d’économie, de management, de comptabilité, de RH ou de droit constituent le socle de la société de croissance et de production dans laquelle nous vivons ; les cours de commerce, de marketing, de publicité et de communication constituent le moteur de la société de consommation et de l’imaginaire prométhéen ; enfin, l’ambition professionnalisante, à travers le PPP (module d’orientation professionnelle de l’étudiant), les  projets tuteurés et les stages les mettent au service du marché de l’emploi tel qu’il est plutôt que de sa transformation écologique.

Que pourrait donc constituer une réforme écologique des programmes de DUT tertiaires sur ces trois points ?

Le « back office »

L’économie, la comptabilité, le droit et toutes les disciplines infrastructurelles du « back office » pourraient avoir comme rôle premier de s’auto-déconstruire. Cela signifie qu’elles pourraient intégrer une part importante de réflexivité critique, au sens noble, et viser à faire comprendre aux étudiants de quelles manière elles ont jusqu’à aujourd’hui participé aux dégradations environnementales. Ainsi, les cours d’économie, qui visent avant tout à faire acquérir aux étudiants une culture générale en histoire des idées économiques, pourraient permettre de montrer en quoi l’économie (néo)classique est en partie responsable de la situation écologique actuelle [24] . Plus généralement, l’enseignement de l’économie en IUT tertiaire pourrait viser l’explicitation du lien entre modèles économiques et dégradations écologiques (le cas du capitalisme et du socialisme productivistes sont largement documentés). Dans un second temps, il serait intéressant de présenter le domaine de l’« économie écologique » qui propose d’intégrer aux modèles d’analyse économique des indicateurs alternatifs aux seuls PIB et taux de croissance [25] . A un niveau de complexité plus élevé, il pourrait être judicieux de présenter les travaux économiques sur la décroissance [26] ainsi que tous les modèles d’organisations sociales que ce courant développe : mutualisme, coopératives, monnaies locales, etc. Enfin, c’est tout le champ de l’économie sociale et solidaire (et autres économies circulaire, locale, contributive, coopérative, de la fonctionnalité, etc.) [27] qui pourrait être présenté. De la même manière, les cours de comptabilité pourraient chercher à expliciter les présupposés qui fondent le système des normes comptables et les objectifs qu’il sert. Il s’agirait de bien faire comprendre aux étudiants que la comptabilité n’est pas une représentation objective de la « réalité » économique de l’entreprise mais une représentation orientée à l’attention des propriétaires/actionnaires (cf. les normes comptables internationales IFRS qui leur sont explicitement adressées), centrée sur la dimension financière de l’activité (les coûts humains et environnementaux ne sont pas comptabilisés, et donc sont externalisés), et porteuse de présupposés idéologiques bien spécifiques sur la propriété de l’entreprise (les salaires sont des charges, pas les dividendes, etc.), l’investissement, le court-termisme (cf. la « fair value » qui consiste à comptabiliser les actifs d’une entreprise à leur valeur de marché instantanée), les objectifs de l’entreprise, la création de valeur, etc. Autrement dit, il s’agirait de comprendre que la comptabilité s’inscrit dans et sert un projet croissantiste et productiviste dont les conséquences écologiques sont bien documentées. A partir de là, il serait sans doute utile de présenter les modèles comptables alternatifs tels que les réfléchissent par exemple les membres de la « chaire pour une comptabilité écologique » [28] . Enfin, une partie des enseignements de droit pourrait consister à montrer comment le droit intègre et reproduit des logiques d’exploitation de la nature. En effet, en étudiant le droit de l’environnement, il est possible d’observer comment la déconsidération légale de la nature est un corolaire de son exploitation abusive [29] . Les propositions de Valérie Cabanes [30] , de Mireille Delmas-Marty [31] ou encore de Christel Cournil [32] seraient par exemple intéressantes à étudier en ce sens.

Le « front office

Au-delà de l’intégration d’une vision éco-responsable aux enseignements de back office, les DUT tertiaires pourraient avoir un rôle crucial à jouer vis-à-vis de l’emprise de l’imaginaire consumériste dans nos espaces publics publicitarisés. Le marketing et la communication sont évidemment au cœur des problématiques écologiques en tant que moteurs de la société de consommation et que producteurs de l’imaginaire prométhéen de la performance [33] . Ce point serait sans doute le premier à déconstruire pour les étudiants en montrant comment marketing, pub, com, façonnent les imaginaires, créent nos besoins, conditionnent nos pulsions d’achat, attisent nos désirs, notre narcissisme et notre hubris, à titre individuel comme collectif [34] . Ainsi, le communicant responsable doit avoir conscience qu’il est lui-même en partie producteur de l’air du temps consumériste. Sur le plan plus « pratique », les enseignements de marketing ou de communication pourraient être consacrés à l’analyse des différents imaginaires que construit ou utilise la publicité. Il s’agirait ainsi de faire comprendre que certains imaginaires sont compatibles avec une société durable et d’autres beaucoup moins. Les étudiants pourraient ainsi être sensibilisés à la différence entre une stratégie de communication qui flatte les hubris individualistes ou les orgies technophiles, et une autre qui vante la qualité de la relation client et les produits solides et durables. Au-delà d’une simple soumission à « ce qui marche », les choix de communication des étudiants pourraient ainsi être évalués à l’aune des comportements qu’ils valorisent et des représentations qu’ils construisent. Sur le plan commercial, une approche éco-responsable pourrait par exemple consister à inviter les étudiants à se distancier du management par objectifs. Les faiblesses écologiques et sociales de celui-ci sont bien connues : en mettant le simple chiffre de vente au cœur de l’activité commerciale, cette pratique ne favorise ni l’utilité sociale, ni la responsabilité environnementale. Un commerce durable ne peut pas consister à vendre à tout prix des objets inutiles à des gens qui n’en ont pas besoin. La recherche de performance commerciale tend également à instaurer des relations de défiance plutôt que de confiance. Un enseignement commercial éco-responsable pourrait au contraire chercher à favoriser l’établissement de saines relations de coopération entre égaux et non de prédation entre un vendeur sous pression et un prospect méfiant. Dans cette perspective, des techniques de vente misant sur la proximité, la sincérité, le conseil honnête (et donc parfois le refus de vente) pourraient ainsi être enseignées et valorisées.

L’orientation

Enfin, les DUT tertiaires ont un troisième rôle majeur jouer dans l’insertion professionnelle des étudiants. Il n’y a sur ce thème pas de recette miracle, mais un constat dont il faut tenir compte : si les IUT se contentent de s’adapter aux demandes du marché de l’emploi, ils se condamnent à produire le combustible d’une machine écocide. En tant qu’organisme de formation, le rôle, et donc la responsabilité, des IUT est pourtant bien plus grande : ils n’adaptent pas seulement des travailleurs à une demande, ils les instruisent et ils les forment ainsi qu’à leur tour ils formeront la société. Un étudiant à qui l’on a inculqué le management par objectif, la soumission aux impératifs de performance ou encore le goût pour la technologie aura tendance à reproduire ces comportements une fois professionnel. Au contraire, un étudiant qui aura été sensibilisé aux faiblesses de ces approches par un enseignement critique pourra s’emparer plus aisément du défi qui consiste à changer les pratiques professionnelles. Il ne s’agit évidemment pas de rendre nos étudiants inadaptés au marché de l’emploi tel qu’il est. Il est donc normal que nous les intégrions aussi au champ des métiers tel qu’il est aujourd’hui structuré, mais nous devons nous assurer que cela se fasse en conscience. Autrement dit, d’une manière ou d’une autre, il faudrait que nos étudiants ne voient plus « l’emploi » abstrait comme un Graal mais envisagent d’abord leurs activités futures à l’aune de leur utilité écologique et sociale. Sur ce point, on notera qu’une telle perspective constituerait une adaptation à la demande de notre public : loin des clichés sur les générations x, y ou z, les enquêtes sociologiques montrent que les jeunes ont des attentes très peu matérialistes à propos du travail et sont avant tout à la recherche de métiers qui font sens, qui aient une utilité sociale, qui respectent leurs valeurs, et qui leur permettent de se réaliser [35] . Le PPP à l’IUT pourrait ainsi être l’occasion d’introduire aux réflexions contemporaines sur le rôle du « travail » dans notre société et son rapport avec les questions écologiques. La littérature foisonnante sur le sujet évoquée plus haut constituerait par exemple une base de cours très intéressante. Les formations tertiaires, par exemple en RH, pourraient également apprendre à connaître et à utiliser prudemment ce que l’on appelle l’idéologie gestionnaire ou managériale [36] . Cette idéologie, fondée sur la division des tâches et le respect de procédures abstraites, pilotée par des indicateurs de performance chiffrés, et entièrement tournée vers l’optimisation d’un élément particulier (souvent la rentabilité économique) est fondamentalement néfaste dans notre situation de crise écologique. Si nos étudiants se destinent à des carrières de managers, il serait intéressant qu’ils comprennent que la gestion n’est pas qu’une technique neutre mais qu’elle est également porteuse d’une idéologie, une « vision du monde » qui peut être très efficace mais aussi créatrice de souffrances sociales et de dégâts écologiques. D’excellents travaux en sciences de gestion sur ce thème pourraient ainsi être mis aux programme [37] . Enfin, en ce qui concerne les stages, s’il est bien sûr irréaliste d’espérer intégrer tous nos étudiants à des entreprises durables (non pas que les entreprises soient coupables de quoi que ce soit, mais elles sont engluées dans les quatre structures précédemment exposées), il serait possible d’intégrer systématiquement au rapport de stage une partie d’analyse des impacts sociaux et environnementaux de l’activité. Il ne s’agit pas de distribuer des bons et des mauvais points aux entreprises, mais d’apprendre aux étudiants à mener des analyses d’empreinte écologique et sociale sur leur activité professionnelle. Mieux encore, leur problématique de stage ou leur projet tuteuré en entreprise pourrait être de réfléchir à la manière d’intégrer des aspects de durabilité à l’activité professionnelle : voilà qui permettrait de travailler chez nos étudiants à la fois l’analyse managériale, l’esprit critique, et la force de proposition.

Conclusion : être à la hauteur de ses responsabilités

Ainsi, il apparaît clairement que les DUT tertiaires possèdent une double responsabilité en ce qui concerne la transition écologique : responsabilité en amont en tant que soutènement historique de l’économie croissantiste-productiviste-consumériste, et responsabilité en aval en tant que matrice de formation des futurs travailleurs-citoyens qui auront la charge de changer ou non le cours de notre histoire. Être à la hauteur de ces responsabilités implique une posture très claire : si les DUT tertiaires souhaitent s’engager dans une véritable transition écologique, ils doivent réformer leurs programmes sous ces deux aspects. Premièrement, il leur faudra donner aux étudiants les clefs d’analyse permettant de comprendre en quoi les logiques gestionnaires jusqu’ici en vigueur sont le moteur d’un modèle de société non soutenable. Deuxièmement, il faudra leur exposer les pistes de réflexion actuelles sur les techniques de gestion durable. S’il ne s’agit pas de demander aux enseignants ou aux étudiants de changer de fond en comble notre société écocidaire, il s’agit en revanche de leur donner toutes les cartes en mains pour comprendre comment elle fonctionne, et éventuellement pour choisir de ne pas participer à la produire. Cela implique un travail de réforme approfondie des programmes qui intègre avec lucidité et rigueur les connaissances sur les conditions socio-politiques de la crise écologique. Sans parler de révolutionner l’ensemble de nos contenus pédagogiques, il s’agirait au moins de venir mettre en lumière ces éléments qui restent encore dans l’angle mort de nos enseignements. Dans le même temps, ce mouvement devrait s’accompagner de réflexivité critique sur un ensemble d’idées que nous prenons souvent comme allant-de-soi dans les IUT mais qui mériteraient pourtant d’être questionnées en profondeur : la numérisation du monde comme une tendance positive et/ou incontournable (e-marketing, e-commerce et autres digitalisations) ; l’« innovation » comme moteur des activités alors que celle-ci constitue un mot de passe de l’alliance croissantiste-technophile ; la mobilité internationale comme impératif d’excellence ; la petite taille d’une entreprise comme faiblesse dans une matrice SWOT… !, etc. Enfin, notamment dans les DUT tertiaires, et même si cela peut paraître paradoxal, nous devons permettre aux étudiants de prendre du recul critique sur la pensée gestionnaire. Celle-ci présente trop souvent le risque de brider l’imaginaire et l’autonomie de nos étudiants en leur inculquant avant tout l’application de procédures, de normes, ou d’ordres sans les remettre en question. Lorsque que ce dressage n’en fait pas de simples courroies de transmission de logiques destructrices, il les transforme tantôt en cost killers cyniques, tantôt en sincères gestionnaires du désastre essayant de réparer la coque du bateau avec les outils qui ont servi à la percer. Sans doute notre rôle désormais devrait-il être de déconstruire ces logiques, et d’apprendre aux gens à s’en échapper, pour être capable d’inventer eux-mêmes des systèmes certes moins « performants », mais à coup sûr plus durables et plus humains.

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[1]Voici : https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/strategie-nationale-bas-carbone-snbc

[2]Les DUT sont de plus actuellement en pleine réforme de leur structure (ils deviennent des « BUT ») et de leurs programmes. Cela nous semble donc être une occasion idéale pour s’interroger sur l’intégration ambitieuse des questions de durabilité.

[3]Voir par exemple cet article du Monde : https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/11/29/l-objectif-de-croissance-economique-serait-incompatible-avec-une-sortie-de-la-crise-ecologique_6021038_3232.html

[4]La littérature sur le sujet est vaste, voir par exemple ce récent rapport sur les arguments économiques, techniques, et pratiques pour lesquels le découplage croissance/émission de GES est hautement improbable : https://eeb.org/library/decoupling-debunked/. Pour aller plus loin dans le débat avec les tenants de la « croissance verte », voir notamment les travaux de Tim Jackson : https://timjackson.org.uk/ecological-economics/macro/

[5]Voir par exemple : https://www.monde-diplomatique.fr/2003/08/CASSEN/10376

[6]Sur la manière dont le marché mondial empêche le développementd e l’agroécologie voir : https://www.eclosio.ong/publication/lagroecologie-evolutions-et-defis-face-au-marche/ ; sur la voiture électrique comme impasse sans décroissance des usages, voir cette série d’articles: https://reporterre.net/Les-fausses-promesses-de-la-voiture-electrique-l-enquete-de-Reporterre  ; sur l’empreinte humaine et écologique de l’exploitation des terres rares indispensables à la fabrication de nos appareils numériques voir par exemple : https://www.cairn.info/revue-projet-2018-2-page-90.htm ou plus généralement : https://journals.openedition.org/lectures/13352

[7]Voir le rapport 1.5 du GIEC : https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/2/2019/09/IPCC-Special-Report-1.5-SPM_fr.pdf

[8]Voir par exemple : André Gorz, 2004. Métamorphoses du travail, quête du sens, Gallimard.

[9]En réalité, la recherche valorisation trouve également un débouché dans la financiarisation de l’économie, mais l’aveuglement de celle-ci à ses impacts environnementaux et sociaux est tout aussi catastrophique.

[10]Voir par exemple https://www.cairn.info/reinventer-le-travail--9782130584698.htm

[11]Voir par exemple https://www.cairn.info/revue-projet-2017-6.htm ou https://journals.openedition.org/variations/343

[12]Voir par exemple les travaux de Moishe Postone : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-socio-economie-2010-2-page-175.htm

[13]Voir : https://www.cairn.info/revue-actuel-marx-2010-2-page-166.htm?contenu=article

[14]https://www.liberation.fr/debats/2019/04/30/pour-une-ecologie-du-travail-sortons-des-injonctions-productivistes_1724172

[15]https://www.cairn.info/revue-projet-2019-3.htm

[16]Voir par exemple : https://www.eyrolles.com/Litterature/Livre/l-economie-au-service-de-la-societe-9782363832566/ ou les contributions réunies ici https://www.eyrolles.com/Litterature/Livre/pour-en-finir-avec-ce-vieux-monde-9782919160044/

[17]https://siecledigital.fr/2020/06/30/rapport-20-du-trafic-internet-francais-est-occupe-par-netflix/

[18]Voir par exemple cet ouvrage pour une présentation générale du sujet : https://www.seuil.com/ouvrage/l-age-des-low-tech-philippe-bihouix/9782021160727

[19]Sur ce sujet, on pourra consulter cette série d’articles ainsi que la bibliographie sur laquelle ils s’appuient : https://reporterre.net/Les-fausses-promesses-de-la-voiture-electrique-l-enquete-de-Reporterre

[20]Voir par exemple cet ouvrage de référence sur le sujet : https://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/la-face-cachee-du-numerique

[21]Afin de prévenir les réactions libérales mal placées, notons que c’est déjà ce que nous faisons avec tout un ensemble de techniques : les armes sont réservées à la police et à l’armée, les drogues sont acceptées pour leur usage médical mais pas récréatif, les voitures peuvent rouler sur les routes mais pas sur les trottoirs, etc.

[22]A propos des types de personnalité que produit la modernité, voir par exemple : https://editions.flammarion.com/Catalogue/champs-essais/philosophie/la-culture-du-narcissisme ; ou encore : https://editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_soci__t___autophage-9782707195395.html

[23]Une illustration simple de ce phénomène est le rapport des administrations aux marchés publics : ceux-ci nous obligent parfois à commander certains biens ou services qui ne sont pas idéaux sur le plan écologique ou social.

[24]Cet ouvrage fournit par exemple un bon éclairage sur le sujet : https://www.franceculture.fr/oeuvre/comment-les-economistes-rechauffent-la-planete

[25]Ce petit ouvrage constituerait par exemple une très bonne base de cours : https://editionsladecouverte.fr/catalogue/index-L___conomie___cologique-9782707185969.html

[26]Voir par exemple le site académique https://degrowth.org/

[27]Voir par exemple ce manuel d’économie responsable : https://www.researchgate.net/publication/335797029_Petit_manuel_d%27economie_responsable_Vers_une_symbiose_territoriale

[28]https://www.chaire-comptabilite-ecologique.fr/la-chaire. Ce petit ouvrage est également une très bonne discussion des enjeux sociaux et environnementaux de la comptabilité : http://www.eclm.fr/ouvrage-404.html

[29]Voir par exemple cet ouvrage : http://www.scholarvox.com/catalog/book/88828966

[30]http://www.seuil.com/ouvrage/un-nouveau-droit-pour-la-terre-valerie-cabanes/9782021328615

[31]https://aoc.media/analyse/2019/01/30/repenser-droit-a-lheure-de-lanthropocene/

[32]Cournil C., Lavorel S., Moliner M., Torre-Schaub M., Quel(s) droit(s) pour les changements climatiques, éd. Mare et Martin, 2018.

[33]Voir cet article par exemple : https://www.cairn.info/revue-ecologie-et-politique1-2010-1-page-11.htm?contenu=article

[34]Certes un peu daté, cet ouvrage fait figure de classique sur le sujet : http://classiques.uqac.ca/collection_methodologie/beaudrillard_jean/societe_de_consommation/societe_de_consommation_texte.html

[35]Voir par exemple : https://journals.openedition.org/sociologies/3349 et ici pour un résumé grand public : https://www.la-croix.com/Economie/France/aspirations-ethiques-entravees-precarite-2018-12-05-1200987569 ou https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/09/28/dans-le-monde-du-travail-jeunes-et-plus-ages-se-disent-confrontes-au-meme-probleme-le-manque-de-reconnaissance_6013454_3234.html

[36]Voir par exemple : https://theconversation.com/dou-viennent-les-recherches-critiques-sur-lideologie-manageriale-84076

[37]Voir par exemple Florence Palpacuer, Maya Leroy, Gérald Naro. Management, mondialisation, écologie. Regards critiques en sciences de gestion. Hermes Science Publications, Lavoisier, pp.391, 2010, coll. « Technologies et développement » ; Damon Golsorkhi, Isabelle Huault et Bernard Leca, Les études critiques en management – une perspective française, Québec, PUL, 2009 ; ou encore Vincent de Gaulejac, La société malade de la gestion. Idéologie gestionnaire. Pouvoir managérial et harcèlement social, Paris, Seuil, 2005, 276 pages

 

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